Reconstruire après les déplacements
À Shasha, l’UNICEF aide à relancer les services sociaux de base pour les enfants et accompagne les communautés sur le chemin de la résilience
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Huguette dort paisiblement dans les bras de sa mère. Le calme de cette scène, au Centre de Santé Shasha contraste avec la réalité vécue par des milliers de familles depuis la dernière escalade de la violence dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).
La localité de Shasha, en plein cœur du territoire de Masisi dans le Nord-Kivu, est longtemps restée isolée. Au début de l'année 2024, les combats s’y sont intensifiés, forçant des milliers de personnes à fuir. Clarice, la maman de Huguette, faisait partie de ces personnes déplacées internes et avait trouvé refuge à Goma.
En février 2025, les sites de déplacés autour de Goma ont été démantelés. Environ 700 000 personnes ont dû fuir à nouveau, rejoignant des familles d’accueil à Goma ou retournant dans leurs villages d’origine.
Clarice est rentrée dans le territoire de Masisi, sans savoir ce qu’elle y retrouverait. À son arrivée, il ne restait que des maisons pillées et des services sociaux à reconstruire.
« Lorsque nous sommes retournés dans notre village, nous avons découvert que le [centre de santé] avait été détruit », confie doucement Clarice, en berçant Huguette. Elle est venue du village de Kiluku pour consulter au Centre de Santé Shasha, où des soins de santé sont offerts gratuitement.
Fermé pendant un an, le Centre de Santé Shasha a rouvert en février 2025 grâce à l’appui du programme de Réponse Rapide (UniRR) de l’UNICEF. En collaboration avec les autorités sanitaires, des intrants et équipements médicaux ont été acheminés sur place, de petites réparations ont été réalisées, et du personnel médical a été mobilisé pour renforcer les équipes surchargées. Pour assurer l’accès à l’eau potable, l’eau est puisée dans le lac voisin puis traitée sur place.
Depuis la réouverture du centre, près de 6 000 personnes ont reçu des soins en santé primaire, dont environ 2 000 enfants et une centaine de femmes ayant accouché en toute sécurité.
Rachel, enceinte, vient régulièrement au Centre de Santé Shasha pour ses consultations prénatales. Elle a également reçu un kit adapté aux besoins des futures mamans, comprenant une couverture, un pagne, un seau, du savon et des serviettes hygiéniques lavables.
« Je suis retournée dans mon village après avoir quitté Goma. On nous a dit d’évacuer le site de déplacés en urgence et je n’ai pas pu emporter grand-chose avec moi. Ce kit va beaucoup m’aider alors que je me prépare à accoucher », explique Rachel.
Pour les cas plus complexes, des transferts sont organisés vers l’Hôpital Général de Kirotshe, également soutenu par l’UNICEF à travers son programme de Réponse Rapide ainsi que des interventions en santé, eau, hygiène et assainissement.
Mais les besoins des familles ne s’arrêtent pas à la santé. L’UNICEF agit aussi en nutrition, éducation, protection de l’enfance et accès à l’eau. Les enfants, en particulier, subissent de plein fouet les conséquences de la violence et des déplacements.
Daniella, 13 ans, a dû interrompre sa scolarité. « Être ici sans pouvoir étudier, c’est très difficile. J'étais déjà en première année au secondaire et je devais passer un examen pour aller en deuxième année », raconte la jeune fille dans un point d’écoute soutenu par l’UNICEF.
L’UNICEF travaille pour que les enfants comme Daniella puissent reprendre leur apprentissage dans le territoire de Masisi et dans les autres zones de retour. Environ 10 000 kits scolaires sont en cours de distribution, accompagnés de distributions de kits d’hygiène menstruelle pour les adolescentes et des kits récréatifs pour encourager le jeu et le bien-être.
Des équipes sensibilisent également les communautés à l’importance de l’éducation pour tous, encouragent la scolarisation des filles et l’inclusion des enfants en situation de handicap.
Pour améliorer la santé des élèves et favoriser leur réussite scolaire, une campagne de déparasitage sera bientôt organisée dans les écoles. Parallèlement, l’UNICEF soutient des activités de rattrapage scolaire et d'enseignement à distance.
L’UNICEF travaille avec les acteurs communautaires pour veiller à ce que les enfants séparés de leurs parents, les enfants survivants de violences sexuelles, et les nombreux enfants affectés par ce conflit reçoivent l’accompagnement dont ils ont besoin pour retrouver leurs proches, avoir un soutien psychosocial et médical et réintégrer leurs familles et communautés.
Le point d’écoute où se trouve Daniella est l’un des trois espaces pour les enfants mis en place par l’UNICEF à travers le territoire de Masisi pour offrir aux enfants un lieu sûr où s’exprimer, rire et commencer à se reconstruire après les traumatismes liés aux conflits et aux déplacements. Chaque mois, plus de 1 000 enfants fréquentent ces espaces.
Dans ces lieux, des psychologues et des travailleurs parasociaux accompagnent les enfants et leurs familles pour restaurer leur bien-être mental, renforcer leur protection contre toutes les formes de violences, et faciliter l’accès aux services sociaux essentiels.
« J’aime venir ici dans l’espace sûr parce que ça me permet de revoir mes amies que je n’avais pas vues depuis qu’on a fui les combats », témoigne Consolatrice, 8 ans, en jouant avec une balle.
Face à l’augmentation du nombre de cas suspects de choléra depuis les arrivées massives à Shasha, des équipes d’intervention ciblée par zone de survenue des cas (CATI) ont été déployées.
Ces équipes mènent des activités de recherche active de cas, désinfectent les habitations touchées, distribuent des produits de traitement et de conservation de l’eau, tout en sensibilisant les familles aux bons gestes à adopter.
L’installation de 16 points de chloration de l’eau renforce ces efforts qui ont permis de protéger près de 100 000 personnes contre le choléra depuis le retour des familles dans la zone.
L’ensemble de ces interventions est rendu possible grâce au soutien de nombreux partenaires, notamment le Bureau d'Assistance Humanitaire (BHA) de l'USAID, le Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires (CERF), le Bureau des affaires étrangères, du Commonwealth et du développement (FCDO), l’Union européenne, Éducation sans délai, ainsi que les gouvernements de la Corée, de l’Allemagne et de la Suède.
Leur appui permet à l’UNICEF d’intervenir dans les zones de retour à l’est de la RDC pour répondre aux besoins urgents des familles tout en consolidant ses actions pour les aider à se relever durablement.
Pendant que Huguette dort paisiblement dans les bras de sa mère, c’est toute une communauté qui se reconstruit dans le territoire de Masisi.