Chaque enfant compte, chaque goutte protège
Dans l’est de la RDC, des femmes et des hommes se mobilisent chaque jour pour mettre fin à la polio
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Dans les collines du Nord et du Sud-Kivu, la lutte contre la poliomyélite s’écrit au quotidien. Derrière chaque goutte de vaccin, il y a un fervent défenseur passionné, une voix rassurante, et un espoir commun : voir grandir une génération d’enfants épargnés par la maladie.
Le vaccin contre la polio se donne en quelques gouttes, mais chaque dose peut parfois demander des heures de marche, des discussions patientes et beaucoup de courage.
Les équipes soutenues par l’UNICEF vont à la rencontre des familles, parfois dans des villages isolés, pour protéger les enfants contre un virus qui continue de menacer leur avenir.
À Ihusi, un village de la province du Sud-Kivu, Matthieu Munganga connaît presque chaque famille. Sa glacière grise ne le quitte jamais durant les campagnes de vaccination.
« Quand je vaccine un enfant, j’ai l’impression de protéger tout le village », dit-il avec un sourire alors en marchant de maison en maison. « Ce n’est pas seulement donner un vaccin. C’est aussi écouter, rassurer et montrer que chaque vie compte. »
Dans un contexte marqué par les déplacements de populations et les rumeurs, Matthieu voit son travail comme un acte de confiance. Il apporte bien plus que des gouttes de vaccin : des mots simples, des paroles rassurantes et une promesse de protection pour les enfants.
Assise à l’ombre devant sa maison, Faida Bahavu surveille ses trois enfants qui viennent de recevoir deux gouttes de vaccin oral contre la polio. Cette mère ne manque jamais une occasion de protéger Astride, Gladis et Exaucé, son petit dernier de six mois.
« Quand les vaccinateurs arrivent, je suis toujours prête », raconte-t-elle. « Je sais que c’est important pour mes enfants. Un enfant bien vacciné ne tombe pas facilement malade. »
Faida parle avec fierté. Elle sait que ces quelques gouttes protègent ses enfants et rassurent tout un village. Autour d’elle, d’autres mères suivent son exemple.
À Butembo, dans le Nord-Kivu, Zawadi Kasereka avance lentement, appuyé sur sa béquille. La polio a laissé des traces sur son corps, mais elle a aussi forgé sa détermination.
« Je suis né à une époque où il existait de nombreux mythes sur la vaccination. Mes parents me cachaient lorsque les vaccinateurs venaient et cela a détruit une partie de ma vie », confie-t-il.
Aujourd’hui, Zawadi consacre son énergie à éviter que d’autres enfants ne connaissent le même sort. Campagne après campagne, il parcourt les quartiers, rassure les familles et aide à protéger les enfants.
« Beaucoup de parents acceptent maintenant de vacciner leurs enfants. Les mères connaissent la valeur du vaccin et viennent même nous chercher pour que leurs enfants ne soient pas oubliés », explique Zawadi fièrement.
À une cinquantaine de kilomètres de là, à Beni, Cécile Kyakimwa parcourt elle aussi les rues, glacière en main et sourire bienveillant aux lèvres. Mère de six enfants, elle s’est toujours engagée pour la santé et la solidarité dans sa communauté.
« Ce qui m’a motivée, c’est le désir d’aider », dit-elle simplement. Présidente d’une cellule d’animation communautaire, elle supervise plus de 100 membres, dont 40 qui se mobilisent activement lors de chaque campagne.
Pour renforcer leur autonomie, les membres produisent de l’huile de palme, du savon et pratiquent l’épargne communautaire ce qui leur permet de financer leurs activités sans dépendre d’une aide extérieure.
«â€¯La polio est encore présente dans la région, et grâce à ces efforts, nous contribuons à protéger la prochaine génération », rappelle Cécile.
Dans une zone marquée par les déplacements, un important travail d’identification est mené avant chaque campagne pour ne manquer aucun enfant.
Patience Godu a trouvé refuge avec ses neuf enfants devant un bâtiment de la ville de Beni, où elle vit avec une quinzaine d’autres familles.
« Même avec toutes ces épreuves, mes enfants ont reçu leurs vaccins, y compris ma plus jeune de 11 mois », dit Patience. « Pour moi, un vaccin, c’est comme un parapluie sous la pluie : il aide les enfants à mieux résister aux maladies. »
À ses côtés, sa fille Princesse rit en écoutant la conversation après sa vaccination. « Moi, je veux aller à l’école, avec une jupe, une chemise et une gourde que maman m’achètera », dit-elle timidement.
Le vaccin contre la polio agit comme un parapluie dans un orage ou comme les bras d’une mère pendant un chagrin, une protection discrète mais essentielle.
«â€¯Je veux que Jayden grandisse en bonne santé, et la vaccination est essentielle pour y parvenir », conclut Syntique après avoir fait vacciner son fils de 9 mois à Goma.
En 2025, plus de 28 millions d’enfants ont été vaccinés lors des campagnes organisées à travers le pays grâce au soutien du gouvernement de la RDC, de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), de la Fondation Gates, du gouvernement du Canada, du Rotary, de Gavi, l’Alliance du vaccin, des Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC) ainsi que de la Commission européenne-Banque européenne d'investissement (BEI) et du Centre Roi Salmane pour le secours et l’action humanitaire (KSrelief).