L’eau sous le feu des bombes

Le rôle de l’eau dans les conflits à travers le monde

Par Philippa Lysaght
Une fille porte de l'eau dans un camp de réfugiés, en Syrie
UNICEF/UN067453/Souleiman

06 septembre 2018

Lorsque l’on réfléchit au déroulement des guerres et des conflits, l’eau n’est pas la première chose qui nous vient à l’esprit. Pourtant, dans de nombreux cas, restreindre ou bloquer l'accès à l’eau peut être une arme de guerre. Dans tous les pays, l’Histoire en témoigne.

Lorsque l’approvisionnement en eau d'une population est coupé, les enfants et leurs familles sont contraints de consommer de l’eau insalubre, ou de quitter leur foyer pour se mettre en quête d’une nouvelle source d’eau potable. Dans certains cas, ces familles doivent réduire leur consommation d’eau ou rationner les réserves existantes ; dans d'autres, elles se voient forcées de boire de l’eau manifestement contaminée et dangereuse.

Pour les plus jeunes, cela peut entraîner des conséquences désastreuses, les maladies liées à l’eau et à l'absence d'assainissement demeurant l’une des principales causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans.

Il existe plusieurs manières de faire de l’eau une arme de guerre, une option étant de de s’en prendre au réseau d’approvisionnement et aux personnes qui l’entretiennent, ou d’en refuser l’accès. Par exemple :

 

  • Attaques ciblant le réseau de distribution et d'assainissement : attaques intentionnelles (ciblage des conduites ou condamnation de puits au moyen de coulées de béton) et attaques indirectes (bombardements inconsidérés menaçant les infrastructures civiles critiques et pouvant entraîner la destruction des systèmes de distribution et d'assainissement d’eau).
  • Interruption de l’approvisionnement : arrêt des pompes à eau afin d'assécher les conduites, voire coupure des installations électriques afin que les pompes ne puissent plus fonctionner.
  • Contamination de l’eau : un moyen efficace de transformer l’eau en arme est d’empoisonner les points d’eau, par exemple en jetant des cadavres ou des carcasses dans un puits dans l’optique de priver une population d’eau salubre.
  • Attaques visant les personnes travaillant dans le secteur de l’eau et de l’assainissement : dans le monde entier, les travailleurs humanitaires et les ouvriers locaux sont souvent menacés lorsqu’ils interviennent dans des zones de conflit. Nombre d’entre eux ont subi des attaques, ont été blessés ou tués alors qu'ils effectuaient des réparations sur ces installations civiles critiques. La simple menace d'une attaque peut à elle seule empêcher les opérations de maintenance ou de réparation, et priver une population d’eau salubre.
  • Refus de l’intervention humanitaire : souvent, dans les conflits, les travailleurs humanitaires et les ouvriers se voient interdire l’accès à des zones ou à des populations dans le besoin.

    L’eau n’est pas systématiquement utilisée comme une arme. Il est important de noter que dans de nombreux pays, et par-delà les frontières, l’eau peut être un instrument de paix et de collaboration.

    Cependant, quand les réseaux de distribution sont attaqués et que l’accès à une eau salubre est compromis, les conséquences pour les enfants sont dramatiques. Sans eau, ils ne peuvent survivre. Contraints de dépendre d’une eau insalubre ou contaminée, ils sont exposés à des maladies mortelles. En temps de crise, lorsque les hôpitaux sont débordés et que les fournitures médicales se font rares, l'absence d’eau potable peut être tout aussi mortelle qu’une balle ou qu'une bombe.

    Lorsque l’eau est utilisée comme une arme, des vies d’enfants sont en danger.