Survivre, s’engager, inspirer
Ils ont survécu à la polio et frappent aujourd’hui aux portes pour qu’aucun autre enfant ne vive la même chose
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À Kikwit, dans l’ouest de la République démocratique du Congo, une petite fille de 3 ans ouvre grand la bouche. Deux gouttes de vaccin contre la poliomyélite glissent sur sa langue. En quelques secondes, elle est protégée.
Elle s’appelle Promedi. Elle ne le sait pas encore, mais ces deux gouttes sont le fruit d’un combat mené par d’anciens enfants, aujourd’hui devenus adultes, qui n’ont pas eu la même chance. Survivants de la polio, ils ont transformé leur handicap en engagement pour que d’autres grandissent en bonne santé.
Adosy Nseyi avait 8 ans quand tout a basculé. Une fièvre, un simple week-end, puis la paralysie de ses membres : la poliomyélite. À l’école, elle est mise à l’écart par ses camarades. Dans sa propre famille, certains la rejettent.
Mais son père ne lâche rien. Grâce à son soutien indéfectible, elle retourne à l’école et obtient un diplôme en administration. Aujourd’hui, à 51 ans, Adosy accompagne des jeunes filles en situation de handicap, les aide à se relever, comme elle l’a fait.
Elle va aussi à la rencontre des familles, parle de vaccination, d’hygiène, de prévention. Pour elle, chaque parole, chaque geste peut sauver une vie.
« Partout où je vais, j’insiste : faites vacciner vos enfants. Quand les parents me voient, quand ils entendent mon histoire, ils comprennent. »
À quelques rues de là, un autre visage de ce combat : Paulin Masebau. Il avait 5 ans quand il a contracté la polio. Dans sa communauté, on appelle cette maladie Buka Buka, « ce qui brise les jambes ». Aujourd’hui, Paulin est professeur, agent de santé communautaire, et surtout, une figure respectée.
Il participe à chaque campagne de vaccination. Maison après maison, il discute, explique, rassure. Il connaît les réticences, les doutes, les peurs. Et il sait y répondre, avec calme et conviction.
« Je demande aux parents de veiller à faire vacciner leurs enfants pour qu’ils ne soient pas handicapés comme moi », affirme-t-il.
Mais Paulin porte aussi une vision plus large. Il milite pour une société où les enfants en situation de handicap ont toute leur place. « Je suis handicapé, oui, mais je suis en bonne santé, et je vis ma vie avec joie », dit-il, un sourire au visage.
Apelo Jolie Kiswa, elle, a contracté la polio au moment où elle apprenait à marcher. Très tôt, elle a appris à vivre autrement, mais surtout à transformer son vécu en engagement pour les autres.
« La polio a réveillé une force en moi. Aujourd’hui, je suis fière d’être une activiste de la santé communautaire »
Elle sillonne les quartiers et villages lors des campagnes, toque aux portes, parle avec les parents et les familles. Elle intervient aussi dans des radios communautaires, pour informer et rassurer ceux qui hésitent encore.
Et ça marche. « Beaucoup de familles réfractaires à la vaccination se sont maintenant ravisées, les parents sont mieux informés et les enfants se font vacciner. »
En 2024, la RDC a enregistré une réduction remarquable des cas de poliovirus variant, passant de 288 cas en 2023 à seulement 27cas. C’est la preuve que les efforts paient, sur le terrain, dans les foyers, au plus près des enfants.
Grâce au soutien de l’UNICEF, de l’OMS, de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), de la Banque européenne d'investissement - la Commission européenne, de la Fondation Gates, du Gouvernement du Canada, du Rotary International et de Gavi, l’Alliance du Vaccin, plus de 27 millions d’enfants ont reçu au moins deux gouttes de vaccin oral lors des quatre Journées nationales de vaccination contre la polio, organisées en 2024.
Sur le terrain, l’UNICEF renforce la chaîne du froid, assure l’approvisionnement en vaccins et mobilise les communautés pour générer la demande des services de vaccination. Mais ce sont les voix comme celles d’Adosy, Paulin et Apelo qui font toute la différence.
En racontant leur histoire, ils éduquent, sensibilisent et protègent les enfants. Leur combat personnel est devenu collectif, et leur voix est un puissant levier pour éradiquer la poliomyélite en RDC.