« Trois enfants, trois parcours, un même chemin vers la reconstruction »
À Goma, les conséquences des conflits armés ne s’arrêtent pas lorsque les affrontements cessent
Pour de nombreux enfants, la crise se poursuit dans le silence d’une séparation familiale, dans l’abandon de l’école, dans les traumatismes ou dans la peur de ne plus jamais retrouver une vie normale.
Depuis les violences qui ont secoué la ville en janvier 2025, des enfants et des familles ont été confrontés à des déplacements, à la perte de leurs moyens de subsistance et à de graves risques de protection. Dans ce contexte, les services de protection de l’enfant mis en œuvre par PAMI, avec l’appui de l’UNICEF et le financement du FONAREV, accompagnent les enfants les plus vulnérables pour leur permettre de retrouver sécurité, soutien et espoir.
À travers les histoires de Pam, Baraka et Josué, c’est le chemin fragile mais essentiel de la reconstruction qui se dessine.
Pam : recommencer à croire en demain
Assise dans un espace calme du centre de jour de PAMI à Kyeshero, Pam* (nom d’emprunt) tient son bébé contre elle. À seulement 15 ans, son adolescence a été brutalement bouleversée par les violences et les conséquences du conflit à Goma. Il y a encore quelques mois, elle rêvait de poursuivre sa scolarité. Aujourd’hui, elle apprend peu à peu à reprendre confiance en elle et à regarder vers l’avenir.
À la maison, sa mère a longtemps observé la souffrance de sa fille sans savoir comment l’aider. Les larmes étaient devenues fréquentes. Lorsqu’elle a entendu parler des services de protection de l’enfant, elle a décidé de demander de l’aide.
Les premières rencontres avec le gestionnaire de cas et la psychologue ont été difficiles. Pam parlait peu. Sa mère, elle aussi, peinait à exprimer ce qu’elles traversaient. Mais, au fil des séances, un espace d’écoute s’est ouvert. Un espace où la douleur pouvait être dite, où les silences pouvaient être respectés, et où la reconstruction pouvait commencer.
Aujourd’hui, Pam fréquente régulièrement le centre de jour de PAMI. Elle y bénéficie d’un accompagnement psychosocial et participe à des activités récréatives et éducatives. Grâce à l’appui du FONAREV, elle a également pu développer une activité génératrice de revenus, qui l’aide à subvenir à certains de ses besoins et à ceux de son enfant.
Mais son plus grand rêve reste simple : retourner à l’école.
« Un jour, j’espère revenir sur les bancs de l’école, car l’école me manque », confie-t-elle.
Pour des adolescentes comme Pam, l’accès rapide à des services de protection, de soutien psychosocial et d’accompagnement familial peut changer le cours d’une vie. Dans le cadre de ce projet, 11 survivantes de violences ont bénéficié d’une prise en charge multisectorielle
Baraka : retrouver la chaleur d’un foyer
Pendant plus de six mois, Baraka Maendeleo* a vécu loin de sa famille. Séparée de ses proches au moment des déplacements provoqués par les affrontements à Goma, elle ne savait pas si elle reverrait un jour sa mère.
Ce qui lui manquait le plus, c’était la présence de sa maman.
« J’avais peur et je pensais beaucoup à ma maman », raconte Baraka.
De son côté, sa mère, Faida Malingufu, vivait dans l’angoisse. Sans nouvelles de sa fille, elle imaginait le pire. Les nuits étaient difficiles, marquées par l’attente et l’incertitude. Pourtant, elle n’a jamais cessé d’espérer.
Identifiée par PAMI comme enfant non accompagnée et séparée de sa famille, Baraka a été placée dans une famille d’accueil transitoire afin de garantir sa protection pendant les recherches familiales. Elle a également bénéficié d’un accompagnement en santé mentale et soutien psychosocial avant d’être réunifiée avec sa mère.
Le jour des retrouvailles, l’attente a laissé place au soulagement.
« Quand j’ai revu ma fille, j’ai ressenti un immense soulagement. Je n’ai jamais cessé d’espérer qu’elle revienne », témoigne sa mère.
