Une recette locale pour lutter contre la malnutrition

Le repas aux 4 étoiles du Sud-Kivu

Frederik Lerneryd
Démonstration culinaire
UNICEF DRC/Lerneryd
23 novembre 2017

Francine Aksante, 21 ans, est toute ouïe au milieu d’un groupe de femmes affairées à suivre, dans une ambiance décontractée, la démonstration culinaire du « repas à quatre étoiles » au Centre de santé de Bitobolo II situé au sud-ouest de la cité de Bunyakiri dans l’est de la République Démocratique du Congo.

Francine ne comprenait pas pourquoi ses deux plus jeunes enfants, Songa et Muganza, perdaient constamment du poids. Inquiète, la jeune mère a conduit ses jumeaux au centre de santé de Bitobolo II. Le diagnostic médical a rapidement indiqué qu'ils souffraient de malnutrition aiguë sévère.

Nous mangions chaque jour des feuilles de manioc avec du foufou

Francine
Une mère allaitant ses deux enfants
UNICEF DRC/Lerneryd

Songa et Muganza sont admis à l’unité nutritionnelle thérapeutique ambulatoire et ont reçu un aliment nutritif de complément. Au bout de quatre semaines, les jumeaux ont commencé à gagner du poids petit à petit.

Francine continue à les emmener chaque semaine à la consultation préscolaire pour suivre leur croissance. C’est là qu’elle découvre, aux côtés d’autres mères allaitantes, la préparation du « repas à quatre étoiles » : un repas préparé à base de produits et recettes locaux pour nourrir les enfants sans avoir à dépenser beaucoup d’argent.

Les aliments pour préparer la bouillie aux 4 étoile
UNICEF DRC/Lerneryd

« C’est une combinaison de différentes catégories d’aliments censés apporter les micronutriments nécessaires au bon développement de l’enfant. La première étoile, ce sont les céréales, la farine de sorgho bouillie au feu auxquelles on ajoute la pâte d’arachide comme 2e étoile puis la banane (3e étoile) et enfin le jaune d’œuf (4e étoile). Tous ces ingrédients sont à la portée de presque tout le monde ici », a expliqué Dr Emery Lukaka, nutritionniste de Médecins d’Afrique (MDA), partenaire de l’UNICEF.

Comme Francine, la plupart des familles de Bunyakiri produisent elles-mêmes leur nourriture. Mais la méconnaissance des bonnes pratiques culinaires, le poids de la tradition, les multiples déplacements de la population associés au faible pouvoir d’achat des ménages font que l’alimentation de la famille est peu ou pas diversifiée : adultes et jeunes enfants sont soumis au même régime alimentaire, souvent monotone et pauvre entraînant la malnutrition chez les enfants. Ce faible régime alimentaire diminue aussi la capacité des parents à lutter contre les maladies infantiles.

La zone de santé de Bunyakiri, au nord-ouest de la province du Sud-Kivu
UNICEF DRC/Lerneryd

Dans la zone de santé de Bunyakiri, au nord-ouest de la province du Sud-Kivu, sept enfants sur dix souffrent de la malnutrition chronique et un enfant sur deux de la malnutrition aiguë globale. Pour briser le cycle intergénérationnel de la malnutrition chronique dans cette zone de santé, l'UNICEF, le Programme alimentaire mondial et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture  ont mis en place en 2015 avec le soutien financier de la Suisse, un projet intégré de lutte contre la malnutrition.