Mayene Bangoura : La voix qui brise le silence

À Boké, avec le soutien du Comité National Suisse de l’UNICEF, des adolescentes s’engagent pour mettre fin aux mutilations génitales féminines et aux mariages d’enfants dans leurs communautés.

UNICEF Guinée
Mayene et les autres membres du club des jeunes filles leaders de Bintimodia.
UNICEF Guinea / Houssai Diallo
02 avril 2026

Elle aurait pu se taire. C'était plus simple, plus sûr. Au lieu de cela, elle a choisi de parler et de tout risquer pour protéger ses petites sœurs. Face à sa propre grand-mère, Mayene a prononcé les mots que beaucoup n'osent jamais dire, même quand des vies en dépendent :

« C’est interdit par la loi. Si tu le faisais quand même, je vais le signaler à la police. »

En Guinée, et particulièrement dans la région de Boké, les mutilations génitales féminines et les mariages précoces restent des réalités auxquelles des milliers de filles font face chaque année, malgré les interdits légaux et la mobilisation croissante des communautés. C'est dans ce contexte que Mayene, 16 ans, a choisi de s'élever, transformant sa vulnérabilité de jeune fille en une force de plaidoyer communautaire. 

Mayene et les autres membres du club des jeunes filles leaders de Bintimodia.
UNICEF Guinea / Houssai Diallo

Pour porter ce combat à une plus large échelle, elle a rejoint le Club des Jeunes Filles Leaders de Guinée de son village. Un club composé de jeunes filles qui, comme elle, deviennent actrices de changement. Quant aux raisons qui l’ont poussée à s'engager, c’est avec un visage rayonnant qu’elle répond :

« C’est en voyant mes amies agir que j’ai voulu les rejoindre. Ce qu’elles faisaient me touchait. J’ai aimé leur combat. Alors j’ai demandé l’accord de mon père, et il a accepté. »

Le combat de Mayene n’a rien d’aléatoire ; il est porté par une organisation rigoureuse. Trois fois par semaine, les lundis, mercredis et samedis, de 8h à 9h, le pied du mât de l’école de Bintimodia devient leur quartier général. Durant cette heure stratégique, les membres du Club préparent leurs actions de sensibilisation pour leur village et les localités voisines.

À l’atelier de couture où elle est apprentie, Mayene n’est pas seule : ses trois collègues sont elles aussi membres du Club. Ensemble, elles transforment chaque moment de travail en espace de dialogue. Entre deux coutures, elles parlent aux clientes des dangers des MGF et des mariages précoces. Au marché, chaque rencontre devient une opportunité :

« Je parle aux filles, aux mères et même aux pères. Je leur explique que ces pratiques ont des conséquences graves sur la santé, et que c’est interdit par la loi. Les gens qui les font risquent la prison. »

Mariama Diallo 06 ans, Souadou Soumah 05 ans & M'mahawa Sylla 08 ans
UNICEF Guinea / Houssai Diallo

L'acte le plus courageux de Mayene s'est accompli là où on l'attendait le moins : dans sa propre famille. Lorsqu'elle apprend que sa grand-mère envisage de faire exciser ses petites sœurs, Mayene ne se tait pas. Elle lui parle directement, avec calme mais fermeté, rappelant les risques pour la santé et la loi.

« C’est interdit par la loi. Si tu le faisais quand même, je vais le signaler à la police. »

Elle a immédiatement alerté la présidente du club, Zeinab Cissé. Ensemble, elles ont informé le chef de la commune. Une délégation s'est rendue chez la grand-mère pour sensibiliser, expliquer la loi et, surtout, l’écouter. La grand-mère a écouté. Elle a compris. Elle a pris l'engagement de ne plus faire exciser ses petites-filles.

L’histoire de Mayene n’est pas un cas isolé. Elle est le visage d'un changement systémique. Grâce au soutien du Comité National Suisse, l'UNICEF accompagne aujourd'hui 520 jeunes filles leaders dans 35 localités de Guinée. Depuis 2023, ce programme de lutte contre les MGF dans les régions de Boké, Kindia et Conakry a permis des avancées concrètes : 25 cas de mutilations signalés, dont 16 empêchés de justesse, et 9 condamnations fermes. Pour les mariages précoces, l'action de ces clubs a permis d'éviter 48 unions forcées sur 58 signalées.

En choisissant de parler, Mayene a protégé ses sœurs et montré qu'une jeune fille peut être un moteur de progrès. « Tout ce qu’on fait avec le club, c’est pour que ces pratiques s’arrêtent », conclut-elle. « Moi, Mayene Bangoura, je reste engagée jusqu’à ce qu’elles disparaissent de Bintimodia. »