Hawa et koumba, l’espoir de Gourel

Hawa et Koumba, les premières filles du village de Gourel-Ceno-Dedji à obtenir le Diplôme de Fin d'Études Fondamentales (DEF)

Fatou Diagne
Des enfants du village isolé de Gadiaba Kadiel, situé dans la région de Nioro au Mali, bénéficient de vélos et de kits scolaires offerts par l'UNICEF. Cette initiative vise à faciliter leur trajet quotidien et à leur offrir une éducation plus sûre et plus accessible, malgré les longues distances qui les séparent de l'école la plus proche.
UNICEF/UNI702738/Dicko
04 février 2025

C’est la première fois dans le village de Gourel-Ceno-Dedji, situé dans la région de Kayes, qu’un enfant obtient le Diplôme de fin d’Études Fondamentales (DEF). Dans ce village, le taux de déscolarisation des enfants est très élevé : trois enfants sur quatre n’achèvent pas le second cycle du fondamental. Si ce n’est à cause de la distance entre Gourel-Ceno-Dedji et Gadiaba-Kadiel, chef-lieu de la commune où se trouve l’école fondamentale, c’est en raison de la précarité de certains parents ou encore de facteurs sociaux tels que le travail champêtre et le mariage précoce, qui mettent malheureusement un terme prématuré au parcours scolaire des enfants.   

En 2024, pour la première fois, deux jeunes filles, Hawa et Koumba, ont inversé la tendance grâce à l’appui de leurs parents, de leurs enseignants, des autorités locales et de l’UNICEF à travers le programme NORAD. En plus de son soutien à l’amélioration de la qualité de l’éducation par la formation des enseignants et le renforcement du suivi pédagogique de proximité via les Académies d’Enseignement (AE) et les Centres d’Animation Pédagogiques (CAP), le programme a doté des enfants, notamment nos deux heureuses lauréates, de vélos pour faciliter leur déplacement vers l’école.  

Hawa, une chance pour le village de Gourel-Ceno-Dedji

Hawa, 15 ans, vit avec ses parents à Gourel-Ceno-Dedji, un village situé entre Nioro du Sahel et Gadiaba -Kadiel. Ici, les communautés vivent majoritairement de l’agriculture et de l’élevage. Dans cette localité où le taux de scolarisation est très faible et où la majorité des enfants quittent l’école avant l’adolescence, Hawa a eu la chance d’avoir des parents qui la soutiennent dans la poursuite de ses études. Orpheline de père, elle ne peut compter que sur le soutien de sa mère, Fatimata Bah, et de son oncle, Amadou Dicko.   

Des enfants du village isolé de Gadiaba Kadiel, situé dans la région de Nioro au Mali, bénéficient de vélos et de kits scolaires offerts par l'UNICEF. Cette initiative vise à faciliter leur trajet quotidien et à leur offrir une éducation plus sûre et plus accessible, malgré les longues distances qui les séparent de l'école la plus proche.
UNICEF/UNI702943/Dicko

« Mon souhait est qu’Hawa poursuive sa scolarité. Je veux qu’elle étudie. Je constate déjà les avantages de son éducation : chaque fois que nous avons besoin d’aide pour nos téléphones, que ce soit pour enregistrer ou retrouver un numéro, c’est elle qui nous assiste », se réjouit Amadou Dicko, l’oncle d’Hawa.

Selon la mère d’Hawa, perdre un parent est une épreuve difficile pour un enfant, à moins qu’il ait la chance de grandir dans une famille qui le soutient. « C’est vraiment le frère de mon mari qui fait tout pour nous aujourd’hui », explique Fatimata Bah.

Après l’obtention de son certificat d’études primaires (CEP), Hawa a poursuivi sa scolarité à Gadiaba-Kadiel, un village situé à trois kilomètres de son lieu de naissance. Comme des dizaines d’autres élèves, elle parcourait environ six kilomètres par jour. « Je quittais la maison à pied pour aller à l’école. C’était une marche longue, fatigante et éprouvante », témoigne-t-elle. 

Les enfants du village isolé de Gadiaba Kadiel, situé dans la région de Nioro au Mali, bénéficient de vélos et de kits scolaires offerts par l'UNICEF. Cette initiative vise à faciliter leur trajet quotidien et à leur offrir une éducation plus sûre et plus accessible, malgré les longues distances qui les séparent de l'école la plus proche.
UNICEF/UNI702940/Dicko

« Depuis que j’ai eu mon vélo, c’est un vrai soulagement pour moi, un vrai plaisir de venir à l’école et d’apprendre »

Hawa, 15 ans.

