Approvisionner en eau potable les personnes les plus durement touchées

Suite à l'attaque d’Ogossagou, l'UNICEF et ses partenaires ont pris des mesures d'urgence pour s'assurer que les survivants aient accès à de l'eau potable.

Par Eliane Luthi
 Fatoumata Barry, coordinatrice de l’association partenaire de l’UNICEF, IMADEL, avec Maimouna Barry, 45 ans, et un kit d’eau et d’hygiène comprenant du savon, des seaux, des jerrycans d’eau, des pastilles de purification de l’eau, un pot de défécation pour les plus jeunes enfants, un tapis et une moustiquaire. «Je n'avais plus rien», dit Maimouna. «Les matériaux ont été très utiles. Je pourrais enfin stocker de l’eau potable dans l’abri dans lequel je reste.
UNICEF Mali/2019/Keita
05 avril 2019

« Je n'ai pas eu la force d'y aller pour constater les faits par moi-même », raconte Maimouna, 45 ans. Dans la nuit du 23 mars 2019, son village natal, Ogossagou-Peulh, a fait l'objet d'une attaque au cours de laquelle 46 enfants ont été tués. L'une de ces victimes était la fille cadette de Maimouna, Aminata, âgée de sept ans, qui est décédée prise au piège à l'intérieur de la maison familiale lorsque les flammes ont commencé à dévorer l’habitation.

De la maison familiale de Maimouna et de l'épicerie qu'elle tenait, il ne reste plus qu'un tas de cendre. Partout ailleurs dans le village, c'est la même désolation : des greniers calcinés, des arbres brûlés jusqu’à la cendre et des maisons entièrement effondrées.

Ogossagou, localité située à deux heures de route de la ville de Mopti, était jadis un village de pasteurs, où les animaux pâturaient directement aux abords des habitations. Le village était doté d'une modeste salle de classe, et du sable s'accumulait autour des maisons en terre battue et de paille chaque fois que soufflait le vent. Un puits et deux pompes manuelles assuraient l’'approvisionnement en eau potable.

Les restes de la maison et du dépanneur de Maïmouna Barry, 45 ans, situés dans le village d'Ogossagou-Peulh à Bankass, dans la région de Mopti. Le village a été attaqué dans la nuit du 23 mars 2019, faisant plus de 150 morts, dont un tiers d'enfants. L’attaque a également causé d’importants dégâts matériels, notamment la destruction de cabanes et de greniers et l’abattage de nombreux animaux.
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Aujourd'hui, Maimouna, comme beaucoup d'autres mères ici, a tout perdu : ses enfants, sa maison, ses biens et son épicerie –ce qui signifie son moyen de subsistance.

L'attaque contre Ogossagou s'inscrit dans une flambée tragique plus généralisée. Depuis le dernier semestre 2018, il a été constaté une détérioration sans précédent de la situation humanitaire dans le centre du Mali. Les attaques se sont multipliées et le manque d'accès aux services de base tels que les soins de santé, l'éducation et l'eau potable alimente les besoins humanitaires.

« J'ai tout perdu. Les dons ont été très utiles. J'ai pu enfin avoir de quoi conserver de l'eau potable »

Maïmouna Barry, 45 ans, à l'intérieur de ce qui reste de sa maison et de son dépanneur dans le village d'Ogossagou-Peulh à Bankass, dans la région de Mopti.
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En situation d'urgence, avoir accès à l'eau potable devient primordiale — non seulement pour boire, mais aussi pour maintenir une bonne hygiène, d'autant plus qu'il y a promiscuité.

