« Maintenant, je n’excise plus mes enfants »

Un film amène les parents au Mali à reconsidérer les mutilations génitales féminines et le mariage d’enfants quand ils apprennent les conséquences néfastes qu’encourent leurs filles.

Par Anne Kennedy
Assan Diarra (pseudonyme) 15 ans qui a échappé à un mariage précoce et qui a également été victime d'excision avec sa mère Oumou Cissé, ville de Sikasso, région de Sikasso, République du Mali, décembre 2019
UNICEF Mali/2019/Keita
22 janvier 2020

Assan* et sa mère font partie d'une génération de changement. Assan, 15 ans, et sa sœur aînée ont été excisées étant enfants, mais aucune de leurs sœurs cadettes ne l'a été, sous l’insistance de leur mère. Non seulement cela : inspirée par son savoir et l'expérience, sa mère vise à persuader sa communauté d'arrêter la pratique aussi.

Tout au long de son enfance, Assan a eu des problèmes de santé, entravant sa capacité de bouger et lui causant une douleur intense. Sa mère a cherché des réponses, mais personne ne semblait les avoir : aucun expert en santé n'avait la moindre idée de ce qui n'allait pas. Jusqu'à ce qu'un film soit projeté dans son quartier à Sikasso, au sud du Mali.

Sitan Touré fait partie de ceux qui n'ont pas été convaincus par les conséquences néfastes de la pratique de l'excision.
UNICEF Mali/2019/Keita

Le film décrivait les conséquences de l'excision sur la santé des filles. Les risques sur la santé associés à l'excision sont considérables et durables. Au Mali, la pratique des MGF est généralisée : 83% des femmes et des filles âgées entre 15 et 49 ans ont subi la pratique.

Les façons dont les mutilations sont effectuées peuvent entraîner des complications : 96% des excisions sont effectuées par les tradipraticiens à l'aide des lames basiques et sans anesthésie. Les jeunes filles peuvent saigner jusqu’à ce que la mort s’en suive, l'accouchement est plus dangereux à cause des hémorragies et les excisions restent souvent sujettes aux infections.

« Après avoir vu les conséquences, j'ai vraiment peur d’exciser et maintenant je n'excise plus mes enfants »

 Assan Diarra, 15 ans (pas son vrai nom), a échappé à un mariage précoce et a également été soumise à l'excision
UNICEF Mali/2019/Keita

Le souvenir de l’excision seul peut causer des dommages et ces problèmes de confiance et de douleur sont rarement, sinon jamais, discutés ouvertement.

Cela n'aide pas que le sujet soit considéré comme tabou, donc ceux qui sont les plus touchés ne discutent ni de ses conséquences physiques ni psychologiques.

« Certains ont dit que l’excision était bien, certains ont dit que ce n'était pas bien parce qu’il y avait trop de conséquences. D’autres ont dit que c’était bien mais n’ont pas donné de raison »

Transformer la situation est un défi, car la pratique est profondément enracinée dans les normes culturelles et sociales. Plus de 85% des femmes et des filles au Mali pensent que les MGF devraient se poursuivre, mais les raisons communément évoquées sont basées sur les conséquences sociales de ne pas les pratiquer, plutôt que sur une croyance en ses avantages. Une femme qui n'est pas excisée est considérée comme impure et insalubre. Elle aura du mal à se marier et sera socialement exclue. Beaucoup croient également que c'est une exigence de l'islam.

Comme d'autres, la mère d'Assan est allée voir le film par curiosité et a été choquée de découvrir que l’excision pouvait avoir de graves conséquences sur la santé. Elle est retournée voir le film à plusieurs reprises, allant même jusqu'à d'autres quartiers de la ville pour le voir, amenant sa sœur et ses amis.

« Après avoir vu les conséquences, j'ai vraiment peur d’exciser et maintenant je n’excise plus mes enfants. » Grâce au film, Assan a été la dernière de ses filles à être excisée. Se rendant compte que l’excision pourrait être la cause des problèmes de santé de son enfant, elle s'est rendue à la Direction régionale de la promotion de la femme, de l'enfant et de la famille qui, comprenant les raisons, a finalement pu orienter Assan vers les services médicaux dont elle avait besoin.

