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Les communautés en première ligne

Comment les jeunes et les leaders communautaires façonnent la riposte à la mpox en République démocratique du Congo

UNICEF RDC
A man holding a notebook
UNICEF/UNI952028/Christian Kalengera
30 mars 2026
Temps de lecture : 5 minutes

À Kabikwinja, un village du Sud-Kivu, Joseph Lushuguri Bijundi commence ses journées tôt. En tant que chef de village, il a l’habitude de rassembler les gens. Mais depuis la réapparition de la mpox, son quotidien a pris une autre direction.

Formé à la communication sur les risques et à la surveillance communautaire, il se rend de maison en maison pour échanger avec les familles sur les symptômes, la prévention et les soins. Au début de l’épidémie, certaines familles refusaient d’être orientées vers les centres de traitement. Beaucoup pensaient que la maladie était liée à la honte ou qu’elle ne concernait que certains groupes.

Joseph a continué à revenir, encore et encore, répondant patiemment aux questions et rassurant les familles : consulter n’était pas quelque chose à craindre. Peu à peu, davantage de personnes ont accepté de se faire soigner.

« Mettre fin à une épidémie dépend de la surveillance communautaire, d’une meilleure compréhension des moyens de se protéger et de l’implication de tous », explique Joseph.

An adolescent girl holding a phone
UNICEF/UNI523620/

Mais la réponse à laquelle il contribue dépasse largement les limites de son village. À mesure que la mpox se propageait, les discussions autour de la maladie se multipliaient aussi. Les messages circulaient rapidement sur WhatsApp et les réseaux sociaux. Certains étaient justes, d’autres semaient la confusion.

Pour mieux comprendre ce que les communautés pensaient et ressentaient, les U-Reporters et les Veilleurs du Web, de jeunes volontaires engagés avec l’UNICEF, ont commencé à suivre les conversations en ligne. Ils ont repéré les questions récurrentes, signalé les fausses informations et partagé leurs analyses avec les équipes de réponse.

Dans le même temps, les U-Reporters poursuivaient leur travail sur le terrain, dans les marchés et les quartiers, répondant directement aux questions et partageant des conseils de prévention en face à face. Les actions numériques et les activités communautaires se complétaient et se renforçaient.

A young man holding a megaphone
UNICEF/UNI774925/Christian Mirindi Johnson

Pour Constant Aganze, U-Reporter de 28 ans, cela signifiait être présent à la fois en ligne et sur le terrain.

« Je me suis engagé pour informer ma communauté, mobiliser les jeunes et orienter les familles vers les services de santé », explique-t-il. « Grâce à ce travail, j’ai contribué à réduire la désinformation et à renforcer la confiance. »

Les messages de prévention ont également été diffusés directement sur des millions de téléphones mobiles grâce à des partenariats avec les opérateurs télécoms. Il suffisait d’envoyer le mot « mpox » par SMS pour recevoir instantanément des informations vérifiées. Par ailleurs, les échanges entre pairs sur WhatsApp et Facebook Messenger ont permis de relayer ces messages au sein de réseaux de confiance.

Mais l’information seule ne suffit pas à dissiper la peur. Pour certains survivants, le retour à la maison reste difficile.

A boy in a classroom
UNICEF/UNI952035/Christian Kalengera
Une femme tenant un panier marche dans une allée
UNICEF/UNI952033/Christian Kalengera

Patrick*, 19 ans, connaît bien cette réalité. « Personne ne voulait s’approcher de moi, même pas mon frère », raconte-t-il. À son retour du centre de traitement, ses frères et sœurs gardaient leurs distances, même s’ils avaient été vaccinés.

L’expérience de Claudine* a suivi un chemin tout aussi douloureux. À 56 ans, elle était très engagée dans la sensibilisation à la prévention de la mpox. Lorsqu’elle a été testée positive, la honte a pris le dessus.

« Je ne pouvais pas supporter d’être vue avec les symptômes de la mpox », confie-t-elle. Après sa guérison, elle a choisi de parler ouvertement, mais a progressivement été mise à l’écart. « Avant, je formais les autres sur la mpox. Mais quand je l’ai eue moi-même, je me suis cachée. »

Leurs histoires montrent à quel point la stigmatisation peut influencer les comportements et retarder le recours aux soins.

Students look at a poster
UNICEF/UNI648159/Christian Mirindi Johnson

Les systèmes d’écoute ont permis de détecter ces évolutions très tôt. À mesure que la communication mettait en avant la transmission sexuelle, certaines personnes étaient moins enclines à parler ouvertement des symptômes, et les discussions se déplaçaient vers des espaces plus privés.

En suivant ces tendances, les équipes de réponse ont adapté leurs approches de communication, en veillant à préserver la dignité des personnes tout en maintenant l’accès aux soins.

Dans plusieurs provinces, des groupes communautaires ont contribué à maintenir les efforts de sensibilisation au-delà des financements d’urgence. Grâce à de modestes investissements dans les Cellules d’Animation Communautaire, les équipes ont lancé de petites activités génératrices de revenus, comme la location de chaises ou l’élevage de volailles.

A woman standing next to plastic chairs
UNICEF/UNI860797/Jospin Benekire
A women standing next to a pig
UNICEF/UNI860741/Jospin Benekire

À Beni, dans le Nord-Kivu, Masika Suhya gère un service de location de chaises qui permet de financer les activités de sensibilisation. « L’argent que nous gagnons nous permet de poursuivre nos actions de communication », explique-t-elle.

À proximité, l’agente de sensibilisation Masika Degonde combine ses activités de terrain avec la gestion d’un élevage de porcs qui soutient le travail de son groupe. « Nous élevons des porcs et les vendons. Les revenus nous permettent de continuer notre travail », précise-t-elle.

Des leaders communautaires comme Joseph aux jeunes volontaires qui suivent les conversations en ligne, en passant par les survivants qui brisent les tabous et les groupes qui maintiennent les efforts de sensibilisation, la réponse à la mpox en République démocratique du Congo repose sur un réseau vaste, mais souvent invisible.

La situation s’améliore, mais la mpox n’a pas disparu. Alors que la réponse se poursuit, les voix des communautés restent essentielles pour maintenir le dialogue autour des mesures de prévention, réduire la désinformation et faciliter l’accès aux soins.


* Les prénoms ont été modifiés pour protéger la vie privée des survivants de la mpox.

Change Magazine - Cachés à la vue de tous

Ces témoignages ont été initialement publiés dans Change Magazine - Cachés à la vue de tous, un magazine produit par l’UNICEF et Common Thread.

Cette édition est consacrée aux urgences de santé publique et aux enseignements tirés de la réponse à la mpox.

Si les décisions sont souvent prises aux niveaux national et international, la réponse se construit au plus près des communautés. Elle repose sur des personnes qui, chaque jour, répondent aux questions, accompagnent les familles et rendent l’information compréhensible.

Ce magazine leur est dédié, ainsi qu’à toutes celles et ceux dont le travail, souvent invisible, permet de maintenir la réponse là où elle compte le plus.