Répondre à chaque besoin

Au Mali, dans la région centrale de Mopti, la petite Aissata se remet d’une malnutrition si sévère, qu’elle lui a presque coûté la vie

Par Eliane Luthi
Dans la région de Mopti au centre, le taux de la malnutrition aigüe sévère augmente, Il y’a quelques jours, Aïssata Kanitao 6 mois était presque mourante, mais aujourd‘hui grâce aux aliments thérapeutiques, elle retrouve petit à petit le sourire. Aïssata Kanitao est en train de prendre sa dose de Plumpy'Nut . Les aliments thérapeutiques sauvent des vies et les communautés se mobilisent de plus en plus pour prévenir la malnutrition grâce à l’appui de l’UNICEF à travers son partenaire ECHO.
UNICEF Mali/2019/Dicko
09 décembre 2019

« J’étais complètement désespéré », se souvient Boureima Kanitao. « J’étais préparé mentalement à perdre mon enfant. »

La deuxième fille de Boureima, Aissata Kanitao, 6 mois, avait cessé de bouger. Un jour plus tôt, elle pleurait encore. Mais alors qu’elle devenait de plus en plus malade, elle a fini par perdre même la force de pleurer. Elle avait une forte fièvre, souffrait de diarrhée et sa bouche était remplie d’ulcères. Son appétit avait complètement disparu, et son poids avait chuté de façon drastique jusqu’à 4.4 kg – bien trop peu pour un bébé de son âge. 

 «J'étais mentalement prêt à perdre mon enfant»

Boureima Kanitao
Dans la région de Mopti au centre, le taux de la malnutrition aigüe sévère augmente, Il y’a quelques jours, Aïssata Kanitao 6 mois était presque mourante, mais aujourd‘hui grâce aux aliments thérapeutiques, elle retrouve petit à petit le sourire. Elle s’amuse avec son père Boureima Kanitao. Les aliments thérapeutiques sauvent des vies et les communautés se mobilisent de plus en plus pour prévenir la malnutrition grâce à l’appui de l’UNICEF à travers son partenaire ECHO.
UNICEF Mali/2019/Dicko

Sa mère, Amissetou Maiga, 20 ans, ne pouvait plus s’arrêter de pleurer. Son premier enfant avait aussi souffert de malnutrition, mais rien d’aussi grave. Elle était si inquiète au sujet d’Aissata qu’elle-même est tombée malade. 

Mme Keïta est la responsable de la nutrition au sein du centre de santé communautaire « ASCOTAMB » du quartier Mossinkore à Mopti, Région de Mopti, centre du Mali, Octobre 2019
UNICEF Mali/2019/Dicko

« Elle ne savait simplement pas quoi faire », se souvient Mariam Diarra Keita, l’infirmière en charge de la nutrition au Centre de santé communautaire ASCOTAMB Mossinkore.

Aissata était atteinte de malnutrition aiguë sévère avec des complications médicales. En raison de son état grave, elle a été d’abord admise à l’Unité de Récupération et d'Education Nutritionnelles Intensive (URENI), du Centre de santé de référence de la ville de Mopti, où son état a pu être stabilisé grâce à du lait thérapeutique F-75, un lait pauvre en protéines et calories mais qui permet d’améliorer le métabolisme d’un enfant jusqu’au retour de son appétit. On lui a également administré des antibiotiques afin de traiter ses complications. 

« Après le début du traitement, Aissata a eu l’air de plus en plus vivante », raconte sa mère. « Elle commençait à bouger à nouveau, elle a même recommencé à vouloir jouer. J’étais si heureuse, j’ai enfin cessé de pleurer ! »

« Ça m’a donné tant d’espoir quand je l’ai prise dans mes bras et l’ai vue bouger à nouveau »

« Ça m’a donné tant d’espoir quand je l’ai prise dans mes bras et l’ai vue bouger à nouveau », ajoute son père, Boureima. 

Après dix jours de prise en charge avec du lait thérapeutique, durant lesquels sa mère et sa grand-mère ne l’ont jamais quittée, il a été décidé qu’Aissata était prête à quitter l’hôpital et à débuter son traitement en ambulatoire par le biais du Centre de santé communautaire de Mossinkore. Là-bas, on lui a fourni des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi : une pâte très nutritive à base d’arachide qui peut être facilement administrée par les parents eux-mêmes, à la maison. 

La première fois qu’Aissata a goûté à l’aliment thérapeutique était un moment mémorable, raconte sa mère : elle avait si faim qu’elle ne voulait plus s’arrêter de manger. À ce moment-là, son poids était remonté à 5,1 kg – encore bien loin de son objectif, mais dans une zone sûre. 

