Retourner à l’école après les violences : l’histoire de Tshibola

L’école procure aux enfants touchés par les crises un sentiment de normalité dont ils ont grandement besoin.

Aime Kouman Kouame
02 février 2020

Tshibola Zobolayi, 10 ans, vivait paisiblement avec ses parents, frères et sœurs à Kasuyi, un village dans la région du Kasaï en République Démocratique du Congo (RDC). Au mois d’août 2016, les affrontements entre la milice Kamuina Nsapu et les forces gouvernementales ont obligé la famille à fuir dans la brousse.

Lors de la fuite, toute la famille a été séparée et Tshibola s’est retrouvée en brousse avec ses deux sœurs. Tshibola a tout perdu ce jour du mois d’août 2016 et a laissé tous ses souvenirs derrière-elle. Durant plus d’un mois, la jeune fille est restée dans la brousse pensant être en sécurité. Malheureusement, les affrontements se rapprochaient et Tshibola a été enlevée par un groupe armé. « J’ai vu des personnes être tuées », explique la jeune fille traumatisée par les scènes horribles auxquelles elle a assisté durant les deux mois de détention. A seulement 10 ans, Tshibola a vu ses bourreaux décapiter des personnes et transporter leurs têtes dans les bras.

Un jour alors que le chef du groupe a demandé à Tshibola d’apporter de l’eau à une équipe qui postée non loin du campement, la jeune fille a saisi l’occasion pour fuir dans la brousse. Pendant plusieurs semaines, Tshibola est restée cachée dans la dense végétation, n’osant pas sortir de peur de se faire repérer par le groupe armé.

Lorsqu’elle a entendu que la situation sécuritaire était calme, Tshibola est sortie la brousse pour chercher les membres de sa famille. Sa mère, son père et ses frères étaient introuvables mais la jeune fille a rapidement retrouvé ses deux sœurs, âgées de 7 et 10 ans. Toutes les trois ont été placées dans une famille d’accueil et inscrites à l’école.

« Chaque fois que je passe devant l’endroit où vivais avec mes parents, je me souviens d’eux et je reste triste toute la journée », explique Tshibola qui est maintenant en quatrième année à l’Ecole Primaire Lukusa Kayembe. Lors des affrontements, cette école avait été détruite et l’UNICEF a installé des classes temporaires, construit des latrines et distribué du matériel pédagogique ainsi que des fournitures scolaires.

Retrouver les bancs de l’école a permis à la petite Tshibola de calmer ses craintes et d’apaiser les souvenirs des atrocités auxquelles elle a assisté dans la brousse. L’histoire et les sciences naturelles sont ses matières préférées. « J’adore aussi beaucoup la lecture et les récitations », explique Tshibola, un grand sourire aux lèvres.

« Je suis très contente depuis mon retour à l’école », conclut la jeune fille qui compte terminer ses études pour devenir agent humanitaire et aider à son tour les enfants les plus vulnérables.

En 2019, 257.313 élèves ont bénéficié d'une éducation d'urgence grâce à l'appui du Gouvernement des Etats-Unis et du Royaume-Uni, avec notamment la création d'espaces d'apprentissage semi-permanents, des activités de consolidation de la paix et un soutien psychologique pour les enfants et les enseignants dans le besoin.