Face à ces difficultés, certains élèves ont dû abandonner l’école. Soucieuse d’offrir à chaque enfant le droit à l’éducation, l’UNICEF a initié le projet d’autonomisation des adolescentes par l’éducation au Mali, soutenu par la Norvège (NORAD). Dans le cadre de ce projet, 294 vélos ont été distribués aux filles, dont 36 aux élèves de la commune de Gadiaba-Kadiel. Ces vélos contribuent activement à la lutte contre la déscolarisation et au maintien des enfants, en particulier des filles en milieu rural, dans le système éducatif. Le programme a ainsi permis la réintégration de 13 000 filles dans les cycles secondaires, dépassant l’objectif initial de 11 000.

Quatre élèves originaires de Gourel-Ceno-Dedji, dont Hawa et Koumba, ont bénéficié de vélos, améliorant ainsi leurs conditions d’études. « Depuis que j’ai eu mon vélo, c’est un vrai soulagement pour moi, un vrai plaisir de venir à l’école et d’apprendre », explique Hawa. « Cette année, j’ai obtenu mon DEF. Je suis heureuse d’avoir apporté de la joie à mes enseignants. Sans eux, je n’aurais pas réussi, et c’est cela qui constitue ma principale source de fierté et de motivation. »

Dans la plupart des situations similaires à celle d’Hawa et Koumba, les parents auraient opté pour le mariage précoce au détriment des études. Mais l’oncle d’Hawa a fait un autre choix : celui de l’éducation. « Je veux qu’elle poursuive ses études, car nous avons déjà constaté les avantages de sa scolarisation. Maintenant qu’elle va aller au lycée, je ferai tout pour lui trouver une famille d’accueil afin qu’elle puisse continuer ses études à Nioro », promet Amadou Dicko.

Un appel pour l’avenir de milliers d’enfants 

Des enfants du village isolé de Gadiaba Kadiel, situé dans la région de Nioro au Mali, bénéficient de vélos et de kits scolaires offerts par l'UNICEF. Cette initiative vise à faciliter leur trajet quotidien et à leur offrir une éducation plus sûre et plus accessible, malgré les longues distances qui les séparent de l'école la plus proche.
UNICEF/UNI702946/Dicko

Avec son DEF en poche, Hawa se tourne désormais vers l’avenir. Un avenir qui lui sourit grâce au soutien de sa famille, qui lui laisse la liberté de choisir son destin. Hawa souhaite faire des études en santé afin de pouvoir, un jour, aider sa communauté. En se projetant dans l’avenir, elle pense aussi à ses camarades qui n’ont pas eu la même opportunité qu’elle. « Obtenir mon DEF est une grande fierté pour moi. Beaucoup d’autres filles n’ont pas eu cette chance, je ne peux qu’être reconnaissante », confie-t-elle. « Mais lorsque je demande aux parents de mes camarades pourquoi leurs filles ne vont pas à l’école, certains me répondent que l’école est trop loin, d’autres estiment que la place d’une fille est dans un mariage, et certains pensent encore que l’éducation des filles ne sert à rien. »

Hawa souhaite que chaque enfant puisse bénéficier du soutien de ses parents, mais aussi de celui des autorités et des partenaires. « J’ai des camarades qui habitent loin et qui n’ont toujours pas de vélo. Mon souhait est que toutes ces filles puissent en bénéficier, cela les encouragerait énormément. Parfois, je laisse mon vélo à la maison exprès et je marche avec elles, par solidarité, pour qu’elles ne se sentent pas seules. Je ne veux pas qu’elles abandonnent l’école », déclare avec détermination la future lycéenne de Nioro. 

Des enfants du village isolé de Gadiaba Kadiel, situé dans la région de Nioro au Mali, bénéficient de vélos et de kits scolaires offerts par l'UNICEF. Cette initiative vise à faciliter leur trajet quotidien et à leur offrir une éducation plus sûre et plus accessible, malgré les longues distances qui les séparent de l'école la plus proche.
UNICEF/UNI702956/Dicko
Des enfants du village isolé de Gadiaba Kadiel, situé dans la région de Nioro au Mali, bénéficient de bicyclettes et de kits scolaires offerts par l'UNICEF. Cette initiative vise à faciliter leur trajet quotidien et à leur offrir une éducation plus sûre et plus accessible, malgré les longues distances qui les séparent de l'école la plus proche.
UNICEF/UNI702954/Dicko

« J’aimerais dire à mes camarades de persévérer à l’école. Nous pouvons devenir médecins et contribuer à améliorer la santé de nos familles. Nous en serons les premiers bénéficiaires. Je conseille aux élèves d’étudier, de respecter leurs enseignants et, surtout, d’être patients. Il faut savoir supporter la fumée pour obtenir du bon charbon », conclut-elle avec sagesse.