A Manono, des mères agissent pour mieux nourrir leurs enfants
Entre transferts monétaires, conseils nutritionnels et initiatives communautaires, des femmes protègent leurs enfants contre la malnutrition
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Assise sur une chaise en plastique, son bébé dans les bras, Alphonsine Ngoyi attend patiemment son tour. Dans quelques instants, cette mère de famille pourra retirer 214 000 francs congolais, soit environ 93 dollars américains, reçus sur son téléphone dans le cadre d’un projet mis en œuvre par l’UNICEF avec l’appui d’Irish Aid, le programme de coopération au développement du Gouvernement irlandais.
Pour elle, ce montant représente bien plus qu’un transfert monétaire : c’est une possibilité très concrète de mieux nourrir son enfant.
Alphonsine vit avec son mari et leur fils Alain Kasongo, âgé d’un an et cinq mois, dans le territoire de Manono, dans la province du Tanganyika. Comme beaucoup de familles de la région, leur quotidien dépend de revenus instables.
« Parfois, nous passions la journée sans savoir ce que nous allions manger le soir », raconte Alphonsine.
Dans leur foyer, les repas se limitent souvent au manioc ou à la bouillie de maïs. Acheter régulièrement du poisson, des légumes, des haricots ou de l’huile pour leur jeune enfant reste difficile.
Dans cette partie du Tanganyika, beaucoup de familles vivent cette même incertitude. L’alimentation est souvent peu variée, les moyens sont limités et les jeunes enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes restent particulièrement exposés à la malnutrition.
Pour répondre à cette réalité, l’UNICEF et l’Observatoire des Droits Humains (ODH) accompagnent les familles les plus vulnérables à travers le projet Cash+ Nutrition. Les enfants sont dépistés et, lorsqu’ils souffrent de malnutrition aiguë sévère, orientés vers une prise en charge adaptée.
Les familles reçoivent aussi des conseils sur l’alimentation des jeunes enfants, participent à des démonstrations culinaires et bénéficient de visites à domicile. En parallèle, les femmes enceintes, les femmes allaitantes, les adolescentes et les jeunes enfants reçoivent des suppléments nutritionnels adaptés à leurs besoins.
En complément de ces activités, près de 4 000 familles ont été identifiées pour recevoir des transferts monétaires. Cet appui leur donne des moyens concrets d’agir : acheter des aliments plus nutritifs, répondre aux besoins urgents des enfants ou renforcer de petites activités génératrices de revenus pour mieux soutenir leur famille.
Avant le lancement des paiements, les familles reçoivent un téléphone et une carte SIM activée avec un portefeuille électronique pour faciliter les transferts. Ce jour-là, après plusieurs vérifications au point de retrait temporaire installé par ODH, Alphonsine reçoit enfin la confirmation sur son téléphone.
« Quand j’ai vu le message de confirmation arriver sur mon téléphone, j’ai ressenti un grand soulagement », explique-t-elle.
Avec cet argent, Alphonsine sait déjà ce qu’elle veut faire. Elle prévoit d’acheter du riz, des fretins, des légumes, des haricots, de l’huile et d’autres produits essentiels pour améliorer l’alimentation de son enfant.
« Cet argent va nous aider à mieux nourrir notre enfant et à éviter qu’il tombe malade à cause du manque de nourriture », dit-elle.
Avec les deux prochains transferts prévus dans les mois à venir, Alphonsine espère développer une petite activité génératrice de revenus, afin de réduire progressivement la dépendance de sa famille aux revenus précaires des mines artisanales.
Les transferts monétaires viennent compléter les conseils nutritionnels. Ils permettent aux familles de mettre plus facilement en pratique ce qu’elles apprennent : varier les repas, acheter des aliments plus nutritifs, suivre la santé des enfants et agir plus tôt en cas de signes de malnutrition.
Machoz Siyapata apprend elle aussi à reconnaître ces signes. Il y a peu, sa fille perd du poids, tombe souvent malade et ne joue presque plus. Machoz ne sait pas encore vers qui se tourner rapidement.
« Je me sentais impuissante. Je voyais mon enfant faiblir chaque jour et je ne savais pas quoi faire », raconte-t-elle.
Lors d’une visite à domicile par des travailleurs communautaires, sa fille est dépistée en situation de malnutrition aiguë sévère et admise dans un programme de prise en charge nutritionnelle ambulatoire.
« Dès les premiers jours du traitement, j’ai vu ma fille reprendre des forces. Elle recommençait à sourire et à jouer avec les autres enfants », raconte Machoz.
Aujourd’hui, Machoz partage à son tour les conseils reçus avec d’autres femmes de son quartier.
« Avant, nous faisions certaines choses sans savoir que cela pouvait rendre nos enfants malades », explique-t-elle.
Dans la zone de santé de Manono, la lutte contre la malnutrition repose aussi sur les femmes qui s’organisent pour soutenir leurs communautés.
À Mazyondo, Yvonne Ngoyi Kabwe, connue sous le nom de Maman Yvonne, consacre son énergie aux femmes et aux enfants de son village.
À 70 ans, cette mère et grand-mère continue de sensibiliser les familles sur la nutrition et l’importance d’une alimentation plus variée pour les enfants. Depuis plusieurs années, elle observe les difficultés des familles autour d’elle.
« Les mamans partaient très tôt dans les mines et revenaient tard le soir. Pendant ce temps, les enfants restaient souvent seuls sans nourriture suffisante », explique-t-elle.
Face à cette réalité, Maman Yvonne crée PROFEMA, une association de femmes engagées dans la sensibilisation sur la nutrition et le soutien aux familles vulnérables.
Avec l’appui du projet soutenu par l’UNICEF, les femmes de PROFEMA reçoivent des formations sur la prévention de la malnutrition, l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant, les démonstrations culinaires et les activités génératrices de revenus. Elles développent aussi un jardin communautaire où elles cultivent notamment du maïs, des haricots, des arachides, du manioc et des légumes.
Les récoltes permettent aujourd’hui de soutenir des familles vulnérables et d’accompagner les groupes de mères participant aux activités de sensibilisation. D’autres associations lancent de petits élevages, notamment de chèvres.
« Beaucoup de mamans comprennent maintenant qu’il est important de varier l’alimentation des enfants et de suivre leur croissance », explique Maman Yvonne.
À Manono, les transferts monétaires ne remplacent pas les soins, les conseils nutritionnels ni le suivi de santé. Ils les renforcent. Pour des mères comme Alphonsine et Machoz, ils apportent une marge de manœuvre concrète dans un quotidien où chaque décision compte pour la santé des enfants.
Dans les champs, au sein des foyers ou à travers les associations locales, les femmes deviennent actrices du changement dans leurs familles et leurs communautés.
Grâce aux téléphones, aux conseils reçus et à la solidarité entre femmes, la lutte contre la malnutrition devient une affaire de famille et de communauté.