Quand une communauté devient le moteur du changement
À Kaniola, les habitants s’unissent pour garantir aux enfants une vie plus saine et construire un avenir durable
- Français
- English
À Kaniola, dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu, Marina Mwabakolenyanja tient tendrement son petit-fils Patrick dans ses bras. Ce garçon de 2 ans revient de loin : il y a à peine trois mois, il souffrait de malnutrition sévère.
C’est un agent communautaire qui, en visitant le village, a alerté Marina sur la gravité de l’état de Patrick et l’a encouragée à l’emmener à l’hôpital sans attendre.
Après quelques semaines de soins gratuits, Patrick a retrouvé la santé. Mais pour Marina, la mission ne s’arrêtait pas là. Déterminée à éviter une nouvelle rechute, elle a rejoint une cellule d’animation communautaire, où elle a appris à préparer des repas nutritifs comme la bouillie enrichie à quatre étoiles.
Elle a aussi reçu quelques cobayes pour diversifier l’alimentation de sa famille et développer une petite activité génératrice de revenus.
Trois mois plus tard, Marina a changé le cours de sa vie : elle a aujourd’hui plus de 30 cobayes qui lui permettent non seulement de nourrir Patrick, mais aussi de subvenir à d’autres besoins de la famille.
L’histoire de Marina reflète l’engagement collectif des habitants de Kaniola pour lutter contre la malnutrition et améliorer le bien-être des enfants. Avec l’appui du Ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), à travers la Banque Allemande de Développement (KfW), des cellules d’animation communautaire soutiennent ces efforts.
Près de 500 cellules d’animation communautaire sensibilisent les parents à l’importance de la nutrition et les accompagnent dans des activités pratiques, comme des démonstrations culinaires.
Wilfrid Mwabarazigirwa, animatrice communautaire, est une figure clé de cette initiative. Son objectif quotidien est de montrer aux parents que des solutions simples et locales peuvent transformer la vie de leurs enfants.
Elle accompagne par exemple Agnès Mapenzi, mère de trois enfants. Grâce aux lapins et cobayes qu’elle a reçus, ainsi qu’aux semences pour cultiver des légumes comme l’amarante et le chou, Agnès a pu diversifier l’alimentation de sa famille.
« Depuis que j'ai commencé mon élevage, le changement dans ma vie a été énorme. Aujourd'hui, je peux payer les frais de scolarité de mes enfants et j'espère développer mon élevage », raconte Agnès.
À Kaniola, les initiatives ne se limitent pas à la lutte contre la malnutrition. Les jeunes, souvent déscolarisés, sont au cœur d’un programme de réinsertion socio-économique qui a déjà permis à 1 890 filles et 750 garçons d’acquérir de nouvelles compétences au Sud-Kivu.
Kahasha, 18 ans, a été formé à la mécanique dans un garage soutenu par l’UNICEF. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des meilleurs mécaniciens de Kaniola.
« Grâce à la formation, je peux maintenant m'occuper de moi-même. J'ai même commencé un élevage de porcs avec mes économies », témoigne-t-il fièrement.
De son côté, Bashige Julienne, couturière chevronnée, transmet son savoir-faire à des jeunes désireux d’apprendre. « J'éprouve une grande satisfaction personnelle à pouvoir contribuer à l'autonomisation de ces jeunes », explique-t-elle devant son atelier.
Dans cette mobilisation collective, un autre levier s’est avéré essentiel : la promotion de la masculinité positive.
Grâce à des formations soutenues par l’UNICEF, des facilitateurs communautaires comme Augustin Matabaro sensibilisent les hommes à leur rôle dans la lutte contre la malnutrition et à l’importance du partage des responsabilités domestiques et familiales.
« Ce projet m’a transformé », confie Augustin. « Aujourd’hui, je participe aux tâches ménagères et je fais des efforts quotidiens pour aider ma communauté à se développer », poursuit-il.
Grâce à ces initiatives, Kaniola est en pleine transformation. Avec l’appui de l’UNICEF, du PAM et de la FAO, les habitants participent activement à la protection des droits des enfants et à l'évolution des mentalités afin de rendre la communauté plus résiliente, plus sûre et plus équitable pour tous.