De jeunes volontaires communautaires en première ligne contre Ebola
Renforcer l’acceptation communautaire et briser les chaînes de transmission
« Lorsque nous nous rendons dans les communautés, certaines personnes nous accueillent chaleureusement, tandis que d’autres se montrent beaucoup plus réticentes », explique Birwrengi Bamanyisa, 20 ans, étudiante et relais communautaire dans la zone de santé de Rwampara, près de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri.
Depuis l’annonce du premier cas d’Ebola, le 15 mai 2026, Rwampara est devenue l’un des principaux foyers de l’épidémie dans l’est de la République démocratique du Congo. Quelques jours plus tard, le 21 mai, des images montrant une foule en colère attaquant le centre de traitement d’Ebola ont fait le tour du monde. Aujourd’hui, la situation s’est progressivement apaisée, notamment grâce au travail des relais communautaires comme Birwrengi. Sous la supervision des structures de santé locales, ces volontaires sensibilisent les populations aux risques liés à Ebola, aux mesures de prévention et aux comportements à adopter en cas de symptômes.
« Certaines personnes nous insultent », confie-t-elle. « Mais, en voyant des proches ou des voisins tomber malades, les communautés prennent progressivement conscience de la gravité de la situation. »
Dans les trois provinces orientales touchées par l’épidémie l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, l’UNICEF a formé et déployé plus de 1 600 relais communautaires et agents de santé communautaires. Ces derniers mènent des activités de sensibilisation en porte-à-porte afin de partager des informations fiables et de lutter contre les rumeurs. Parallèlement, d’autres volontaires locaux apportent un soutien psychologique aux personnes affectées par l’épidémie, qui a déjà coûté la vie à au moins 130 personnes.
« Le fait d’être originaire de cette communauté et d’être connu à l’église où je suis catéchiste constitue un atout considérable », explique Dieudonné Bamuhiga, assistant en santé mentale et soutien psychosocial dans la zone de santé de Rwampara. « Il est essentiel de préparer les personnes aux nouvelles qu’elles vont recevoir. Lorsqu’elles sont préparées, elles sont davantage disposées à écouter, comprendre et accepter le message. »
Grâce à l’une des 100 motos mises à disposition de la riposte gouvernementale par l’UNICEF, avec l’appui financier du Gouvernement des États-Unis, Dieudonné parcourt les communautés affectées pour apporter un soutien essentiel aux enfants et aux familles touchés par l’épidémie, en particulier aux orphelins et aux veuves.
« Au sein de la Division des affaires sociales, nous contribuons à la riposte contre Ebola en apportant un soutien psychosocial aux patients et à leurs familles. Nous les aidons à faire face aux résultats des tests, au deuil et aux nombreuses difficultés engendrées par la maladie. Nous organisons des consultations familiales et nous nous rendons dans les communautés pour accompagner les enfants et les familles affectés. Certaines personnes acceptent plus facilement les mauvaises nouvelles, tandis que d’autres éprouvent davantage de difficultés. Certaines refusent même de croire à la réalité d’Ebola », explique-t-il.
Les précédentes flambées d’Ebola ont démontré l’importance cruciale de la communication et de la mobilisation communautaires dans la lutte contre l’épidémie. Sur le terrain, les préoccupations légitimes des populations se mêlent souvent à la désinformation et aux rumeurs, amplifiées par des publications anonymes sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne.
Dans ce contexte, l’UNICEF joue un rôle clé au sein du pilier « Communication des risques et engagement communautaire » de la riposte coordonnée par le ministère de la Santé. L’organisation appuie le déploiement des relais communautaires et des agents de santé communautaires, tout en veillant à ce que les préoccupations, besoins et retours des communautés soient pris en compte dans les décisions de la riposte. L’engagement et la participation communautaire demeurent ainsi au cœur de la stratégie de lutte contre Ebola. Il favorise la surveillance communautaire, le dépistage précoce, l’orientation rapide des patients vers les services de prise en charge et l’adoption de comportements permettant de réduire les risques de transmission.
Lors de nos visites à domicile à Rwampara, Chantal Kirikaija, enseignante et habitante de la communauté, exprime son appréciation du travail mené par les agents de mobilisation communautaire.
« C’est la deuxième fois que je reçois la visite d’agents de santé communautaires », raconte-t-elle. « Les informations qu’ils partagent sont utiles, même si je pense déjà en connaître une grande partie. Pour ma part, je suis convaincue de l’existence d’Ebola, car nous avons vu des personnes mourir dans notre communauté. Avant ces décès, beaucoup d’habitants étaient plus sceptiques. »
L’un des principaux messages que les agents de mobilisation communautaire s’efforcent de transmettre est l’importance de consulter rapidement dans un centre de traitement Ebola. Une prise en charge précoce permet non seulement d’augmenter les chances de survie des patients, mais aussi de limiter la propagation du virus au sein de la communauté. « Certaines personnes pensent encore que les malades sont tués à l’hôpital », explique Gloria Angomgio Ezile, 23 ans, étudiante et agente de mobilisation communautaire.
« Nous leur expliquons qu’il existe des traitements qui permettent de soulager les symptômes et d’améliorer considérablement les chances de guérison. Plus les personnes sont prises en charge tôt, plus leurs chances de survie sont élevées. »
Les agents de santé communautaires et les mobilisateurs communautaires formés et déployés par l’UNICEF et ses partenaires ont déjà touché plus de 160 000 ménages dans les zones affectées par l’épidémie. En Ituri, des mobilisateurs communautaires ont été déployés dans les 36 zones de santé de la province, contribuant au signalement de plus de 650 cas suspects au sein des communautés.
Ces efforts sont renforcés par d’autres canaux de communication. Des messages de prévention sur Ebola et sur les services disponibles sont diffusés en français, en swahili et en alur par les stations de radio locales à travers toute la province. Plus de 2 000 membres des communautés, leaders locaux, journalistes et autres acteurs influents ont également participé à des activités de communication sur les risques et d’engagement communautaire destinées à renforcer la sensibilisation, la confiance envers la riposte et le signalement précoce des cas suspects.
Les défis restent toutefois importants. Un sondage par SMS réalisé en mai via la plateforme U-Report de l’UNICEF, auquel ont participé 50 000 personnes, avait révèlé que 64 % des répondants ne comprenaient toujours pas comment se transmet le virus Ebola, tandis que 63 % ne savaient pas comment s’en protéger. Plus préoccupant encore, une personne sur cinq ne croyait pas à l’existence de la maladie. Pour les communautés, la radio demeure la source d’information la plus fiable, et 57 % des répondants ont déclaré qu’ils se rendraient dans un centre de santé dès l’apparition des premiers signes ou symptômes.
Pour Micheline, 22 ans, mobilisatrice communautaire à Bunia, ces défis ne font que renforcer sa détermination. « Certaines personnes acceptent de nous écouter, d’autres refusent. Mais notre mission est d’aider la population. Je reste engagée parce que je sais que notre travail peut sauver des vies et protéger notre communauté », affirme-t-elle.
Alors que la riposte à Ebola se poursuit, l’engagement des communautés demeure un pilier essentiel pour briser les chaînes de transmission. Grâce au dévouement de milliers de volontaires et d’agents communautaires, les populations disposent d’informations fiables et d’un accompagnement de proximité qui contribuent à sauver des vies et à renforcer la résilience des communautés touchées.