Stopper le choléra, une maison à la fois
Des villages lacustres aux salles de classe, les relais communautaires à l’est de la RDC sont en première ligne pour protéger les familles de l’épidémie du choléra
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Chaque matin, Songa Kitulanya et John Kikasi enfilent leurs chaussures et parcourent à pied les rues de Kasika, un quartier de la ville de Goma au Nord-Kivu.
Ils frappent à chaque porte, non pas pour vendre ni pour faire campagne, mais pour sauver des vies, avant que le choléra ne frappe à nouveau.
« Je fais ce travail pour aider la communauté à éviter des maladies évitables », explique Songa, relais communautaire depuis plus de 15 ans. « Beaucoup de gens ne savent pas qu’il existe des centres de santé où les soins sont gratuits. Ils restent simplement chez eux, parce qu’ils n’ont pas l’information nécessaire. »
Songa fait partie des milliers de relais communautaires formés par l’UNICEF dans le cadre de son programme de réponse rapide contre le choléra, appelé CATI (Intervention ciblée par zone de cas).
En partenariat avec le gouvernement congolais, l’UNICEF intervient actuellement dans six provinces : Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tanganyika, Haut-Katanga, Haut-Lomami et Lualaba.
Au village de Kihindo au Nord-Kivu, de nouveaux cas viennent d’être signalés et une équipe CATI arrive de Goma avec un camion rempli de savon, de pastilles de purification d’eau et de sels de réhydratation,
Leur première intervention a lieu chez Furahini, 5 ans. Déjà transférée vers un centre de traitement, elle est hors de danger. Mais pour éviter toute propagation dans le quartier, l’équipe agit immédiatement.
« Nous allons directement au foyer concerné », explique le chef d’équipe Abraham Bitangalo. « Nous désinfectons, sensibilisons les voisins et distribuons des kits d’hygiène. L’objectif, c’est de rompre la chaîne de transmission. »
À l’école primaire du village, 43 élèves ont contracté le choléra plus tôt cette année.
« Notre école est surpeuplée et ne dispose pas d’installations sanitaires de base », déplore le directeur Kishala Mwamedi. « Grâce aux séances de sensibilisation, le nombre de cas a enfin diminué. Mais nous avons urgemment besoin d’eau potable et de toilettes. »
Dans le Sud-Kivu voisin, la prévention continue jusque sur les rives du lac Kivu. À Muchibwe, Chekanabo Rubuga, un autre relais communautaire, sensibilise un groupe de pêcheurs.
« Le lac Kivu nous fait vivre, mais il peut aussi nous rendre malades », prévient-il. « Si nous continuons à le polluer, c’est toute notre communauté qui est en danger. Le choléra est bien réel ici, et nos habitudes doivent changer. »
Entre janvier et mai 2025, l’UNICEF a atteint plus de 1,9 million de personnes à travers son programme de réponse rapide contre le choléra.
Ce programme est soutenu par l’Union européenne, le Fonds central pour les interventions d'urgences (CERF), le Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni et le gouvernement de la République de Corée, de l’Allemagne et de la Suède.
Plus de 240 000 foyers ont été désinfectés, 132 000 kits de traitement d’eau distribués, 8 500 interventions rapides auprès de cas suspects, et plus de 300 points de chloration, de réhydratation et d’approvisionnement en eau ont été installés.
« Le choléra est souvent lié à un manque d’hygiène. Ce sont des gestes simples au quotidien, mais essentiels », rappelle Songa.
Grâce aux efforts conjoints des relais communautaires, du gouvernement et de l’UNICEF, de nombreuses vies sont sauvées. Mais les communautés ont urgemment besoin d’investissements durables pour garantir l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires adéquates. Sans cela, le risque de nouvelles flambées restera une menace constante.