Une poudre magique pour les enfants de Sikasso

Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso affiche le taux de retard de croissance le plus élevé de tout le Mali

Par Fatou Diagne
Chatou Dembele, âgé de 6 mois, mange de la bouillie enrichie en poudre de micronutriments. Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
UNICEF Mali/2019/Keita
13 décembre 2019

Un chant de coq matinal, réveille les habitants du village de Zebala. Minata Traore est rejointe par son mari Moussa et leurs trois enfants sur la natte tissée verte foncée, là où la famille prend le petit déjeuner. Saisissant avec empressement leurs louches, les enfants sont prêts à les plonger dans leur bouillie. La bouillie est composée de riz, d'eau et de sucre, et en termes de valeur nutritive pour les enfants, elle est limitée.

Le fermier Moussa Dembele et sa famille prennent leur petit-déjeuner ensemble. Un repas préparé avec du riz, de l'eau et du sucre. Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
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Nourrir les enfants dans la région de Sikasso, le grenier du Mali, s'avère complexe. Le manque d'informations, les croyances locales et les pratiques agricoles et commerciales font que les enfants ne bénéficient souvent pas des repas nutritifs et équilibrés dont ils ont besoin pour grandir en bonne santé. Malgré les champs impressionnants qui s'étendent sur les terres fertiles de Sikasso, un enfant sur trois y souffre de retard de croissance — le taux le plus élevé de tout le pays.

La petite Alimatou Goita, proche voisine de Minata, développe déjà des signes visibles de retard de croissance. A 23 mois, elle ne mesure que 74 cm, bien en dessous de la moyenne pour son âge, qui devrait être d'au moins 85 cm.

Portrait d'Alimatou Goïta, 2 mois, souffrant de retard de croissance, lors d'un suivi avec sa mère. Alimatou bénéficie de compléments alimentaires d'enrichissement à domicile avec des poudres de micronutriments. Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
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« Le retard de croissance est lié à un régime alimentaire non diversifié, et ce, malgré la production importante dans notre région. C'est ce que nous appelons communément le paradoxe de Sikasso », explique Abdoulaye Koné, Point focal nutrition à la Direction Régionale de la Santé dans la région de Sikasso. Les enfants souffrant de retard de croissance ont un développement cognitif altéré, un système immunitaire affaibli, tombent malades plus souvent et ont plus de difficultés à l'école.

En partie, le problème est dû au manque de connaissance en matière de pratiques d'alimentation des nourrissons et des jeunes enfants, ainsi qu'aux croyances qui persistent à l'égard de certains aliments. « J'ai cru pendant longtemps que donner des œufs à manger aux enfants retarderait leur aptitude à parler », se souvient Minata. Ayant appris que les enfants ont besoin d’aliments complémentaires après six mois, elle a intégré les œufs dans l'alimentation de Chatou, âgé de six mois, ce qu'elle n'avait pas fait pour ses aînés, Ali, 9 ans, et Kadidia, 6 ans.

L'autre problème est lié aux pratiques agricoles et commerciales : les fruits et légumes, riches en nutriments, sont souvent vendus sur le marché plutôt que conservés pour la consommation domestique.

Portrait de Moussa Dembele, père de trois enfants, agriculteur du village de Zebala, dans son domaine familial. Il cultive des céréales (maïs, millet et riz), des légumes (haricots, aubergines, gombo, patates douces, tomates et concombres) et des fruits (oranges, papayes, bananes, etc.). Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
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Le mari de Minata, Moussa Dembélé, est agriculteur et leur exploitation familiale s'étend sur 3 hectares. La famille cultive des céréales telles que du maïs, du mil et du riz, des légumes tels que des haricots, des aubergines, du gombo, des patates douces, des tomates ainsi que des concombres et des fruits, y compris des oranges, des papayes et des bananes. Malgré l'abondance de leurs productions, la famille vend 80 % de sa récolte sur le marché, conservant les céréales pour l'alimentation de la famille. Sur le marché plutôt animé à quelques kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso, Moussa trouve beaucoup de preneurs pour ses fruits et légumes frais.

« Nos produits sont vendus à des acheteurs venant de tout le Mali et de certains pays voisins comme le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et la Guinée », explique Moussa, pendant qu’il marchande avec une cliente.

Moussa Dembele, père de trois enfants et agriculteur du village de Zebala, vend ici ses légumes et fruits au marché. Il cultive des céréales (maïs, millet et riz), des légumes (haricots, aubergines, gombo, patates douces, tomates et concombres) et des fruits (oranges, papayes, bananes, etc.). Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
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Avec tous ces facteurs conjugués, la situation nutritionnelle des enfants maliens n'a pas connu une amélioration majeure au cours des 10 dernières années. L'UNICEF au Mali appuie le Gouvernement du Mali à mettre en œuvre toute une série de stratégies visant à réduire le retard de croissance et à lutter contre les carences en micro-nutriments, notamment en appuyant les Groupes de soutien aux activités nutritionnelles (GSAN) dans les villages aux fins de promouvoir des pratiques saines en matière d'alimentation des nourrissons et des jeunes enfants.