 Assan Diarra, 15 ans (pas son vrai nom), qui a échappé à un mariage précoce et a également été excisée avec sa mère Oumou Cissé
UNICEF Mali/2019/Keita

Ce n'était pas juste l’excision que la mère d'Assan a arrêtée. Se servant des informations qu'elle avait apprises du film, elle a réussi à persuader son mari, contre l’avis de ses pairs, d'arrêter l'arrangement du mariage précoce d'Assan.

Le film fait partie des initiatives du cinéma mobile de l'UNICEF, où des films éducatifs sont projetés directement dans les communautés à travers le Mali, soutenant un processus de partage d'informations sur les effets négatifs de l’excision et du mariage précoce. Parfois, c’est la première fois que les parents et les dirigeants communautaires entendent parler des conséquences négatives de l’excision ou du mariage précoce. Comme beaucoup de spectateurs au Mali, la mère d'Assan a apprécié la façon dont le film lui a montré les conséquences de l’excision et les risques pour la santé qu'une fille court lorsqu'elle est mariée et tombe enceinte à un jeune âge. Les situations présentées dans le film lui ont rappelé des problèmes de santé des autres membres de la famille et elle a commencé à partager aux autres ce qu'elle avait appris.

Mais cela n'a pas été facile pour la mère d'Assan. Beaucoup de gens ont essayé de les convaincre, son mari et elle, de continuer à exciser leurs enfants et de marier leurs filles tôt. Les gens ont dit à son mari de ne pas écouter sa femme. Mais puisque le film montre des situations vraies et présente des preuves concrètes, Assan trouve que c’est important que plus de personnes voient le film et que d'autres l’apprécient.

« Il y a une grande différence entre ceux qui ont vu le film et ceux qui ne l'ont pas vu. Ceux qui ont vu le film ont beaucoup appris. Ceux qui ne l'ont pas vu, si vous expliquez ce que vous avez appris, ils ne vous croiront jamais, car ils ne l'ont pas vu eux-mêmes. »

Le travail que l'UNICEF mène depuis des décennies avec le Gouvernement et la société civile pour faire en sorte que les filles du Mali bénéficient de leur droit à la santé, à l'éducation, au bien-être et à la capacité de développer leur plein potentiel est désormais renforcé à travers l’Initiative Spotlight, une initiative multinationale de l'Union européenne et des Nations Unies qui vise à éliminer la violence contre les femmes et les filles. Spotlight cherche à modifier non seulement les lois et les institutions, mais aussi les normes et les croyances sociales conduisant à des pratiques néfastes, en travaillant avec la communauté et les mouvements de femmes et en améliorant des services et des données. L'initiative permettra d'améliorer l'accès à des informations vitales sur les conséquences du mariage précoce et des excisions à travers les films, les animateurs et l'engagement des adolescents. Au Mali, l'Initiative Spotlight est mise en œuvre par l'UNICEF, l'UNFPA, ONU Femmes, le HCR et le PNUD.

 Assan Diarra, 15 ans (pas son vrai nom), a échappé à un mariage précoce et a également été soumise à l'excision
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« Ma génération pense que l’excision et le mariage précoce sont mauvais »

Assan*

Assan elle-même trouve trop difficile de se souvenir de la douleur et de l'humiliation de ses premiers problèmes de santé. Elle veut bien se marier, mais seulement une fois qu'elle aura terminé ses études et créé sa propre entreprise. Elle est convaincue que les perceptions et les attitudes changent et que de plus en plus de filles seront protégées contre les MGF et les mariages précoces à l'avenir. « Je ne peux pas parler au nom de la génération précédente », explique-t-elle, « mais ma génération pense que l’excision et le mariage précoce sont mauvais ».

Dans la famille d'Assan, la ligne a déjà été tracée. Elle est la dernière de ses sœurs à avoir été excisée et la dernière fille à avoir reçu une proposition de mariage précoce. Même si elle ne peut pas parler pour la génération précédente, elle joue un nouveau rôle à la tête de la jeune génération.

*Certains noms ont été changés.