Des mères protectrices de la communauté guident les filles sur une meilleure voie.

Au Mali, l’approche locale « Mère protectrice, Fille protégée » est promue pour prévenir les mariages d’enfants, les mutilations génitales féminines et d’autres formes de violences basées sur le genre.

Chrystel Trazié
Portrait de Mariam Bagayogo 15 ans avec sa Mère protectrice Kadidia Daou.
Seyba Keita
06 septembre 2024

On aurait dit mère et fille en les voyant assises toutes les deux en train de discuter. C’est presque cela. Kadidiatou Daou, 50 ans est la « mère protectrice » de Mariam Bakayoko, 15 ans et élève en classe de 9ème année. Elles vivent toutes les deux dans la même rue à Niamakoro, un quartier de la capitale malienne, Bamako.

Chaque jour quasiment, souvent après l’école, Mariam, « fille protégée » de Kadidiatou se rend chez sa « mère protectrice » avant de rentrer chez elle. Un moment, durant lequel l’adolescente partage son quotidien, ses expériences et reçoit en retour des encouragements pour sa scolarité et des conseils sur comment prendre soin de sa santé et gérer son cycle menstruel pour éviter une grossesse indésirée.

« Kadidiatou, c’est comme ma deuxième maman. Je discute plus facilement avec elle qu’avec ma propre mère. J’arrive à lui confier des choses que je ne dis pas à ma mère avec qui la sexualité par exemple est un sujet tabou. » explique Mariam.

Deux ans plus tôt, Mariam et Kadidiatou ne s’étaient jamais vraiment parlé. Le binôme « Mère protectrice, Fille protégée » a été formé par tirage au sort. 15 adolescentes ont ainsi été confiées à 15 mamans de la communauté formées pour contribuer à les protéger contre les Violences Basées sur le Genre (VBG), le mariage d’enfants, la déscolarisation et promouvoir leur santé sexuelle et reproductive. 

Mariam Bagayogo 15 ans avec sa Mère protectrice Kadidia Daou
Seyba Keita

« Kadidiatou, c’est comme ma deuxième maman. Je discute plus facilement avec elle qu’avec ma propre mère. » 

Mariam, 15 ans

L’approche « Mère protectrice, Fille protégée » était déjà familière à la plupart des mères protectrices. Plus jeunes, elles avaient également été confiées à des mères ou grand-mères du village qui appuyaient leur éducation surtout en matière de santé de la reproduction.  La pratique d’usage dans certaines coutumes et cultures locales a été reprise et promue dans cette communauté par l’Association pour la Promotion des Droits et le Bien–être de la Famille (APSEF) grâce à l’UNICEF, unique partenaire à financer cette approche au Mali. C’est une composante du projet de promotion des approches communautaires de prévention et transformation des normes sociales liées aux Mutilations Génitales Féminines (MGF), mariages d’enfants et autres formes de VBG.  

« Je suis la première personne à qui Mariam se confie quand elle vit des évènements importants. Par exemple lors de ses premières menstrues ou quand elle a réussi son examen de passage en classe de 10ème année. Je me rends souvent dans son école pour m’entretenir avec ses professeurs. Grâce à cette proximité que nous avons établie, elle écoute mes conseils et n’a pas abandonné l’école malgré les difficultés qui l’y poussaient. » raconte Kadidiatou.

« N’eut été Kadidiatou et ses conseils, j’aurai déjà arrêté l’école. J’étais vraiment sur une mauvaise pente. De moins en moins assidue à l’école, je passais mes journées dans les rues avec des amies, exposées à de multiples dangers. J’aurais pu me faire agresser à plusieurs reprises. En plus, non scolarisée, mes parents m’auraient déjà donnée en mariage et j’aurai contracté une grossesse avant même mes 15 ans. » ajoute Mariam. 

Plus de 211 cas de mariages d’enfants et 50 cas de MGF évités pendant une période de 12 mois entre 2022 et 2023
Mariam Bagayogo 15 ans avec sa Mère protectrice Kadidia Daou
Seyba Keita

Dans ce quartier de Niamakoro, l’approche « Mère protectrice / Fille protégée » a été mise en œuvre après un constat alarmant d’abandon scolaire et d’augmentation des cas de mariages d’enfants et de grossesses précoces dans cette communauté de près de 64.000 habitants.

Au total plus de 3960 paires « Mère protectrice / Fille protégée » ont été formées au Mali, dans 198 localités des régions de Koulikoro, Kayes, et 30 secteurs de la Commune VI du District de Bamako. Ce résultat a contribué notamment et significativement à éviter plus de 211 cas de mariages d’enfants et 50 cas de MGF pendant une période de 12 mois entre 2022 et 2023.  

Le renforcement de la confiance et de l’estime de soi chez ces adolescentes grâce à cette approche contribue au niveau individuel puis communautaire, à l’adoption d’attitudes et de normes favorables à l’égalité de genre et à leurs droits à la santé reproductive.

La promotion des approches communautaires de prévention et transformation des normes sociales liées aux MGF, mariages d’enfants et autres formes de VBG a été financée grâce aux contributions du programme conjoint UNFPA-UNICEF pour l’élimination des MGF.