Donner de l’espoir aux plus vulnérables
Les taux de malnutrition restent très élevés chez les enfants dans les zones les plus exposées à l'insécurité alimentaire. Mais les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi sont en train de sauver des vies
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« Les récoltes sont mauvaises », explique Assitan Diakité, 25 ans. « C’est presque comme si on avait jeté un mauvais sort aux graines. »
Elle tient dans ses bras sa benjamine, Djeneba, qui a 19 mois. Assitan a déjà eu huit grossesses, mais tous ses enfants n’ont pas survécu. Et aujourd’hui la petite Djeneba, aux cheveux clairsemés et grisâtres, la peau tombante, est aussi visiblement malade.
« C’est presque comme si on avait jeté un mauvais sort aux graines. »
« Elle ne pouvait même pas s’asseoir, elle était tellement faible », se souvient sa voisine, Mariamou Bouaré. C’est Mariamou qui a compris que la petite Djeneba souffrait de malnutrition aiguë sévère (MAS), une condition qui peut être mortelle. En tant que présidente d’un Groupe de soutien aux activités nutritionnelles (GSAN) récemment créé dans le village de Samabougou, elle faisait du porte-à-porte dans le village, mesurant le tour de bras des enfants de moins de cinq ans, lorsqu’elle est arrivée chez Assitan.
Lorsque le ruban anthropométrique a indiqué une valeur rouge, elle s’est rendue compte de la gravité de l’état de Djeneba. « Quand je l’ai vue, j’ai tout de suite compris qu’elle était malade », explique Mariamou. « Mais je ne savais pas que c’était si grave. »
« Quand je l’ai vue, j’ai tout de suite compris qu’elle était malade. Mais je ne savais pas que c’était si grave. »
Mariamou a orienté Assitan vers un agent de santé communautaire, qui a confirmé le diagnostic et demandé à Assitan de se rendre au centre de santé. Djeneba sur son dos, elle a entamé une marche de 7 kilomètres sur les sentiers sablonneux l’éloignant de son village, marchant presque deux heures pour rejoindre le centre de santé communautaire de Boussin.
Mais à son arrivée, tout cela a semblé en avoir valu la peine : Djeneba a été placée sous un régime d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE), une pâte hautement nutritive à base d’arachides, huile, sucre, lait, vitamines et minéraux. Les deux sachets quotidiens qu’elle prend actuellement vont l’aider à atteindre rapidement le poids idéal pour son âge, 7,6 kg, comparé à son poids initial de 6 kg.
Assitan elle-même ne pèse que 41 kg, sa silhouette amaigrie à peine visible sous un tissu bleu traditionnel. La plupart des jours, la famille ne mange que deux repas, et il n’y a presque jamais de poisson, de fruits ou légumes. Son mari souvent absent, Assitan doit s’occuper seule de ses enfants. Elle gagne sa vie en pilant du mil pour des voisins, et en tire entre 25 et 50 centimes de dollars par jour. Avec peu de revenus et de mauvaises récoltes, nourrir sa famille est devenu un défi quotidien. « J’ai du mal à trouver assez à manger, alors c’est dur pour moi de bien nourrir mes propres enfants », explique-t-elle.
Comme l’on pouvait s’y attendre, Djeneba n’est pas la première de ses enfants à souffrir de malnutrition aiguë : quatre de ses enfants ont déjà souffert de cette pathologie. Les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère ont souvent un poids très bas pour leur taille, et sont neuf fois plus à risque de mourir en cas de maladie, du fait de l’affaiblissement de leur système immunitaire. Mais avec un traitement efficace, les enfants peuvent en guérir complètement. L’UNICEF est le principal fournisseur d’ATPE au Mali, grâce au soutien de partenaires tels que DFID, qui a soutenu en 2019 le traitement de plus de 60 000 enfants atteints de MAS au Mali.
Mais si les enfants sont pris en charge dans les centres de santé, au niveau communautaire, y compris à Samabougou, le concept de malnutrition est souvent nouveau. Grâce à une formation de trois jours menée par l’ONG Coopi, Mariamou a appris non seulement à repérer et référer les enfants souffrant de malnutrition, mais aussi les meilleures pratiques pour sa prévention : l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois, l’alimentation de complément comme la bouillie enrichie jusqu’à 2 ans, ainsi que l’hygiène à la maison, en particulier le lavage de mains au savon.
Mariamou se souvient du premier enfant qu’elle a dépisté et qui souffrait de malnutrition. « Il y avait un enfant appelé Fousseni. Nous étions tous inquiets parce qu’il était dans la zone rouge. Mais nous l’avons référé au centre de santé et il s’est complètement rétabli. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je faisais du bon travail. »
Des mécanismes au sein de la communauté comme les GSAN permettent de s’assurer que les enfants souffrant de MAS sont détectés le plus tôt possible au niveau communautaire. Mais ils jouent également un rôle crucial dans la prévention de nouveaux cas, par la promotion de bonnes pratiques nutritionnelles dans des communautés isolées. Grâce au soutien de DFID, 153 GSAN ont déjà été mis en place à Ségou et Baraoueli.
Le groupe de Mariamou n’est actif que depuis deux mois, mais le centre de santé à côté voit déjà son impact.
« La mise en place du groupe a vraiment aidé dans la référence », explique Issa Diallo, Directeur du centre de santé de Boussin. « Ils aident également les agents de santé communautaires dans leur travail, et fournissent des informations nutritionnelles au niveau communautaire. »
De retour au village, une session est menée sur l’alimentation de complément, et Assitan observe avec attention les membres du groupe qui montrent la préparation d’une bouillie enrichie, en utilisant du mil, de la poudre d’arachide et le jus de feuilles d’oseilles bouillies, qui contiennent de la vitamine C.
Maintenant qu’il y a un GSAN dans le village, Assitan a l’intention de participer à toutes les sessions.
« Je suis tellement heureuse que Mariamou soit venue chez moi et qu’elle ait détecté la malnutrition de mon enfant. Et je suis très reconnaissante que les produits au centre de santé soient gratuits. Cela va vraiment aider mon enfant à guérir. »
Son souhait pour Djeneba ? Qu’elle soit en parfaite santé et puisse plus tard aller à l’école. « Toutes les mères veulent que leurs enfants soient éduqués, après tout », sourit-elle.