Récits de résilience de Charles, Naomie et Daniel
Au Sud-Kivu, des enfants anciennement associés à des parties au conflit retrouvent leur enfance
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Charles* gardait des chèvres. Naomie* ramassait du bois. Daniel* rentrait chez lui. En quelques instants, leur enfance a basculé. Enlevés par des groupes armés, ils ont passé des semaines, voire des mois, dans la brousse, utilisés à différentes fins et exposés à la violence.
Aujourd’hui, ils sont de retour à l’école et reconstruisent peu à peu leur vie. Grâce à la mobilisation des réseaux communautaires de protection de l’enfant, ils retrouvent, jour après jour, sécurité, dignité et espoir.
Chaque matin, Charles, 16 ans, arrive tôt à l’école, impatient de retrouver ses camarades. À la mi-2024, alors qu’il gardait des chèvres avec son frère, il a été enlevé par un groupe armé et emmené au cœur de la brousse.
« Ils ont pointé leurs armes sur moi et m’ont ordonné de les suivre. Ils ont dit à mon petit frère de rentrer à la maison », se souvient-il.
Dans le camp, Charles rejoint d’autres enfants et se voit confier des tâches quotidiennes. « On devait laver les vêtements et les chaussures, puis rester aux barrières pour collecter de l’argent auprès des conducteurs. Parfois, on devait prendre des affaires aux passants lorsqu’on nous le demandait », explique Charles.
Après de longues semaines, des campagnes de sensibilisation menées par des leaders communautaires, avec l’appui des partenaires de l’UNICEF et du Réseau communautaire de protection de l’enfant (RECOPE), ont permis d’obtenir sa libération. Réunifié avec sa famille, Charles bénéficie d’un accompagnement psychosocial pour soutenir sa réintégration sociale.
Les débuts sont compliqués. À son retour, ses amis ont peur de lui. « Ils pensaient que j’étais devenu violent et ce n’était pas complètement faux », confie-t-il. « Mais grâce aux séances de soutien, je suis redevenu calme et respectueux, et j’ai recommencé à jouer avec mes amis et à aller à l’école. »
Aujourd’hui en troisième année du secondaire, Charles retrouve le plaisir d’être avec ses deux meilleurs amis. « Leur présence m’aide à me sentir comme un enfant normal : libre et heureux. »
Dans sa salle de classe, Naomie* conjugue soigneusement le verbe être au tableau. Pour elle, le retour à l’apprentissage marque le début de sa reconstruction.
L’année dernière, alors qu’elle ramassait du bois, Naomie a été enlevée par des hommes armés et emmenée à environ 25 kilomètres de son village. Là-bas, avec d’autres enfants, elle était contrainte de cuisiner et d’effectuer des tâches ménagères.
Après un mois, elle est libérée et réunifiée avec sa famille. Elle bénéficie d’un accompagnement psychosocial à travers des activités de groupe et des séances individuelles afin de faciliter sa réintégration sociale.
« Au début, les autres enfants avaient peur de nous. Je me sentais isolée. Tout le monde me voyait comme une fille dangereuse dans le village », raconte la jeune fille de 14 ans. « Mais ma famille m’a donné la force de croire que les choses allaient s’améliorer. »
Aujourd’hui, Naomie est de retour à l’école, en huitième année du secondaire. « Je me sens très positive maintenant. Je vais à l’école, j’ai beaucoup de nouveaux amis, et même les gens du village commencent à me respecter à nouveau. »
En classe, Naomie est toujours entourée de ses amies. « Depuis l’année dernière, nous partageons le même banc. Elle est très intelligente, toujours souriante et m’aide souvent en classe », confie l’une d’elles.
À travers le Sud-Kivu, des centaines d’enfants ont vécu des expériences similaires. La résurgence du conflit armé a aggravé une crise de protection déjà profonde et prolongée, provoquant des déplacements massifs de population, et exposant les enfants à des violations graves, notamment le recrutement et l’utilisation par des groupes armés, ainsi que les violences sexuelles.
Grâce aux fonds programmatiques de la MONUSCO, l’UNICEF assure la continuité des services de protection de l’enfant dans la province. Plus de 400 enfants anciennement associés aux parties au conflit ont ainsi bénéficié d’une prise en charge transitoire et d’un accompagnement pour la réunification familiale et la réintégration communautaire.
L’un d’eux est Daniel*, 14 ans. Assis en classe, il se penche sur son cahier, prenant soigneusement des notes. Déterminé, il rêve de devenir pharmacien.
Enlevé à seulement quelques mètres de son domicile, Daniel a passé plusieurs semaines avec un groupe armé, chargé de surveiller le stock de médicaments. Libéré grâce au plaidoyer mené par des leaders communautaires, il est rentré chez lui et bénéficie d’un accompagnement psychosocial et éducatif, aux côtés d’autres enfants vulnérables de sa communauté.
« J’ai participé à plusieurs séances de soutien dans un espace sûr. Ma famille et certains de mes amis ont aussi joué un rôle très important pour m’aider », explique-t-il.
De retour à l’école, Daniel a découvert une passion pour la chimie. « Je veux apprendre comment les médicaments sont fabriqués et devenir pharmacien pour aider les autres.
* Tous les prénoms ont été modifiés afin de permettre aux enfants de reconstruire leur vie en toute sécurité. En 2025, plus de 5 350 enfants associés aux parties au conflit à l'est de la République démocratique du Congo ont été pris en charge avec le soutien de partenaires clés, dont l’Union européenne (ECHO), le Bureau des affaires africaines du Département d’État des États-Unis, le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix (PBF), la MONUSCO ainsi que les gouvernements du Canada, de la France et de la Norvège, aux côtés de la KOICA et Sida.