L’UNICEF fournit du lait thérapeutique et des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi dans tous les structures de santé du Mali grâce au soutien de partenaires comme l’Union Européenne. Une fois livrés aux districts sanitaires, les produits sont ensuite acheminés aux centres de santés communautaires par moto, bus publics, et mêmes tricycles, selon l’estimation des besoins. 

En 2019, l’aide humanitaire de l’Union Européenne a permis à l’UNICEF et à son principal partenaire, le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, de soigner plus de 22 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. 

Soumaïla Yossi est pharmacien et responsable du magasin de stockage des aliments thérapeutiques pour la prise en charge de la malnutrition au centre de santé de référence (CCRef), grâce à l’appui de l’UNICEF à travers son partenaire ECHO, des nombreux enfants ont la vie sauve. Région de Mopti, centre du Mali, Octobre 2019
UNICEF Mali/2019/Dicko

Mais les besoins restent énormes. Dans l’URENI où Aissata a été admise dans un premier temps, 17 cas d’enfants atteints de MAS avec complications sont suivis, incluant des cas urgents venant de plus de 100 kilomètres aux environs. Pendant ce temps, dans le centre de santé communautaire, Mariam suit plus de 50 enfants. 

« Nous avons noté une augmentation des admissions », confirme Cheikh Arouna Diarra, le Directeur technique du Centre de santé communautaire de Mossinkore. 

Le Dr Cheïck Tidiane Diarra est le médecin chef du centre de santé communautaire « ASCOTAMB » du quartier Mossinkore à Mopti, chaque jour, il consulte des milieux d’enfants dont plusieurs enfants malnutris. Le taux de la malnutrition augmente dans la région de Mopti au centre. Les aliments thérapeutiques sauvent des vies et les communautés se mobilisent de plus en plus pour prévenir la malnutrition grâce à l’appui de l’UNICEF à travers son partenaire ECHO. Région de Mopti, centre du Mali, Octobre 2019.
UNICEF Mali/2019/Dicko

« L’un des facteurs est la saison des pluies, et avec l’augmentation des cas de malaria, la fréquence des cas de malnutrition augmente. L’autre facteur est qu’il y a de nombreuses personnes déplacées qui arrivent actuellement à Mopti, et le statut nutritionnel de leurs enfants est déjà précaire. » 

En effet, les déplacements croissants et les obstacles liés à l’accès à la nutrition et aux soins lors des déplacements des populations posent de plus en plus de problème à Mopti, où la situation sécuritaire s’est rapidement détériorée ces deux dernières années. 

Mais au-delà de la réponse aux besoins urgents, il est crucial de renforcer les efforts de prévention, y compris la promotion de l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois et la diversité alimentaire ensuite, et le lavage des mains au savon. Le manque d’hygiène peut mener à des diarrhées, qui est l’une des premières causes de mortalité infantile au Mali. 

« Les enfants atteints de diarrhée ont plus de mal à absorber correctement les nutriments », explique Seydou Amara Dicko, Chargé de nutrition au bureau de l’UNICEF à Mopti. « Cela les met à risque de malnutrition aiguë. De bonnes habitudes d’hygiène et l’allaitement peuvent faire une vraie différence dans la prévention de la malnutrition. »

Convaincue qu’Aissata avait besoin d’être bien hydratée, Amissetou lui donnait de l’eau pendant qu’elle l’allaitait, et comprend aujourd’hui que cela a pu contribuer à la diarrhée de sa fille. Mais Amissetou a eu des grossesses précoces et n’avait guère de connaissances en matière de pratiques nutritionnelles.

L’officier de nutrition Seydou Dicko au bureau UNICEF assiste la chargée de nutrition au centre de santé « ASCOTAMB » d’un quartier de Mopti à effectuer le dépistage de Aïssata Kanitao 6 mois atteinte de malnutrition sévère aigüe. Région de Mopti, centre du Mali, Octobre 2019
UNICEF Mali/2019/Dicko

Entourée des murs d’un bleu calme du centre de santé, la petite Aissata est mesurée par Mariam, avec l’aide de Seydou. Elle pèse maintenant 5,7 kg. Une prise en charge typique aux aliments thérapeutiques prêts à l’emploi dure entre 6 et 8 semaines, mais Mariam a bon espoir qu’Aissata atteindra son objectif de poids avant cela. 

L’astuce consistera alors à assurer une alimentation variée et nutritive à la maison, pour qu’elle n’ait plus jamais à retourner au centre de santé.