Courir pour rattraper la seule pirogue du village afin d'arriver à l'école à l'heure.

Inondations et avancées du désert : Les élèves de l'école Ibrahim Touré font preuve de résilience face aux changements climatiques, s'appuyant sur une seule pirogue qui dessert tout un village pour traverser le canal jusqu'à l'école.

Fatou Diagne
Fatoumata Hamadoun, Chargée de l’éducation pour l‘UNICEF à Tombouctou, accompagne ici les enfants en pirogue pour traverser le canal dans le quartier Djingareyber de Tombouctou, juste après la remise de leurs kits scolaires.   Fatoumata Hamadoun, Education Officer for UNICEF in Tombouctou, here with school children in a canoe as they cross a canal in the Djingareyber neighborhood of Tombouctou, shortly after the distribution of their school kits.
UNICEF/UNI674507/Keïta
13 janvier 2025

Chaque matin, des dizaines d’enfants des quartiers de Djingareyber, Sans fil, Sankore et de Badjinde font la traversée en pirogue pour accéder à leur école.  L’école Ibrahim Touré piégée entre le canal reliant le fleuve Niger à Tombouctou,  la citée mystérieuse des 333 Saints, et les dunes de sables qui avancent progressivement vers les murs de clôture de l’école.  A cet exercice voir, cette corvée, se livrent quotidiennement plus de 25,4% de l’effectif de l’école (96 élèves sur 378 élèves).

Très tôt le matin, parents et élèves se ruent vers le canal dans une ambiance semblable à celle d’une gare routière. Les enfants par ordre d’arrivée, montent dans une vieille barque d’une capacité de 15 à 20 enfants.   

« Pendant la crue, nous mettons une pirogue à disposition pour la traversée des enfants. Les parents d'élèves à travers le Comité de gestion scolaire (CGS), organisent la traversée. », explique Oumar Ismaguel, notable du Secteur de Kolo et représentant du chef de quartier de Djingareyber.  

Un groupe d’élèves du quartier Djingareyber se prépare pour la traversée en pirogue après la fin des cours.   A group of pupils from the Djingareyber neighborhood is preparing for a canoe crossing after the conclusion of their classes.
UNICEF/UNI672810/Keïta Un groupe d’élèves du quartier Djingareyber se prépare pour la traversée en pirogue après la fin des cours. A group of pupils from the Djingareyber neighborhood is preparing for a canoe crossing after the conclusion of their classes.
Un groupe d’élèves du quartier Djingareyber se prépare pour la traversée en pirogue après la fin des cours.   A group of pupils from the Djingareyber neighborhood is preparing for a canoe crossing after the conclusion of their classes.
UNICEF/UNI672830/Keïta Un groupe d’élèves du quartier Djingareyber se prépare pour la traversée en pirogue après la fin des cours. A group of pupils from the Djingareyber neighborhood is preparing for a canoe crossing after the conclusion of their classes.

« Quand la détermination y est, rien ne peut dissuader un chercheur de savoir » - Mohamed Saïd, Directeur de l’école. 

Agé de 10 ans, Hamadoun Alhousseini, un des enfants candidats à la traversée, raconte à quoi ressemble une journée dans sa vie d’élève du primaire. Quand il se réveille le matin, Hamadoun Alhousseini doit se dépêcher pour être parmi les premiers à embarquer pour l’autre rive afin d'éviter la foule, sachant que c'est la seule pirogue utilisée par tout le village. « Chaque matin, quand je me réveille, je prends ma douche, je fais ma prière, je prépare mon sac pour l’école. Je demande ensuite à ma mère l’argent pour la traversée en pirogue pour me rendre à l’école. C’est ma mère qui me donne l’argent pour la traversée en pirogue », dit-il.

Après sa traversée, Hamadoun Alhousseini doit marcher en compagnie de ses camarades, près d’un demi-kilomètre, bravant les vents chauds et secs et le sable des dunes sous ses pieds. « Le trajet jusqu'à l'école peut nous prendre une heure. Comme vous voyez, il n’est pas facile de marcher dans le sable. On perd parfois l’équilibre et on tombe ». 

A cause des péripéties de la traversée, les enfants sont obligés de faire une journée continue jusqu’à la fin des cours. Selon Mohamed Saïd, Directeur de l’école, son administration est obligée d’organiser des horaires conformes aux réalités du terrain. « Nous faisons des journées réduites comparées au programme conventionnel qui continue parfois jusqu’à dix-sept heures. Nous arrêtons les cours à partir de 14h30 pour permettre aux enfants de rentrer à temps à la maison surtout ceux qui doivent prendre à nouveau la pirogue. Quand la détermination y est, rien ne peut dissuader un chercheur de savoir », explique-t-il.  

