« Avoir un nouveau cahier, c’est comme un nouveau départ »
A Goma, l’UNICEF aide à assurer un retour à l’école en toute sécurité pour les enfants touchés par la dernière escalade de la violence
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Assise sur un banc de l’Ecole Primaire Muningi à Goma, Justine ne peut s’empêcher de sourire. L’élève de 14 ans vient de recevoir un cartable, des stylos et des cahiers, après avoir perdu ses fournitures scolaires lorsque le camp pour personnes déplacées de Kanyaruchinya a été démantelé il y a quelques semaines.
Depuis 2021, Justine a été déplacées à plusieurs reprises. Originaire de Rugari dans le territoire de Rutshuru, elle a fui la violence avec sa mère et cinq de ses frères pour trouver refuge dans le camp situé à la périphérie de Goma. Elle a dormi dans des églises, vécu sous des abris de fortune et tenté de poursuivre sa scolarité malgré les obstacles.
Au fil des années, l’école est devenue pour Justine un pilier d’espoir et de stabilité dans un quotidien marqué par les déplacements et l’incertitude. Mais quand les affrontements ont repris en début d’année et que les camps ont été démantelés, Justine a dû fuir à nouveau, retournant à Rugari avec sa famille.
Justine espérait y reprendre les cours, mais les écoles sont toujours fermées. Alors, lorsqu’elle a appris que l’Ecole Primaire Muningi rouvrait ses portes, elle a décidé de revenir à Goma pour terminer l’année scolaire.
Elle loge chez des proches, tandis que sa famille est restée à Rugari. « Quand j’ai su que l’école avait repris, j’étais tellement heureuse », se rappelle Justine.
Pour son camarade Barthélémy Kasago, 16 ans, le retour à l’école a été plus mitigé.
« J’ai repris les cours le 15 février mais je ne me sentais pas très à l’aise ce jour-là car j’avais encore peur des combats », se souvient Barthélémy. « Je ne me sentais pas vraiment en sécurité, ni à la maison ni à l’école, parce qu'on entendait dire que des élèves étaient recrutés de force [dans des groupes armés]. »
Aujourd’hui, Barthélémy retrouve peu à peu un sentiment de sécurité et voit l’école comme un véritable tremplin pour l’avenir.
« Je pense que l’école est essentielle. Elle permet d’apprendre plusieurs langues comme le français et l’anglais », poursuit Barthélémy.
Mais Justine et Barthélémy le savent : beaucoup d’enfants n’ont pas pu reprendre le chemin de l’école. À la mi-avril, environ 1 930 écoles étaient encore fermées au Nord-Kivu et au Sud-Kivu en raison des violences et des déplacements, affectant plus de 730 000 enfants, selon le Cluster Education. Certaines écoles ont été détruites, tandis que d’autres ont été transformées en abris pour des familles déplacées.
Face à cette crise, l’UNICEF et Éducation sans délai (ECW) soutiennent la continuité de l’éducation des enfants en menant des actions telles que la distribution de matériel scolaire, la construction de salles de classe dans les zones où les infrastructures ne sont plus fonctionnelles, l’organisation de cours de rattrapage, et bien d’autres initiatives.
A l’Ecole Primaire Muningi, où sont inscrits Justine et Bathélemy et dans d’autres écoles au Nord et Sud-Kivu, l’UNICEF a distribué des kits scolaires à plus de 43 000 élèves et enseignants en partenariat avec l’Union européenne et d’Éducation sans délai.
En parallèle, l’UNICEF soutient des campagnes d’information sur les risques liés aux bombes non explosées et autres engins laissés derrière après les combats.
« Il y a des engins explosifs partout et les enfants peuvent les ramasser, en pensant qu’il s’agit de jouets », alerte Ariane Rubenga, cheffe d’équipe de SYOPADI, une organisation partenaire du Cluster Education.
Lors des activités de sensibilisation, Ariane et son équipe rencontrent parfois des victimes d’engins explosifs.
« Certaines mamans racontent avoir perdu un membre en travaillant dans les champs. Des enfants manipulent des cartouches, pensant que ce sont des stylos. »
L’UNICEF et ses partenaires mènent également des actions de sensibilisation sur les épidémies de mpox et de choléra. Depuis le début de l’année, des informations essentielles sur la mpox ont atteint 1,7 million de personnes au Nord-Kivu.
En tant que U-Reporter, Cousin Kasumbo va régulièrement à la rencontre des familles et des enfants pour leur rappeler les gestes essentiels à adopter.
« Je suis déterminé à sensibiliser la communauté aux dangers de la mpox, car une personne infectée se retrouve isolée de ses proches — et cet isolement peut affecter son moral. »
Pour accompagner ces efforts collectifs, l’UNICEF appuie la désinfection des écoles exposées à des risques sanitaires. Avec la Croix-Rouge, 14 équipes d’intervention rapide sont déployées dans les zones où des cas de choléra sont signalés.
Alors que les cas de violences sexuelles, d’enlèvements et de recrutements forcés d’enfants continuent de s’intensifier dans l’est de la RDC, l’école reste un espace essentiel pour être en sécurité, apprendre et retrouver un peu de stabilité.