Alors que certains retournent à l'école dans l'est de la RDC, beaucoup restent privés de cours
Environ 330 000 enfants supplémentaires ont été contraints d’abandonner leurs études à cause de l'escalade de la violence dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu
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Difficile d'imaginer pire début d'année pour les écoliers de la République Démocratique du Congo (RDC), alors que les combats se sont propagés aux principales villes de l'est.
En quelques semaines, environ 330 000 enfants supplémentaires ont été privés d’école, contraints d’abandonner leurs études à cause de la fermeture forcée de près de 2 500 établissements scolaires en raison de l’escalade de la violence dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Depuis le début de l’année, les combats ont déjà causé la mort d’au moins 3 000 personnes.
« Même chez soi, on ne se sent même plus en sécurité », confie Cassien, élève en deuxième année au secondaire à Goma, une ville qui n’est plus sous contrôle gouvernemental. « J’ai vu, j’ai entendu les balles. »
Autour de Goma, plusieurs écoles et espaces d'apprentissage construits par l'UNICEF sont aujourd'hui déserts, suite au démantèlement rapide des sites de personnes déplacées qui abritaient autrefois environ 700 000 personnes, principalement des enfants.
« Au cours des deux dernières années, nous avons beaucoup investi dans des structures d’apprentissage dans les sites de personnes déplacées autour de Goma », a souligné Jean François Basse, Représentant par intérim de l’UNICEF en RDC. « Mais celles-ci sont maintenant quasiment vides, et nous craignons énormément que ces enfants déplacés à plusieurs reprises ne retournent jamais à l’école. »
À Bukavu, la deuxième plus grande ville de la région, les écoles restent fermées. C’est aussi le cas dans plusieurs localités touchées par les combats entre groupes armés non étatiques et forces nationales. De nombreux enfants au Nord-Kivu et au Sud-Kivu risquent de perdre leur année scolaire.
Cassien et son ami Lesly ont repris le chemin de l’école, mais la réalité est dure : la fréquentation scolaire dans la province a chuté de moitié par rapport à 2024, car de nombreuses familles ont fui. Dans leur établissement, les cours reprennent au milieu des débris de verre brisé, d’un bus scolaire endommagé, de murs criblés de balles et de traces laissées par des tirs de roquettes.
« Personnellement, ce que j'ai vécu, c'était horrible », confie Lesly. « J'ai dû voir des choses que je n'avais jamais vues auparavant. Des cas de viols, de vols, des pillages… C'était horrible. J'ai vu mes amis perdre leurs parents, leurs proches, des personnes qui leur étaient chères. C'est douloureux, c'est stressant. »
Après plus de 25 ans de conflit, l’est de la RDC compte déjà plus de six millions de déplacés et 465 000 enfants privés d’éducation. « Les études, [oui, mais] on se demande est-ce qu'un jour on vivra encore en paix ? », soupire Lesly.
L’UNICEF, en collaboration avec ses partenaires locaux, tente d'évaluer l’ampleur des dégâts et de faciliter la réouverture des écoles à Goma et dans le territoire de Nyiragongo. Selon le Cluster Éducation, 152 écoles ont été directement affectées par les combats : 68 abritent désormais des familles déplacées, 45 ont été pillées et 35 ont été endommagées par des tirs. Le plan de réponse à cette crise comprend l’installation d’espaces temporaires d’apprentissage et de protection, la distribution de matériel pédagogique et scolaire aux enseignants et aux élèves, ainsi que l'organisation de cours à domicile et à distance pour les enfants déplacés.
« Les dégâts que je peux constater ici… C'est affligeant », dit Cassien en regardant autour de son école, « mais je suis d'abord très heureux de voir que certains de mes collègues ont survécu. C'est déjà, pour moi, quelque chose d'inespéré. Avec tout ce que j'ai vu, je me disais que peut-être certains de mes collègues peuvent mourir à tout moment, mais les revoir tous vivants et en bonne santé, ça redonne de l'espoir et ça donne la force de continuer pour nous et pour nos amis et pour notre communauté. »
Lesly acquiesce. « Être là, voir mes amis, les enseignants… Je me dis que je dois avoir de l'espoir, parce que ça pourrait aller un jour ou l'autre. »
« Un dernier mot, c'est que nous voulons la paix ».