Hamadoun Alhousseini ici avec ses camarades après la traversée en pirogue, marchent encore quelques kilomètres sur les dunes de sable pour rejoindre leur école.    Hamadoun Alhousseini, here with his classmates after the crossing in a canoe, walks a few more kilometers on the sand dunes to reach their school.
UNICEF/UNI672836/Keïta Hamadoun Alhousseini ici avec ses camarades après la traversée en pirogue, marchent encore quelques kilomètres sur les dunes de sable pour rejoindre leur école. Hamadoun Alhousseini, here with his classmates after the crossing in a canoe, walks a few more kilometers on the sand dunes to reach their school.
Hamadoun Alhousseini ici avec ses camarades après la traversée en pirogue, marchent encore quelques kilomètres sur les dunes de sable pour rejoindre leur école.    Hamadoun Alhousseini, here with his classmates after the crossing in a canoe, walks a few more kilometers on the sand dunes to reach their school.
UNICEF/UNI672804/Keïta Hamadoun Alhousseini ici avec ses camarades après la traversée en pirogue, marchent encore quelques kilomètres sur les dunes de sable pour rejoindre leur école. Hamadoun Alhousseini, here with his classmates after the crossing in a canoe, walks a few more kilometers on the sand dunes to reach their school.

Les communautés souhaitent des actions efficaces et durables  

Mohamed Saïd, Directeur de l’école Ibrahima Garba Touré dans le quartier Djingareyber à Tombouctou, ici dans une salle de classe de son école.   Mohamed Saïd, the Director of Ibrahima Garba Touré Elementary School located in the Djingareyber neighborhood of Timbuktu, here in one of the classrooms of his school.
UNICEF/UNI672841/Keïta Mohamed Saïd, Directeur de l’école Ibrahima Garba Touré dans le quartier Djingareyber à Tombouctou, ici dans une salle de classe de son école. Mohamed Saïd, the Director of Ibrahima Garba Touré Elementary School located in the Djingareyber neighborhood of Timbuktu, here in one of the classrooms of his school.

L’école Ibrahim Touré de Djingareyber est touchée par plusieurs risques en lien avec le changement climatique. La présence du canal et des dunes de sable constitue des obstacles majeurs, tandis que des températures extrêmes, dépassant 45°C durant l'année scolaire, compliquent davantage la scolarisation des enfants. Pour le comité de gestion scolaire, tous ces facteurs constituent des défis énormes à relever pour un bon fonctionnement de l’école. Il estime que la traversée des élèves en pirogue comporte des risques, bien qu'aucun incident ne soit encore survenu. Les parents payent 50 FCFA (environ 7,5 centimes USD) par enfant pour la traversée en pirogue vers l'école. Cette situation représente une charge financière pour les familles.

L’appel des parents d’élèves, de l’administration de l’école et de toute la communauté est pressant. « Je demande à tous les partenaires de s’impliquer pour résoudre ce problème. Il nous faut un pont à cet endroit pour que les enfants aient accès à l’école », lance M. Saïd, Directeur de l’école. 

Assurer à chaque enfant son droit à l’éducation  

Hamadoun Alhousseini, 10 ans, élève en quatrième année à l’école Ibrahima Garba Touré dans le quartier Djingareyber de Tombouctou, ici dans sa salle de classe.   Hamadoun Alhousseini, a 10-year-old pupil in the fourth grade at Ibrahima Garba Touré School, is here in his classroom located in the Djingareyber neighborhood of Tombouctou.
UNICEF/UNI672843/Keïta Hamadoun Alhousseini, 10 ans, élève en quatrième année à l’école Ibrahima Garba Touré dans le quartier Djingareyber de Tombouctou, ici dans sa salle de classe. Hamadoun Alhousseini, a 10-year-old pupil in the fourth grade at Ibrahima Garba Touré School, is here in his classroom located in the Djingareyber neighborhood of Tombouctou.

À Tombouctou, à la suite des inondations, 14 288 enfants comme Hamadoun Alhousseini et ses camarades de l'École Ibrahim Touré ont bénéficié de kits scolaires individuels pour faciliter leur accès à l'éducation. En outre, 17 338 enfants, dont 6 840 filles, ont été réinsérés grâce au renforcement des capacités d'accueil de 56 structures, notamment par la rénovation de 23 salles de classe et la construction de 33 espaces d'apprentissage semi-durables. La distribution de 69 tentes et de 985 tables-bancs a également contribué à établir des Espaces Temporaires d'Apprentissage. Cette réponse était possible grâce aux financements du Fonds d'Urgence des Nations Unies (CERF) et à l'assistance de la République d'Allemagne pour la résilience (BRS).

« Les kits scolaires que l’UNICEF met à la disposition de ces enfants, allègent la charge des parents dans l’achat de fournitures scolaires et encouragent également l'ambition de réussite chez ces enfants, qui font preuve d'une détermination remarquable à exceller, » Mahamadou Moufliha, Directeur du Centre d’Apprentissage Pédagogique de Tombouctou.

Hamadoun Alhousseini aime encourager ses camarades à aller à l’école. « Les enfants qui ne vont pas à l’école ne devraient pas traîner dans les rues, car aller à l’école est bien plus important que de se promener », défend-il, ajoutant qu’il souhaite étudier pour gagner de l’argent et construire une école près de sa maison, afin que les enfants n’aient plus à se fatiguer pour s’y rendre.