 « Les maladies telles que le choléra peuvent rapidement se propager lorsque l'eau est souillée, tandis que les eaux insalubres et stagnantes peuvent constituer le terreau fertile des moustiques vecteurs du paludisme », explique Ahmed Aida, Responsable du bureau de zone de l'UNICEF à Mopti. « La diarrhée, qui est déjà l'une des principales causes de mortalité infantile au Mali, devient une menace encore plus aiguë dans les situations d'urgence à déclenchement rapide. Du fait même de leur constitution physique, les enfants en très bas âge, sont les plus vulnérables à ces maladies. »

Pour l'année 2019, l'on estime que 1,3 million de personnes au Mali auront besoin d'eau potable

Étant donné l'ampleur du massacre à Ogossagou, le seul puits dont disposait le village a été contaminé. Grâce à un partenariat entre l'UNICEF et l'ONG locale IMADEL, une intervention d'urgence a été déployée afin de s'assurer que les personnes touchées aient accès à l'eau potable.

 « Immediatement après l'attaque, nous nous sommes rapidement déployés sur le terrain pour voir ce qui s'était passé », explique Fatoumata Barry, coordonnatrice de l'ONG IMADEL. « Nous nous sommes entretenus avec des gens. Ensuite, nous avons fait don d'une tonne de mil, puis nous avons distribué des kits d'eau et d'hygiène dans le cadre du partenariat avec l'UNICEF. »

 Maïmouna Barry, 45 ans, et sa fille Hawa, 10 ans, préparent une natte pour se reposer. Après avoir tout perdu lors de l'attaque du village d'Ogossagou-Peulh, ils dorment maintenant sous un arbre dans une autre partie du village. Maimouna a perdu sa plus jeune fille, Aminata, âgée de sept ans, lorsque la maison de leur famille a été incendiée. Quand Hawa a appris la nouvelle, elle a crié et s'est jetée à terre.
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Maimouna quant à elle a reçu du savon, des seaux, des bidons d'eau, des comprimés destinés à la purification de l'eau, un pot de défécation pour les enfants en bas âge, mais aussi des équipements élémentaires comme une natte et une moustiquaire.

« À ce moment, j'avais tout perdu », dit-elle. « Les dons ont été très utiles. J'avais enfin de quoi conserver de l'eau propre dans le lieu de refuge où je vis. »

 Le village d'Ogossagou-Peulh à Bankass, dans la région de Mopti, a été attaqué dans la nuit du 23 mars 2019, faisant plus de 150 morts, dont un tiers d'enfants. L’attaque a également causé d’importants dégâts matériels, notamment la destruction de cabanes et de greniers et l’abattage de nombreux animaux.
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L'UNICEF a également apporté son appui au nettoyage et à l’assainissement des puits du village par l'intermédiaire des services hydrauliques régionaux. Parmi les fonds qui permettent à l'UNICEF de répondre immédiatement aux urgences à évolution rapide comme celle-ci, il y a les Fonds thématiques d’urgence, qui fournissent un financement essentiel pour les interventions d'urgence en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène.

Bien que les interventions rapides soient essentielles en situations d'urgence aiguës, des interventions durables sont nécessaires pour les crises humanitaires plus prolongées s'étalant sur un plus long terme. « Ce village aura besoin d'un appui supplémentaire pour acquérir au moins une autre pompe manuelle », déclare Fatoumata Barry.  « Avant l'attaque, le village connaissait déjà des difficultés en approvisionnement en eau  potable. Heureusement, grâce à l'UNICEF, l'une des pompes manuelles du village a été réhabilitée. Nous avons également lancé une association pour l'hygiène dans le village et  des "journées village propre" ont été instaurées. »

Malgré des besoins pressants sur le terrain, la réponse à la crise humanitaire au Mali demeure l'une des plus sous-financées au monde, les activités d'approvisionnement en eau et d'assainissement recevant des financements particulièrement faibles malgré leur rôle vital pour la survie et la santé des enfants. Afin de répondre à la flambée des besoins, UNICEF Mali lance un appel de fonds de 13 millions de dollars US pour des interventions d'urgence dans les domaines de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, dans le cadre de son plan  d’Action humanitaire 2019 en faveur des enfants, afin d'apporter un soutien aux familles qui en ont le plus besoin.