Apprendre à son rythme pour progresser
L’approche TaRL transforme la manière d’apprendre en adaptant l’enseignement au niveau réel des élèves
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Mbunda Kanku éclate de rire avec ses camarades dans une salle de classe de l’école primaire Tshienda dans la province du Kasaï. Entre ses mains, une petite pancarte sur laquelle on peut lire : « Je lis les mots ».
Derrière cette scène qui pourrait sembler anodine, il y a le parcours d’une élève qui, comme beaucoup d’enfants en République démocratique du Congo (RDC), a longtemps accumulé des difficultés en lecture et en mathématiques, perdant progressivement confiance en elle.
Au tableau, Soni Miji lit désormais à voix haute devant toute la classe. L’élève de 13 ans suit les phrases écrites à la craie avec plus d’assurance qu’avant.
« Avant, c’était difficile pour moi de lire. Maintenant, je comprends mieux et je peux suivre en classe », raconte-t-elle simplement.
Ces scènes deviennent progressivement plus fréquentes à l’école primaire Tshienda. Les élèves participent davantage, osent répondre aux questions et avancent à leur propre rythme grâce à l’approche TaRL (Teaching at the Right Level - Enseigner au bon niveau), une méthode qui adapte l’enseignement au niveau réel de chaque enfant plutôt qu’à son âge ou à sa classe officielle.
Dans de nombreuses écoles en RDC, les enseignants font face à des classes surchargées où les niveaux d’apprentissage sont très variés. Certains élèves maîtrisent déjà les bases, tandis que d’autres rencontrent encore des difficultés à lire des mots simples ou à résoudre des opérations élémentaires.
Pour répondre à cette réalité, le ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté, avec l’appui de l’UNICEF et Street Child, déploie progressivement l’approche TaRL dans plusieurs provinces du pays.
À l’école primaire Tshienda, l’enseignante Nzeba Kalodji a adopté cette nouvelle manière de faire classe. Les élèves commencent par une évaluation initiale permettant d’identifier ce qu’ils savent réellement faire en lecture et en mathématiques.
Les élèves sont ensuite regroupés par niveau d’apprentissage afin de suivre des activités adaptées à leurs besoins. Les enseignants suivent de près les progrès de chaque élève, lui permettant de passer d’un niveau à un autre.
C’est ainsi que dans la classe de Nzeba Kalodji, on retrouve des élèves âgés de 8 à 13 ans. L’objectif n’est pas d’aller plus vite, mais de permettre à chaque enfant de progresser à partir de là où il se trouve réellement.
Dans la classe, les élèves lèvent régulièrement la main pour répondre aux questions. Certains lisent au tableau, d’autres travaillent avec des supports visuels ou participent à des activités de groupe.
« Nous accompagnons chaque enfant selon ses besoins pour l’aider à progresser », explique Nzeba Kalodji.
Grâce aux formations reçues dans le cadre du programme, l’enseignante utilise désormais des outils pédagogiques plus adaptés.
« Les matériels didactiques facilitent la compréhension et rendent les élèves plus actifs », ajoute-t-elle.
Pour les enfants, ces changements transforment progressivement l’ambiance de la classe. Ils osent davantage prendre la parole, poser des questions et participer aux exercices collectifs.
« J’aime apprendre comme ça, parce qu’on participe tous en classe », explique Mazala Ngueja, 11 ans.
L’école primaire Tshienda fait partie des 324 écoles pilotes qui mettent en œuvre l’approche TaRL dans les provinces de Kinshasa, du Kasaï, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. À travers cette approche, plus de 170 000 élèves devraient pouvoir mieux lire, écrire et résoudre des exercices de mathématiques d’ici fin 2027.
Les enseignants comme Nzeba Kalodji observent déjà des changements concrets : des élèves qui participent davantage, comprennent mieux les leçons, progressent rapidement et reprennent confiance dans leurs capacités.