Aujourd’hui, Baraka a retrouvé la chaleur de son foyer. Elle poursuit son accompagnement psychosocial et a repris le chemin de l’école, une étape essentielle pour retrouver progressivement une vie d’enfant.
« Maintenant que je suis avec ma maman, je me sens mieux et je peux penser à mon avenir », dit-elle.
Pour les enfants séparés de leur famille à cause des conflits, l’identification, la prise en charge transitoire, le soutien psychosocial et la réunification familiale sont des services vitaux. Ils permettent de rétablir un environnement protecteur et de redonner aux enfants la possibilité de se reconstruire. Grâce au financement du FONAREV, l’UNICEF et ses partenaires ont déjà permis la réunification de 173 enfants non accompagnés ou séparés avec leurs familles.
Josué : retourner à l’école avant qu’il ne soit trop tard
Lorsque les affrontements ont éclaté à Goma, la famille de Josué Bahati* s’est retrouvée dans une situation de grande vulnérabilité. Déjà fragilisée par la séparation de ses parents, la crise a privé sa mère, Solange Moulenga, de ressources suffisantes pour répondre aux besoins essentiels de ses enfants.
À 14 ans, Josué passait de plus en plus de temps dans la rue. Il cherchait de petits travaux, quelques francs, un moyen d’aider sa mère à faire vivre la famille. Peu à peu, l’école s’éloignait.
« Je voulais aider ma maman. Je voyais qu’elle faisait tout pour nous, mais ce n’était pas suffisant », explique-t-il.
Comme beaucoup d’enfants affectés par les crises, Josué faisait face à plusieurs risques : abandon scolaire, exploitation, travail des enfants, violences ou recrutement par des groupes armés.
Identifié par les services de protection de l’enfant soutenus par PAMI, l’UNICEF et le FONAREV, Josué a bénéficié d’une assistance scolaire qui lui a permis de reprendre les cours. Sa mère a également reçu un appui pour développer une activité génératrice de revenus, renforçant ainsi les moyens de subsistance du ménage et réduisant les risques auxquels les enfants étaient exposés.
Aujourd’hui, Josué est de retour à l’école. Il poursuit sa scolarité en 8ᵉ année.
Pour sa mère, ce retour en classe représente bien plus qu’une reprise scolaire : c’est un soulagement, une protection et une chance de repartir.
« Voir mon fils retourner à l’école est un immense soulagement. Malgré toutes les difficultés, je voulais qu’il puisse continuer à étudier », confie Solange.
Pour des enfants comme Josué, la protection ne consiste pas seulement à répondre à une urgence. Elle permet aussi de prévenir les risques avant qu’ils ne s’aggravent, en accompagnant à la fois l’enfant et sa famille.
Protéger, accompagner, reconstruire
Pam, Baraka et Josué ont vécu des épreuves différentes. Mais leurs histoires racontent une même réalité : lorsqu’un enfant est exposé aux conséquences d’un conflit, une réponse rapide, adaptée et centrée sur ses besoins peut faire toute la différence.
À travers l’identification des enfants à risque, l’accompagnement psychosocial, la réunification familiale, l’appui scolaire et le renforcement économique des familles, les services de protection de l’enfant contribuent à restaurer la sécurité, la dignité et l’espoir.
Grâce au financement du FONAREV, l’UNICEF et PAMI soutiennent les enfants et les familles affectés par les conflits armés afin qu’ils puissent surmonter les conséquences de la crise, retrouver un environnement protecteur et reconstruire progressivement leur avenir. Dans le cadre de cet appui, 7 571 enfants, adolescents, parents et membres des communautés ont bénéficié d’un soutien en santé mentale et psychosocial.
Pour Pam, l’avenir ressemble à un retour possible à l’école.
Pour Baraka, il commence auprès de sa mère.
Pour Josué, il se dessine chaque matin sur le chemin de la classe.
Et pour chacun d’eux, il rappelle une évidence : chaque enfant a droit à la protection, à l’éducation, à une famille et à la possibilité de rêver à nouveau.