Le préscolaire aide Awa à dessiner les couleurs de son avenir !
Au Mali, les Centres de Développement de la Petite Enfance préparent les enfants à l’école primaire, renforcent le taux de scolarisation et jettent les bases pour une réussite scolaire future.
- Français
- English
Il est 7h du matin dans le village d’Ambidedi-Poste situé à une quarantaine de kilomètre de Kayes ville. Devant l’école du village, Niangalen Cissé tient la main de sa fille Awa, 5 ans. Elle la conduit au Centre de Développent de la Petite Enfance – CDPE – implanté au sein de l’école fondamentale du village. Sur place, plusieurs autres parents font le même exercice. Tous accompagnent leurs enfants âgés au plus de cinq ans. Ils vont au centre préscolaire. Ailleurs, on les appelle des jardins d’enfants ou école maternelle.
« Depuis que mon enfant vient au CDPE, je gère mieux mon agenda. J’évacue beaucoup de tâches ménagères avant son retour de l’école », explique Niagalen, ajoutant qu’elle a constaté un éveil chez sa fille Awa, depuis que cette dernière fréquente d’autres enfants de son âge.
Le programme « L'éducation de la petite enfance dans deux régions vulnérables – Mali », mis en œuvre par le Ministère de l’Education Nationale et les ONG nationales avec l’appui de l’UNICEF grâce aux fonds de l’UNICEF Espagne, a permis l'établissement de 135 Centres de Développement de la Petite Enfance (CDPE) dans les régions de Kayes et Koulikoro, atteignant ainsi l'objectif fixé. Au total, 7 697 enfants, dont 3 882 filles, ont été inscrits dans ces 135 CDPE, dépassant l'objectif initial de 4 500 enfants. Dans la région de Kayes, notamment dans la commune d’Ambidedi-Poste, le programme a permis la création de plus de quinze CDPE, grâce à la collaboration et l’implication effective des communautés locales, soutenues par les Centres d’Animation Pédagogiques (CAP), les Académies d’Enseignement (AE) et l’UNICEF.
À Ambidedi-Poste et dans plusieurs autres communes de la région de Kayes, l’UNICEF a facilité l'ouverture ou la réouverture de centres de développement de la petite enfance, comme celui d’Awa, en réalisant des travaux de construction ou de réhabilitation de salles et de hangars, en fournissant des équipements de jeux, des matériels éducatifs et des jeux de plein air, en assurant l'accès à l'eau potable, en construisant des latrines, ainsi qu'en renforçant les compétences des mères éducatrices et capacités des comités de gestion des centres.
Selon Nènè Keita, conseiller pédagogique généraliste au Centre d’Animation Pédagogique (CAP) d’Ambidedi- Poste, le rôle des CDPE est de préparer les enfants pour le premier cycle de l’enseignement fondamental. Son CAP compte à lui seul, quinze CDPE avec des cas de réussite et d’autres à renforcer.
« L’UNICEF a formé les mères éducatrices sur des notions comme la conduite de discipline, l’eau, l’hygiène et l’assainissement, l’utilisation du cahier de la mère éducatrice, le suivi de l’état nutritionnel des enfants... », indique Nènè Keita. L’UNICEF a également doté les CDPE de kits récréatifs et des jeux de plein air comme les balançoires, les manèges, les roulettes et a construit des latrines modernes.
La situation de l’enseignement préscolaire au Mali
Les CDPE au Mali se trouvent principalement dans des zones urbaines, avec seulement 17 % des enfants inscrits dans le public, 26% dans le communautaire et 56 % dans le privé (Source : Rapport de Suivi des Indicateurs du Système Educatif de 2019 - 2023). Cependant, l'accès à l'éducation préscolaire a plus que doublé entre 2012 et 2023, passant de 3,4 % à 7,53 % (Ministère de l'Éducation Nationale, 2023). Malgré ces avancées, l'accès à l'éducation préscolaire reste en deçà de la moyenne régionale de 27 % du taux brut de scolarisation (Enquête par grappes à indicateurs multiples, 2015, de l’UNICEF couvrant plusieurs pays).
