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Ils ne courent plus pour fuir, mais pour avancer

Avec le soutien adapté, des enfants autrefois associés aux parties au conflit se reconstruisent et tracent un nouveau chemin

UNICEF RDC
Des ombres d'enfants qui courent
UNICEF/UNI711777/Jospin Benekire
12 février 2026
Temps de lecture : 3 minutes

On ne distingue pas leurs visages. Seulement des silhouettes d’enfants qui courent. Pendant longtemps, courir voulait dire échapper au danger. Aujourd’hui, cela veut dire autre chose : ces enfants courent pour aller à l’école, construire leur avenir, retrouver des amis et des proches. Ils courent comme des enfants, tout simplement.

À l’occasion de la Journée internationale de la « Main Rouge » contre le recrutement et l’utilisation d’enfants, ces ombres racontent l’histoire d’enfants et de jeunes qui, après avoir été associés à des parties au conflit, retrouvent peu à peu leur vie d’enfant et se reconstruisent.

Pour leur protection, aucun détail ne sera donné pour permettre de les identifier. Tous les prénoms ont été modifiés, mais leurs voix, elles, méritent d’être entendues.

Dans une salle de classe du Sud-Kivu, Daniel* fixe le tableau périodique des éléments. À cet instant précis, le garçon de 14 ans fait bien plus que réviser : il imagine la vie qu’il veut construire et se projette dans son avenir.

Un élève vu de dos qui tient un tableau périodique entre ses mains
UNICEF/UNI936470/Christian Mirindi Johnson

Pendant plusieurs mois, Daniel a été forcé de travailler dans le camp d’un groupe armé dans la brousse. Là-bas, on l’appelait « Kadogo », « le petit » en swahili, et il était chargé de surveiller la réserve de médicaments traditionnels.

Aujourd’hui, ce souvenir nourrit une ambition nouvelle. 

« Dans la forêt, je voyais le chef fabriquer des médicaments avec des plantes. Maintenant, je veux apprendre comment on fabrique les vrais médicaments », explique Daniel.

De retour dans sa famille, il bénéficie d’un accompagnement psychosocial et d’un appui à la réinsertion scolaire, aux côtés et avec d’autres enfants de sa communauté affectés par le conflit.

« Je veux devenir pharmacien. Pour aider les gens et montrer que la chimie peut sauver des vies. » 

Deux enfants sur une balancoire
UNICEF/UNI794548/Jospin Benekire

Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les conflits continuent de peser lourdement sur les enfants. Les violations graves des droits de l’enfant continuent d’augmenter, et notamment le recrutement et l’utilisation d’enfants.

Derrière la situation alarmante, il y a des enfances bouleversées, mais aussi des chemins de reconstruction. Avec ses partenaires, l’UNICEF accompagne les enfants à chaque étape : libération, prise en charge temporaire, recherche et réunification familiale, soutien psychosocial, retour à l’école ou formation professionnelle, jusqu’à la réinsertion sociale au sein de leur communauté.

Dans un centre soutenu par l’UNICEF dans la province de l’Ituri, un jeune couturier de 16 ans travaille sur des tenues aussi colorées que joyeuses. Il a demandé qu’on l’appelle Mygod*, un prénom qu’il a choisi lui-même et qui reflète, à sa manière, le sentiment d’avoir été protégé et la volonté d’avancer.

Un adolescent tient un tissu coloré entre ses mains
UNICEF/UNI711782/Jospin Benekire
Un adolescent tient un tissu coloré
UNICEF/UNI711784/Jospin Benekire

Pendant plusieurs mois, lui aussi a été associé à un groupe armé. Aujourd’hui, il vit de nouveau auprès de sa famille et suit une formation en coupe et couture.

« Après la formation, je pourrai ouvrir mon propre atelier de couture et, avec l’argent que je gagnerai, je pourrai subvenir aux besoins de ma famille. »

En 2025, plus de 5 350 enfants associés aux parties au conflit ont ainsi été pris en charge avec le soutien de partenaires clés, dont l’Union européenne (ECHO), le Bureau des affaires africaines du Département d’État des États-Unis, le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix (PBF), la MONUSCO ainsi que les gouvernements du Canada, de la France et de la Norvège, aux côtés de la KOICA et Sida.

L’UNICEF agit aussi en amont pour prévenir de nouveaux recrutements, notamment en formant des vérificateurs d’âge, en accompagnant les enfants issus des communautés les plus exposées aux risques de recrutement et en travaillant étroitement avec les familles et les leaders communautaires afin de renforcer la protection des enfants.

Une femme enceinte regarde le tableau noir dans une salle de classe
UNICEF/UNI519206/Josué Mulala

Les communautés restent la première ligne de prévention, et l’école un espace sûr où les enfants apprennent, se reconstruisent et s’éloignent durablement des groupes armés. Au Nord-Kivu, Mavala* en incarne la preuve.

Recrutée à l’âge de 15 ans par un groupe armé, elle a vécu et survécu à des violences sexuelles indicibles. Convaincue que l'éducation a le pouvoir de protéger les enfants, elle est devenue enseignante.

« L'éducation est très importante car l'avenir du pays est entre les mains des enfants. Après une vie dans un groupe armé, il y a une vie normale », explique l’enseignante de 25 ans.

Avec patience et bienveillance, elle accompagne aujourd’hui ses élèves au quotidien, attentive à chacun, déterminée à offrir aux enfants ce que le conflit lui a volé : la possibilité de grandir sans peur et se projeter avec confiance dans l’avenir.