Restaurer l’intégrité physique et émotionnelle d’Aichata et de milliers de survivantes.

Au Mali, près de trois quarts des filles de 0 à 14 ans subissent des mutilations génitales féminines.

Chrystel Trazié
Aichata 20 ans, survivante de MGF et son bébé.
Seyba Keita
01 mars 2024

Aichata* a 20 ans, elle est maman de deux enfants. Elle est mariée depuis l’âge de 14 ans. Elle a aussi subi une mutilation génitale à l’âge de sept ans, dans son village situé dans le cercle de Kati à une vingtaine de kilomètres de Bamako, la capitale du Mali. 

« Un jour, ma grande mère est venue me chercher chez mes parents. Le lendemain, je me suis retrouvée avec un groupe de filles de mon âge dans la brousse. L’exciseuse du village nous a coupées l’une après l’autre. Je ne sentais plus mon corps quand ce fut mon tour. Ma grand-mère m’a soignée quelques jours chez elle avant de me ramener chez mes parents. » Aichata raconte son histoire, l’air impassible, presque résignée. 

Au Mali, selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 2018, plus de 7 filles sur 10 (73%) des filles de 0 à14 ans ont subi des mutilations génitales féminines (MGF).   

Après son mariage, Aichata tombe enceinte à l’âge de 15 ans. L’accouchement se déroule avec de grandes difficultés qui ont failli lui coûter la vie et celle de son bébé. Son très jeune âge ainsi que les séquelles des mutilations génitales y sont pour beaucoup. Elle a un rétrécissement de l’orifice vaginal dû aux mutilations génitales mal cicatrisées. Plusieurs mois après avoir donné naissance à son bébé, Aichata a toujours du mal à marcher. Une déchirure pendant l’accouchement a provoqué un prolapsus de l’utérus, un affaiblissement du pelvis, selon le médecin qui s’est occupé d’elle.   

Les mutilations génitales féminines sont la cause de complications sévères et peuvent même causer la mort. Parmi les risques directs figurent les hémorragies, les chocs septiques et la rétention urinaire. Les filles qui subissent des mutilations génitales féminines courent plus de risques d’abandonner l’école, ce qui hypothèque les perspectives d’un avenir meilleur pour elles et leurs communautés. 

Aichata 20 ans, survivante de MGF dans les locaux de l'ONG APSEF à Bamako.
Seyba Keita Aichata 20 ans, survivante de MGF dans la cour de l'APSEF de Bamako.

« Je ne comprends pas pourquoi on continue de faire ça aux petites filles dans mon village. Ça n’apporte rien de bon, ça fait tellement mal et cause beaucoup de problèmes. Si j’ai la possibilité de l’empêcher, je ne permettrai pas qu’on excise mes filles. » déclare Aichata. Le prolapsus génital et ses conséquences sur sa santé, en plus du risque d’isolement dans sa communauté a poussé Aichata à s’adresser à l’Association pour la Promotion des Droits et du Bien-être de la Famille (APSEF), ONG partenaire de l’UNICEF dans le cadre du projet pour la "Promotion d'approches communautaires de la prévention et de la transformation des normes sociales liées aux mutilations génitales féminines, aux mariages d'enfants et à d'autres formes de violence fondée sur le sexe". 

Comme pour Aichata, la prise en charge des survivantes de mutilations génitales se fait sur le plan médical, psychologique et socioéconomique avec les partenaires de l’UNICEF sur le   terrain et en collaboration avec les structures décentralisées du Ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille et du Ministère de la Santé et du Développement Social. Cette approche holistique permet aux survivantes de retrouver autant que possible leur intégrité physique et émotionnelle. Elle leur offre aussi la possibilité de devenir des agents de changement au sein de leur communauté. 

Aichata 20 ans, survivante de MGF et son bébé est ecoutée par la presidente de l'APSEF dans les locaux de l'ONG.
Seyba Keita Aichata 20 ans, survivante de MGF et son bébé est ecoutée par la presidente de l'APSEF dans les locaux de l'ONG.

Aujourd’hui, Aichata participe aux activités de sensibilisation avec ses paires. Ce dialogue direct entre pairs permet de créer des espaces sécurisés où les expériences sont partagées, les préoccupations exprimées et les solutions élaborées ensemble. 

Ces activités sont financées grâce à l’appui du programme conjoint UNFPA-UNICEF, du Programme Initiative Spotlight financé par l’Union Européenne, du Programme Nafama financé le Gouvernement Canadien, le Danemark, la Suède et le Programme Adolescent Girls, financé par l’UNICEF.  

En 2023, l’UNICEF et ses partenaires ont pu assurer l’accès aux services de prise en charge psychosociale pour près de 2000 survivantes de MGF. 73% d’entre elles ont reçu des soins médicaux en plus de la prise en charge psychosociale. Aussi, grâce au système communautaire de protection, qui promeut les normes sociales positives, plus de 2500 cas de MGF ont été évités.  

*Le prénom a été changé pour protéger la survivante.