L'accès à une éducation de qualité pour la petite enfance au Mali n’est pas obligatoire et est encore limité en raison de la disponibilité restreinte des services préscolaires, du nombre insuffisant d'éducateurs qualifiés, et de l'absence d'infrastructures adéquates telles que les installations d’eau, hygiène et assainissement, dans les établissements scolaires.
Ces CDPE ont un impact positif sur les résultats au niveau des écoles classiques. « Les meilleurs élèves sont issus de ces CDPE. De la première année jusqu’en 9e année, ce sont ces enfants qui influencent positivement les autres. En général, ils sont toujours parmi les cinq premiers de la classe. Parfois, ils se suivent », explique Adama Diallo, enseignant à l’école fondamentale d’Ambidedi- Poste. M. Diallo souhaite que chaque enfant tout comme Awa, puisse passer par les Centres de Développement de la Petite Enfance.
Des acquis à renforcer
En 2023, il y avait 70 apprenants dont 35 filles et 35 garçons au CDPE d’Ambidedi. Vingt-cinq de ces enfants ont pu être transférés à l’école primaire, leur offrant ainsi une base solide pour le cycle primaire, toute chose qui n’est pas un acquis partout dans le programme éducatif malien où les enfants démarrent généralement l’école primaire directement à l’âge de 6 à 7 ans.
Pour Madame Coulibaly Mâ Wague, cheffe de section scolarisation des filles à l’académie d’enseignement de Kayes, le CDPE constitue le socle même de l’éducation parce qu’au niveau de ces centres, on amène les enfants à être éveillés, à connaitre leur corps et tout ce qui les entoure afin de préparer leur entrée dans l’enseignement primaire. Dans la gestion des centres de développement de la petite enfance, les communautés malgré leur volonté de bien faire, ont des défis à relever. Le plus grand de ces défis selon Madame Coulibaly, reste la question des ressources financières et humaines, l’insuffisance de l’une entrainant celle de l’autre. « Ici nous avons une seule salle qui peut regrouper les enfants de 3 à 4 ans, de 4 à 5 ans et de 5 à 6 ans. C’est le fourre-tout et cela constitue un problème. Puisque les communautés n’ont pas assez de moyens, on les laisse mettre tous les enfants dans la même classe mais avec un appui différencié pour ceux qui ont l’âge d’être inscrit à l’école ».
L’appui des monitrices
Monitrice volontaire, Mme Aichata Diawara se dit fière de contribuer au développement de la petite enfance dans son village. « Le fait de retrouver les enfants chaque matin, est un réel plaisir pour moi. Je sais que cela est une bonne chose non seulement pour l’éducation de l’enfant qui apprend beaucoup de choses ici avec ses camarades, mais aussi pour les parents, surtout les mamans qui peuvent trouver un peu plus de temps pour elles ».
Au Mali, les CDPE bénéficient de l’appui de l’UNICEF à travers tout le pays. A cette date, il existe 2686 CDPE à travers tout le pays. A Kayes, le programme a couvert 50 CDPE et a eu un impact significatif sur les enfants des centres de développement de la petite enfance (CDPE). Grâce aux missions de suivi des AE/CAP, les formations reçues par les Mères-Educatrices en didactique des disciplines, en suivi de l’état nutritionnel, et hygiène et assainissement ont été efficacement appliquées. Ainsi les mères éducatrices assurent un suivi rigoureux de l’état nutritionnel des enfants et les enfants présentant des carences sont transférés vers les centres de santé appropriés, garantissant ainsi leur bien-être. Les kits ECD, les jouets locaux, les jeux de plein air et les kits sportifs fournis par l’UNICEF ont enrichi l’environnement d’apprentissage des enfants.
Un jour, alors qu’elle rentrait chez elle, la main dans celle de sa mère, Awa demanda avec les yeux pleins d’étoiles : « Maman, quand je serai grande, je serai comme Aichata et j’aiderai des enfants à apprendre ! » Niangalen, émue, sourit. Elle savait que grâce à ce programme, Awa et bien d'autres avaient maintenant des rêves tangibles, ancrés dans l'éducation.