Entre rires et larmes : La magie du théâtre-forum comme vecteur de changement

A Tombouctou, le théâtre-forum engage et éduque sur les droits des femmes et des enfants

Fatou Diagne
Mme Aminata Garba, Cheffe du Service Local de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille du cercle de Tombouctou durant le theatre forum
UNICEF/MALI/Keïta
07 mai 2025

Dans le quartier vibrant d’Hammabangou à Tombouctou, le soleil se couchait lentement, teintant le ciel de nuances d’orange et de rose. Les rires et les murmures des enfants résonnaient dans l'air, tandis que les adultes prenaient place sur des bancs improvisés, impatients d'assister à la représentation du théâtre-forum. Au milieu de la foule, Mme Aminata Garba, Cheffe du Service Local de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille du cercle de Tombouctou, se mêlait aux spectateurs, sa robe de battante flottant autour d'elle comme un symbole de force et de détermination.

Aminata a consacré sa vie à défendre les droits des femmes et des enfants dans cette région affectée par la crise sécuritaire. Elle savait que les défis étaient immenses, mais croyait fermement au pouvoir du changement. Le théâtre-forum, qu’elle avait initié, était devenu un outil puissant de sensibilisation communautaire.

Le théâtre-forum est une méthode théâtrale interactive où des acteurs mettent en scène des situations illustrant des enjeux sociaux réels. Les spectateurs sont ensuite invités à participer, à débattre, voire à monter sur scène pour proposer des solutions ou incarner des alternatives. Cette approche vise à éveiller les consciences tout en donnant à chacun l’opportunité de réfléchir et de s’exprimer concrètement. Chaque représentation aborde des problématiques sociales urgentes telles que la déscolarisation des filles, les violences basées sur le genre, les mutilations génitales féminines ou encore les mariages précoces.

Le groupe du theatre forum entrain de sensibiliser les populations
UNICEF/MALI/Keïta

Ce soir-là, les thématiques abordées allaient de la déscolarisation des filles aux violences basées sur le genre, en passant par des pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines ou les mariages précoces. Grâce à ce format original, Aminata semait des graines de changement au sein de la communauté. Elle croyait profondément qu’en dotant les communautés d’outils de réflexion et de dialogue constructif, un avenir plus juste et équitable pouvait émerger dans cette région marquée par l’instabilité et les défis quotidiens.

« Depuis que nous avons lancé cette initiative, j'ai vu un véritable engouement », confia-t-elle à une jeune femme assise à côté d'elle. « Les communautés prennent conscience de leurs droits et des conséquences de leurs choix. » Autour d’elle, Les visages étaient attentifs, captivés par les acteurs qui, à travers des scènes poignantes, illustraient les luttes et les espoirs de leur quotidien.

La pièce de ce soir-là retraçait l’histoire d’une jeune fille, Aïcha*, contrainte d’abandonner l’école pour un mariage arrangé, tandis que son enseignant tentait de convaincre ses parents que la place d’un enfant est à l’école, et non dans un mariage. Les rires se mêlaient aux larmes, et à chaque réplique, les spectateurs se reconnaissaient dans les histoires qui se déroulaient sous leurs yeux. Aminata observait avec fierté. Elle savait que le théâtre-forum n’était pas une simple représentation : c’était un catalyseur de prise de conscience et de transformation sociale.

Une participante interagit après le theatre
UNICEF/MALI/Keïta
Le groupe du theatre forum entrain de sensibiliser les populations
UNICEF/MALI/Keïta

Après la fin de la présentation, un débat s’engagea. Inspirés, Les participants prirent la parole. Un homme âgé se leva, la voix tremblante mais assurée : « J'ai toujours cru que marier mes filles jeunes était la meilleure chose à faire. Mais maintenant, je comprends que je leur vole leur avenir. » Des murmures d’approbation parcoururent la foule. Aminata sourit, le cœur réchauffé par l’espoir qui naissait autour d’elle.

« Grâce au programme NAFAMA, nous avons pu toucher des milliers de vies », expliqua Aminata, la voix empreinte de conviction. « Nous sensibilisons les familles et promouvons des pratiques familiales essentielles comme l’allaitement maternel exclusif, la nutrition du jeune enfant et la prévention de l’anémie. Ensemble, nous contribuons au bien-être et au développement de nos communautés. »

En 2024, grâce au financement du programme NAFAMA, 15 329 personnes (1 905 filles, 1 863 garçons, 4 553 hommes et 7 008 femmes) ont été sensibilisées aux pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines, les mariages d’enfants, ainsi qu’à l’importance de la scolarisation et du maintien des filles à l’école. Ces séances ont été menées via une communication de masse participative, animée par des adolescents et des jeunes à travers le théâtre -forum.

Par ailleurs, 1 858 adolescentes et jeunes femmes, survivantes de violences basées sur le genre, y compris les MGF et les mariages d’enfants, ont été orientées vers des services de prise en charge psychosociale ou ont pu éviter ces pratiques dans les cercles de Tombouctou, Niafunké et Diré. Cela a été rendu possible grâce aux compétences acquises et aux actions menées par les 36 comités d’éveil mis en place pour la prévention et la réponse aux VBG. Ces initiatives ont non seulement éveillé les consciences sur l’impact de ces pratiques néfastes, mais ont également permis de former des ambassadeurs engagés pour leur éradication dans les localités ciblées par le programme NAFAMA.

Une participante interagit après le theatre
UNICEF/MALI/Keïta

Les discussions se poursuivirent, et Aminata savait que chaque mot prononcé, chaque conscience éveillée, était une victoire. Elle se tenait là, au cœur de Tombouctou, entourée de celles et ceux qui partageaient sa vision d’un avenir meilleur. Le théâtre-forum n'était pas seulement un spectacle ; c’était une promesse de changement, une lumière dans l'obscurité et grâce à des femmes comme elle, l'espoir brillait plus fort que jamais.