L’eau renforce la cohabitation entre communautés en conflit
Dans la province de l’Ituri, l’accès à l’eau potable devient un catalyseur de paix entre les communautés Lendu et Hema
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« Je suis heureuse de puiser l'eau potable directement au village », confie Deborah, une habitante de Masumbuko, avec un sourire qui en dit long sur les épreuves surmontées. Avant l’installation d’un point d’eau au cœur de son village, Deborah parcourait de longues distances pour s'approvisionner en eau de source, risquant sa sécurité à chaque trajet.
« Il y avait souvent des disputes et certaines femmes se faisaient parfois violer dans la brousse », se souvient-elle avec émotion. Aujourd’hui, la borne-fontaine est devenue un symbole de soulagement et de sécurité pour tout le village, mais aussi pour les habitants du village voisin de Buki.
Ces deux villages du territoire de Djugu, au nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), ont longtemps été déchirés par un conflit. Masumbuko, à majorité Lendu, et Buki, village Hema, ont vu leurs relations se détériorer en 2018 avec une recrudescence d’attaques.
L’eau, cependant, a changé la donne. Grâce au soutien du Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires (CERF), l’UNICEF a installé un système d’approvisionnement en eau qui dessert équitablement les deux villages. Un réservoir a été construit à côté de la source avec une pompe solaire, puis un second réservoir en hauteur pour que l'eau puisse être distribuée par gravité aux bornes-fontaines.
« L’eau, c’est la vie, donc partager l’eau, c’est partager la vie », explique le chef adjoint du village de Buki. Chaque goutte d'eau qui coule à Buki se retrouve également à Masumbuko, renforçant la solidarité entre les deux villages. En cas de panne, les habitants de deux communautés se réunissent pour rétablir l’eau, créant ainsi un lien de dépendance mutuelle.
Un comité de gestion, composé de membres issus des deux communautés, a été créé pour veiller à l’entretien des infrastructures. Quatre femmes, dont Déborah, en font partie, reflétant l'importance du rôle des femmes dans la promotion de la paix. « En tant que femme, j'ai conscience du rôle que nous devons jouer dans le renforcement de la cohabitation pacifique entre nos deux communautés par ce projet d'adduction d'eau potable », affirme Déborah.
Le comité veille à une distribution équitable de l’eau et à la maintenance des installations. « L’eau est gratuite pour l’instant, mais nous allons mettre en place une caisse de pérennisation des ouvrages », ajoute-t-elle en précisant que les cotisations débuteront prochainement.
Ce projet symbolise plus qu’un simple accès à l’eau ; il incarne la collaboration, la paix et l’espoir d’un avenir meilleur pour les communautés Lendu et Hema. Ensemble, les villages construisent une nouvelle réalité où l’eau devient un moyen de réconciliation et de prospérité commune.
Grâce à l’appui du CERF, plus de 16 000 personnes dans la province de l’Ituri ont désormais accès à une eau potable grâce à des systèmes d’eau avec pompage solaire. Par ailleurs, plus de 14 000 personnes au site de Rhoe, le plus grand site de déplacés internes de la province, bénéficient de nouvelles installations sanitaires.
L’accès à l'eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement aide à améliorer les conditions de vie et à redonner espoir aux personnes les plus vulnérables, victimes de violences à l’est de la RDC.