Ici, l’avenir ne renonce pas.
Loin de chez eux et face à l’incertitude, les enfants déplacés à Goundam — comme Boubacar — trouvent un espace sûr pour apprendre, guérir et rêver de nouveau.
- Français
- English
Goundam, à quelques kilomètres de Tombouctou, accueille une partie des 45 738 personnes déplacées internes recensées dans la région en septembre 2025 — dont plus de la moitié sont des enfants — une augmentation marquée par rapport aux 24 867 personnes déplacées enregistrées en décembre 2024.
Ici, loin des foyers qu’ils ont dû abandonner, les familles déplacées s’efforcent chaque jour de reconstruire un semblant de normalité. Au milieu des abris de fortune, quelques tentes propres et lumineuses se détachent — presque comme si elles brillaient d’espoir. Pour les enfants, ce ne sont pas seulement des tentes. C’est leur nouvelle école, un endroit où les routines reviennent doucement et où l’espoir reprend forme.
C’est dans l’une de ces tentes que Boubacar, 12 ans, a recommencé à se sentir élève.
« Quand notre école est restée fermée, non fonctionnelle, pendant toute une semaine, j’ai compris que quelque chose était perdu », confietil — des mots qui traduisent à la fois les difficultés du déplacement et le soulagement de retrouver un lieu sûr et accueillant pour apprendre.
Quelques mois plus tôt à peine, son école dans le village de Fatakara avait dû cesser de fonctionner. Les tirs, les menaces et les routes bloquées ont vidé les salles de classe et forcé les enseignants à fuir. Comme l’école de Boubacar, plus de 2 300 écoles au Mali sont non fonctionnelles, privant plus de 690 000 enfants d’un accès à l’apprentissage.
Hawa Cissé, enseignante communautaire bénévole formée au soutien psychosocial, pose doucement une main rassurante sur son épaule : « Ici, Boubacar… c’est aussi une école. Tu peux réapprendre. » Au début, Boubacar hésitait. Les bruits de tirs, les nuits sans sommeil et les visages fatigués revenaient sans cesse. « J’avais oublié comment lever la main », avoue-t-il. Mais sous la tente, quelque chose a changé.
Peu à peu, Boubacar a retrouvé confiance. Un matin, il a repris un stylo. Le lendemain, il a lu une phrase à voix haute. Une semaine plus tard, il se tenait devant le tableau, lisant un texte devant ses camarades. « Quand j’ai réentendu ma propre voix, j’ai su que j’allais mieux », dit-il avec un sourire timide.
Les enseignants formés pour accompagner les enfants touchés par la crise savent reconnaître la peur dans le silence et le découragement d’un simple regard. Ils enseignent — mais ils écoutent aussi. « Dans cet espace, nous ne faisons pas que donner des leçons. Nous aidons les enfants à se reconstruire », explique Hawa Cissé.
Pour les parents, ces tentes sont devenues un repère essentiel. « Sans ces tentes, nos enfants erreraient dans le site. Ici, ils sont protégés, occupés, et ils recommencent à rêver », confie Alassane Boureima, le père de Boubacar. Dans toute la région de Tombouctou, Boubacar n’est pas seul. Comme lui, plus de 3 703 enfants, dont 1 789 filles, ont repris le chemin de l’école — ou ont accédé pour la première fois à l’éducation — grâce au programme pluriannuel de résilience.
« Ces tentes sont des Espaces Temporaires d’Apprentissage que nous installons avec l’Académie d’Éducation de Tombouctou sur les sites de déplacement, en attendant la construction ou la réhabilitation de salles de classe permanentes », explique Fatoumata Hamadoun, chargée de l’Éducation au bureau UNICEF de Tombouctou. « Elles protègent les enfants contre les risques de violence, d’exploitation ou de recrutement par des groupes armés. Elles offrent un environnement sûr où l’enfance peut respirer — même en situation d’urgence. »
« Grâce à l’appui fourni — des espaces d’apprentissage temporaires au renforcement des capacités des enseignants, en passant par la distribution de kits scolaires — le taux de fréquentation scolaire a dépassé les 50 % cette année, une amélioration remarquable par rapport aux années précédentes », se réjouit Mahamane Ibrahim Maïga, Directeur du Centre d’Animation Pédagogique de Tombouctou.
Pour Boubacar et sa famille, le soutien ne s’est pas arrêté à l’éducation. Ils ont également bénéficié d’un transfert monétaire, une aide qui a profondément changé leur quotidien. « La vie ici est difficile, mais grâce à ce soutien, nous avons pu nous relever un peu et commencer à penser à demain », explique Alassane Boureima, le père de Boubacar.
Ce filet de protection sociale a permis à Boubacar d’apprendre l’esprit tranquille, à l’abri de la pression économique qui pèse sur tant d’enfants déplacés. « Ici, j’ai compris que la crise ne peut pas voler tous mes rêves. Tant que j’apprends, mon avenir reste ouvert », conclut-il, le sourire plein d’espoir.
Bien plus qu’une réponse d’urgence, le programme MYRP constitue un levier stratégique pour la paix, la stabilité et le développement durable — permettant à chaque enfant d’apprendre, d’être protégé et de continuer à rêver, même en temps de crise.
La deuxième phase du Programme de Résilience Pluriannuel (MYRP2), lancée par le Ministère de l’Éducation nationale en partenariat avec l’UNICEF et financée à hauteur de 22 millions de dollars par Education Cannot Wait (ECW), vise à garantir une éducation sûre, inclusive et de qualité pour 204 500 enfants et adolescents, comme Boubacar, dans les régions du Mali touchées par la crise. Le programme répond aux impacts des conflits, de l’insécurité et des catastrophes naturelles autour de trois priorités : assurer un accès équitable à l’éducation ; améliorer la qualité de l’enseignement ; renforcer la gouvernance et la résilience du système éducatif. Il appuie la construction et la réhabilitation de salles de classe, la formation des enseignants, la distribution de supports d’apprentissage et de kits d’hygiène menstruelle, ainsi qu’un soutien financier aux ménages vulnérables. Le MYRP2 promeut également l’inclusion scolaire, l’éducation des filles et des parcours d’apprentissage alternatifs, notamment la formation professionnelle.