L’eau sous le feu des bombes

Le rôle de l’eau dans les conflits à travers le monde

UNICEF
Une fille porte de l'eau dans un camp de réfugiés, en Syrie
UNICEF/UN067453/Souleiman
22 mars 2019

Plan d’action de l’UNICEF en faveur du changement 

Le droit à l’eau potable et à l’assainissement figure dans la Convention relative aux droits de l’enfant, dans les résolutions des Nations Unies et dans les conventions de Genève. C’est un droit tout aussi essentiel à la survie des enfants que l’alimentation, les soins médicaux, et la protection contre les attaques. Pourtant, de Cox’s Bazar au Yémen en passant par l’Ukraine, il est flagrant que les crises s’inscrivent de plus en plus dans la durée et que les conflits menacent des systèmes de services urbains interconnectés.

Pour améliorer l’accès des enfants à une eau propre et potable et pour sauver des vies dans le cadre de crises et de conflits, l’UNICEF lance un appel en faveur de trois changements majeurs :

Cesser de prendre pour cible les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement ainsi que leur personnel
Le ciblage délibéré et systématique des réseaux de distribution d’eau et d’assainissement – et de l’alimentation électrique nécessaire à leur fonctionnement – est à même de constituer une violation du droit humanitaire international. Il en va de même pour le déni intentionnel de services.

Bâtir un secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène capable de fournir de manière ininterrompue de l’eau et des services d’assainissement de grande qualité dans des situations d’urgence.
Ce secteur doit renforcer ses capacités techniques, opérationnelles et humaines pour répondre à des crises toujours plus longues et complexes.

Associer les interventions humanitaires d’importance vitale au développement de systèmes deau et dassainissement durables pour tous.
Pour ce faire, il est nécessaire de construire des systèmes propres à garantir le droit à une eau salubre et à l’assainissement et à prévenir l’apparition de maladies. Cela exige que les organisations humanitaires et de développement collaborent dès le départ afin de mettre en place des systèmes qui demeureront résilients.


L’UNICEF a lancé la campagne « L’eau sous le feu des bombes » en mars 2019 pour attirer l’attention du monde sur les trois domaines fondamentaux où des changements sont immédiatement nécessaires pour garantir un accès à une eau et un assainissement sûrs dans les contextes fragiles. Dans le cadre de cette campagne, l’UNICEF a publié trois rapports.

Vol.1 : Situations d’urgence, développement et paix dans les contextes fragiles et de conflit

Ce volume traite de la nécessité d’un leadership pour conduire immédiatement à des mesures destinées à accélérer la fourniture de services d’eau et d’assainissement dans les contextes fragiles et de conflit, prévenir les tensions relatives à l’eau entre les groupes et entités politiques et garantir le respect du droit de chaque enfant à l’eau et à l’assainissement.

Lire le rapport

Vol. 2 : Renforcer les capacités sectorielles au profit d’interventions humanitaires prévisibles et de qualité

Ce volume est axé sur le renforcement des capacités du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (EAH) au profit d’interventions humanitaires prévisibles et de qualité et il présente un plan d’action en faveur du changement et une feuille de route en ce sens.

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Vol. 3 : Les attaques contre les services d'eau et d'assainissement dans les conflits armés et leurs impacts sur les enfants

Une fille transporte de l'eau

Ce volume met en lumière les problèmes auxquels se heurtent les enfants en fait d’accès à l’eau en temps de guerre. Il démontre les répercussions humanitaires subies par les enfants au moyen d’études de cas provenant de l’État de Palestine, de l’Iraq, de la Syrie, de l’Ukraine et du Yémen.

Lire le rapport


S’en prendre à l’eau, c’est s’en prendre aux enfants

Les ressources en eau et les systèmes d’approvisionnement en eau potable sont en butte à des attaques depuis des siècles. Trop souvent, la dépendance des humains par rapport à l’eau a été exploitée durant les conflits. Presque toutes les situations d’urgence liées à des conflits dans lesquelles l’UNICEF est intervenu ces dernières années impliquaient sous une quelconque forme des attaques entravant l’accès à l’eau, qu’il s’agisse d’attaques dirigées contre les infrastructures hydrauliques, de dommages collatéraux ou de stratégies des parties belligérantes pour limiter l’approvisionnement des populations en eau. Là où des conflits se sont produits, l’eau faisait partie intégrante du champ de bataille – qu’elle ait été explicitement ciblée ou qu’elle ait été accessoirement touchée par des actes ou comportements liés aux luttes armées.

Lorsque l’approvisionnement en eau d'une population est coupé, les enfants et leurs familles sont contraints de consommer de l’eau insalubre, ou de quitter leur foyer pour se mettre en quête d’une nouvelle source d’eau potable. Dans certains cas, ces familles doivent réduire leur consommation d’eau ou rationner les réserves existantes ; dans d'autres, elles se voient forcées de boire de l’eau manifestement contaminée et dangereuse.

Les conséquences pour les enfants sont dramatiques, contraints de dépendre d’une eau insalubre ou contaminée, ils sont exposés à des maladies mortelles, principales causes de décès chez les enfants de moins de cinq ans.

Il existe plusieurs manières de faire de l’eau une arme de guerre, une option étant de de s’en prendre au réseau d’approvisionnement et aux personnes qui l’entretiennent, ou d’en refuser l’accès. Par exemple :

  • Attaques ciblant le réseau de distribution et d'assainissement : attaques intentionnelles (ciblage des conduites ou condamnation de puits au moyen de coulées de béton) et attaques indirectes (bombardements inconsidérés menaçant les infrastructures civiles critiques et pouvant entraîner la destruction des systèmes de distribution et d'assainissement d’eau).
  • Interruption de l’approvisionnement : arrêt des pompes à eau afin d'assécher les conduites, voire coupure des installations électriques afin que les pompes ne puissent plus fonctionner.
  • Contamination de l’eau : un moyen efficace de transformer l’eau en arme est d’empoisonner les points d’eau, par exemple en jetant des cadavres ou des carcasses dans un puits dans l’optique de priver une population d’eau salubre.
  • Attaques visant les personnes travaillant dans le secteur de l’eau et de l’assainissement : dans le monde entier, les travailleurs humanitaires et les ouvriers locaux sont souvent menacés lorsqu’ils interviennent dans des zones de conflit. Nombre d’entre eux ont subi des attaques, ont été blessés ou tués alors qu'ils effectuaient des réparations sur ces installations civiles critiques. La simple menace d'une attaque peut à elle seule empêcher les opérations de maintenance ou de réparation, et priver une population d’eau salubre.
  • Refus de l’intervention humanitaire : souvent, dans les conflits, les travailleurs humanitaires et les ouvriers se voient interdire l’accès à des zones ou à des populations dans le besoin.

Mais les attaques ciblant les infrastructures ou le personnel ne sont que deux des nombreuses menaces affectant l’accès des enfants à l’eau et à l’assainissement. Dans de nombreux conflits de longue durée, les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement, en plus de constituer des cibles, sont délaissés ou en état de délabrement. Dans certains cas, il n’existait pas de système digne de ce nom en amont, et le déclenchement du conflit ne fait qu’exacerber le problème.

En définitive, les enfants pris dans des conflits ne devraient pas vivre dans la crainte des balles et des bombes. Ils ne devraient pas non plus mourir ou souffrir leur vie durant parce qu’ils ont été privés de l’accès à des services d’eau et d’assainissement, la source d’eau dont ils dépendaient ayant fait l’objet d’attaques ou ayant été coupée.