Choisir, prioriser et avancer après la violence
Des transferts d’argent humanitaires donnent aux familles les moyens de se relever et de reconstruire leur quotidien à Minova
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Dans la cour de sa maison délimitée par des tiges de bambou, Florenciane Habima nourrit ses deux chèvres avec une large feuille de bananier. À 54 ans, cette mère de sept enfants a retrouvé un semblant de stabilité après plus de deux décennies marquées par les conflits et les déplacements.
Originaire du territoire de Masisi à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), Florenciane a perdu son mari en 1988, tué alors qu’il travaillait dans leur champ. « Ce jour-là, ma famille a perdu son pilier et j’ai dû élever seule nos enfants dans des conditions très difficiles », confie-t-elle.
Après avoir cultivé la terre tant bien que mal, Florenciane est forcée de fuir en 2023 et trouve refuge à Minova avec ses quatre plus jeunes enfants. Elle s’installe dans un site pour personnes déplacées et gagne quelques francs en transportant des marchandises.
C’est là qu’elle est identifiée pour participer dans un programme d’assistance intégré mis en œuvre par l’UNICEF pour prévenir et mitiger les risques de violences basées sur le genre, et fournir une assistance monétaire pour compléter l'aide du Programme Alimentaire Mondial (PAM).
En décembre 2023, plus de 14 000 familles, dont a la sienne, sont équipées d’un téléphone portable et d’une carte SIM lors d’une distribution organisée par AVSI pour leur permettre de recevoir les transferts d’argent mobile.
Avec cet argent, Florenciane fait le choix de louer un champ et recommencer ses travaux agricoles. Quand le site pour personnes déplacées est démantelé début 2025, un nouveau transfert d’argent lui permet de louer un logement, prolonger la location du champ pour un an et acheter deux chèvres. Elle espère maintenant ouvrir une petite échoppe.
« J’ai un toit stable, un champ pour nourrir mes enfants, et un projet qui pourrait nous faire avancer encore davantage. »
Des milliers de familles déplacées par la violence dans l’est de la RDC ont trouvé refuge à Minova. Cette ville de la province du Sud-Kivu a été l’une des premières touchées par la reprise des affrontements. Les prix des produits du quotidien ont explosé sur place. Trouver de la nourriture, un abri ou des soins est devenu un défi quotidien.
Bayomba Kamuke, père de cinq enfants, se souvient de sa vie passée : « Avant, nous vivions de notre terre et de notre bétail et n'avions jamais besoin d'acheter de la nourriture. »
Grâce aux transferts reçus, il a d’abord loué un champ et sa femme a ensuite lancé un petit commerce au marché.
« J’ai déjà pu récolter trois fois, ce qui nous permet de manger sans dépendre totalement de l’aide humanitaire », explique Bayomba. Il poursuit : « Le commerce de ma femme nous donne un revenu plus stable, et nous pouvons mieux gérer les besoins des enfants. »
Malgré les difficultés, Bayomba n’a jamais perdu espoir.
« Il faut continuer à avancer car tant que nous avons l’espoir de reconstruire, nous pouvons offrir un avenir meilleur à nos enfants. »
Depuis mars 2025, environ 6 000 familles à Minova ont déjà reçu un transfert d’argent pour faire face à l’urgence ou repartir sur de nouvelles bases. Avec l’appui des gouvernements allemand et suédois, l’UNICEF vise à venir en aide à l’ensemble des 14 000 familles qui avaient reçu un téléphone portable et une carte SIM.
Mwavita Rohomoya est, elle aussi, déterminée à reconstruire et à se relever. Venue du territoire de Sake, elle s’est installée à Minova il y a quelques années avec son mari et leurs quatre enfants.
Quand elle reçoit un transfert de 107 dollars, elle décide de lancer un commerce de boissons.
« Ça fait deux mois que j’ai commencé et parfois, je gagne plus de 30 000 francs congolais par jour [environ 10 dollars]. Je rêve de rentrer chez moi, mais la situation est encore trop instable. »
Chaque famille a reçu un premier transfert de 25 dollars par personne, pour un maximum de cinq personnes, accompagné d’un forfait pour couvrir les frais de transport et de retrait. Un second transfert est prévu pour accompagner les familles dans la durée.
Lorsque Georgina Dunia reçoit les premiers versements sur son téléphone en 2024, elle rejoint une association d’épargne pour y cotiser une partie de l’argent. Après quelques temps, elle réussit à réunir une somme suffisante pour ouvrir une boutique à Minova.
Mais en janvier 2025, l’instabilité de la zone l’oblige à partir vers Goma. À son retour, elle relance son commerce avec un nouveau transfert.
« Grâce au transfert que j’ai reçu, j’ai pu renforcer mon stock et faire face aux dépenses quotidiennes. Tout ce que je veux maintenant, c’est un avenir stable pour ma famille. »
Sa petite-fille Jeanine a également pu reprendre le chemin de l’école, équipée d’un sac à dos et de fournitures. Un soulagement de plus pour Georgina, qui garde l’espoir d’une vie plus stable.
L’approche de transferts mobiles est également utilisée à Goma pour soutenir 70 familles d’accueil temporaires qui prennent en charge des enfants séparés de leurs parents. Ces transferts aident à couvrir les frais alimentaires et les autres coûts associés à la prise en charge des enfants. En parallèle, des transferts similaires aident plus de 670 familles parmi lesquels se trouvaient des victimes de violences sexuelles.
Derrière chaque transfert, il y a bien plus qu’une aide ponctuelle. Il y a une possibilité de choisir, de décider, de se reconstruire à son rythme. Chaque famille peut définir ses priorités et investir là où cela a le plus de sens pour elle.
« Je garde espoir que la paix reviendra définitivement pour que nous puissions vivre dignement, sans être forcés de recommencer encore et encore », conclut Georgina.