Enlevée, Rachel était devenue la femme d’un milicien

« Je pleurais tous les jours à l’idée que tout mon village sache que j’étais devenue la femme d’un milicien »

Joëlla Sambo
Une fille cachant son visage de la main
UNICEF DRC Douglas
15 février 2018

Rachel* n’avait que 11 ans lorsqu’elle a été enlevée par un groupe armé alors qu’elle revenait du champ familial dans un village du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Dans la forêt, Rachel a été prise comme épouse par un jeune milicien.

« Je pleurais tous les jours et j’avais envie de mourir à l’idée que tout mon village sache que j’étais devenue la femme d’un milicien »

Au bout de deux ans, Rachel a eu un enfant et a perdu toute envie de retourner dans son village. « J’avais peur de devenir la risée de mes amies et d’être rejetée par ma famille », confie Rachel. « Je me suis donc résignée à assumer, en silence, ma responsabilité de mère et d’épouse. »

La vie de Rachel se résumait à se déplacer au rythme des mouvement du groupe armé, s’occuper de sa famille et d’écouter la radio. Un soir, une émission sur les droits de l’Enfant a attiré son attention. On y parlait des enfants associés aux groupes armés et de leur réintégration au sein de la société. C’est ce soir-là que Rachel a pris conscience de sa situation et a compris que son avenir – et celui de son enfant - n’était pas perdu.

« Je devais quitter le groupe armé dès que possible », se souvient Rachel. En octobre 2017, profitant d’une deuxième grossesse, Rachel a demandé à son mari de pouvoir assister à une consultation prénatale dans un centre de santé situé à quelques kilomètres. Avec l’accord de son mari, Rachel a quitté le campement en sachant qu’elle ne reviendrait jamais.

Au lieu d’aller au centre de santé, la jeune maman s’est rendue dans une base de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation (MONUSCO). Sur place, elle a rapidement prise en charge par une organisation partenaire de l’UNICEF grâce à l'appui du Gouvernement japonais . Rachel a été placée dans une famille d’accueil et, trois mois plus tard, elle a été réunifiée avec sa famille biologique. « C’est avec joie que j’ai été accueillie chez moi et dans ma communauté », déclare Rachel avec un grand sourire. Maintenant âgée de 17 ans et mère de deux enfants, Rachel réapprend à vivre au sein de sa communauté. « Je m’occupe d’activités agricoles pour subvenir aux besoins de mes deux enfants », conclut la jeune fille après avoir passé six ans au sein du groupe armé.