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Forgée dans le feu

À 16 ans, une adolescente quitte la poussière des mines pour faire jaillir les étincelles de la soudure

UNICEF RDC
Astride welds in the open courtyard outside her workshop in Tshala
Josue Mulala
18 novembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Astride, 16 ans, est debout dans la cour de l’atelier où elle travaille, à Tshala. Entre ses mains, un cadre de fenêtre tout juste terminé. Il y a quelques minutes encore, sa torche projetait des étincelles pendant qu’elle façonnait le métal. Même le bruit constant des mines voisines n’a pas détourné son attention.

« J’ai perdu cinq ans d’école à cause des mines. Mais la soudure m’a donné de la force et de l’indépendance. Aujourd’hui, je me sens capable d’avancer », dit-elle.

Astride est l’aînée de neuf enfants. Elle a grandi à Tshala, au cœur de la province du Lualaba. Son père travaillait sur des machines servant à broyer la pierre, jusqu’à ce que la tuberculose le paralyse et l’empêche de continuer. Sa mère, Fanny, s’est alors retrouvée seule pour prendre soin de toute la famille.

Face aux difficultés, elle a fini par emmener ses enfants dans les petites mines artisanales de cuivre pour tenter de s’en sortir. Dans ces mines non réglementées, les travailleurs utilisent des outils rudimentaires et disposent de très peu de protection. Pendant des années, Astride a parcouru 10 kilomètres par jour pour y travailler.

« Je savais que les enfants devraient être à l’école, mais je n’avais pas le choix : soit on travaillait, soit on n’avait rien à manger », confie Fanny.

Sur place, Astride, sa mère et ses frères et sœurs ramassaient et lavaient des fragments de cuivre tombés des camions ou abandonnés par les mineurs. Beaucoup d’enfants en RDC travaillent jusqu’à 12 heures par jour pour seulement deux dollars. Les risques sont nombreux : poussières toxiques, produits chimiques, blessures, violences physiques ou sexuelles.

« Travailler dans une mine quand on est une fille, c’est vivre avec la peur, car rien n’est fait pour protéger les enfants, encore moins les filles », explique Astride.

Avec des journées aussi longues et épuisantes, aller à l’école était devenu impossible. Pour Astride, aider sa famille était devenu la priorité.

Des para-travailleurs sociaux de la communauté ont alors identifié Astride comme une enfant à risque d’exploitation. Ces travailleurs, formés au sein même des communautés, repèrent les enfants vulnérables, les mettent en lien avec les services sociaux, de santé et de protection, et les soutiennent pour retourner à l’école ou en formation.

Pour réduire le recours au travail des enfants, Fanny a été inscrite à un programme mobile de transferts monétaires. Pendant trois mois, elle a reçu 40 dollars par mois. Elle a pu acheter l’essentiel pour nourrir ses enfants – du riz, de la farine, du poisson salé – et lancer une petite pépinière. Aujourd’hui, elle vend des semences et des jeunes plants pour générer un revenu.

« Avant, on dépendait du cuivre pour manger. Maintenant, avec la pépinière que je gère, je peux m’occuper de mes enfants », dit-elle.

Pendant que ses frères et sœurs reprenaient le chemin de l’école, Astride a une voie professionnelle. Inspirée par son oncle, soudeur, elle a suivi une formation de six mois en soudage et a reçu un ensemble complet d’outils professionnels. La formation, organisée par la Division des Affaires Sociales (DIVAS), a été assurée par Papa Kamwila, un soudeur reconnu de Tshala, soutenu pour former les jeunes de la communauté.

« J’aimais regarder les étincelles quand mon oncle soudait ou découpait le métal », se souvient Astride.

Aujourd’hui, Astride travaille dans un atelier local, toujours accompagnée par Kamwila. Elle fabrique des braseros, des portes, des fenêtres et bien d’autres pièces.

La combinaison entre les transferts monétaires et la formation professionnelle lui a ouvert des perspectives qu’elle n’aurait jamais imaginées. Ce type de soutien concret peut réellement aider à briser les cycles de pauvreté, même dans les communautés les plus vulnérables.

Ces programmes offrent de vraies alternatives au travail des enfants, protègent leurs droits et leur donnent une chance d’apprendre et de construire leur avenir.

« Je veux que d’autres enfants aient une chance de vivre quelque chose de différent, mais beaucoup passent encore leurs journées dans les mines », dit Astride. « Je rêvais de devenir médecin, mais la vie m’a menée ailleurs. Aujourd’hui, je suis fière et heureuse de mon parcours. »