À titre d'innovation, grâce au financement de l'Agence Italienne de Coopération pour le Développement, l'UNICEF et le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales ont également lancé un programme de fortification alimentaire à domicile afin de corriger les carences en micronutriments et les retards de croissance dans deux districts sanitaires de Sikasso : Koutiala et Yorosso.

Les poudres de micronutriments sont des poudres sèches et délicieuses qui peuvent être ajoutées à n'importe quel aliment semi-solide ou solide prêt à la consommation. D'utilisation facile, elles contiennent 10 vitamines et 5 minéraux, dont les vitamines A, C et B12, ainsi que de l'acide folique, du fer, du zinc et de l'iode.

Le docteur Macoura Oulare, chef du développement de la survie de l'enfant au bureau de l'UNICEF au Mali, explique aux mères l'importance de ces micronutriments en poudre pour leurs enfants. Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
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« La mère peut tout simplement donner cette poudre à son enfant à la maison, en la mélangeant avec de la bouillie. En une cuillerée, vous pouvez donner la vie et la santé à votre enfant tous les jours », explique Dr Macoura Oulare, Responsable du programme survie et développement de l'enfant à l'UNICEF Mali.

Minata voit déjà les avantages des poudres de micronutriments. « Je trouve cette poudre magique, parce que ma fille Chatou a désormais plus d'appétit et tombe malade moins souvent », explique-t-elle, tout en remuant la poudre dans la bouillie de Chatou.

« Je trouve cette poudre magique, parce que ma fille Chatou a désormais plus d'appétit et tombe malade moins souvent »

Minata
Un sachet de poudres de micronutriments qui contiennent 10 vitamines et 5 minéraux (principalement Vit A, C, B12, acide folique, fer, zinc et iode) mélangés dans de la bouillie. Bien qu'elle soit le grenier du pays, la région de Sikasso a le taux de retard de croissance le plus élevé au Mali. Un enfant sur trois a un retard de croissance. Sikasso, août 2019.
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Le lancement du programme de fortification des aliments à domicile renforce d'autres interventions en cours visant à réduire le retard de croissance dans la région. Dans la région de Sikasso, les communautés mènent la lutte contre la malnutrition infantile. Balakissa Dembele, 29 ans, amie de Minata, est une mère modèle au sein du GSAN constitué de 10 membres à Zebala. Chaque semaine, elle fait du porte à porte, éduquant les parents sur l'importance de la bonne nutrition pendant la grossesse, de l'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, de la diversification alimentaire à partir de 6 mois, de la prévention du paludisme ainsi que sur l'importance de l'hygiène et de la stimulation cognitive. C'est Balakissa qui lui a enseigné la valeur nutritive des œufs.

« Grâce aux conseils de Balakissa, j'ai allaité Chatou exclusivement jusqu'à 6 mois, ce que je n'ai pas fait avec mes autres enfants », témoigne fièrement Minata. « J'ai également suivi mes quatre consultations prénatales et j'ai beaucoup joué avec mes enfants, parce que j'ai compris que l'interaction joue un rôle déterminant pour l'apprentissage précoce. »

Aujourd'hui, Balakissa rend visite à Minata dans un but très spécifique. « Le centre de santé a introduit des poudres de micronutriments, donc je suis venue aujourd'hui pour faire le suivi avec Minata et m'assurer qu'elle administre la dose quotidienne nécessaire à Chatou », explique-t-elle. « Je suis vraiment fière de la voir suivre les conseils à la lettre. »

Balakissa Dembele, 29 ans, est une mère modèle avec le groupe de soutien nutritionnel de 10 membres dans le village de Zebala. Chaque semaine, elle fait du porte-à-porte et éduque les parents pour assurer une bonne nutrition pendant la grossesse, promouvoir l'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, encourager la diversification alimentaire à partir de 6 mois; promouvoir la prévention du paludisme, l'importance de l'hygiène et la stimulation cognitive en mettant l'accent sur les 1000 pre
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Les stratégies de réduction de la malnutrition mises en place par le Gouvernement du Mali avec l'appui de l'UNICEF Mali et de ses partenaires ont déjà produit des résultats louables. À Sikasso, la malnutrition chronique est passée de 35,5 % à 28,9 % entre 2015 et 2018.

Entre les mains compétentes des agents de santé et des mères modèles de Sikasso, la situation des enfants ici ne semble être promise qu'à un avenir de plus en plus radieux.