Apprendre au-delà des murs d’une école
L’éducation à distance offre une deuxième chance aux élèves aux parcours scolaire bouleversé par la guerre ou par les obstacles de la vie
- Français
- English
Chaque année, le mois de septembre symbolise le retour à l’école pour des millions d’enfants à travers le monde après des semaines de vacances. Cartables, livres et cahiers neufs, pupitres alignés, retrouvailles entre camarades : autant de symboles d’un retour attendu à l’école pour relever les défis d'une nouvelle année scolaire.
A Munigi, un quartier en périphérie de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’éducation peut prendre une tout autre forme. Dans une ancienne salle de classe désaffectée, les cours se transmettent par une radio qui diffuse les leçons du programme national qui ont été préenregistrées.
L’enseignant Juvenal Mumbere encadre les élèves de niveau 3 — correspondant à la cinquième et sixième année du primaire — dans ce programme pas comme les autres.
Soutenu par l’UNICEF, en collaboration avec le Ministère de l'Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté et le Ministère des Affaires sociales, le programme d’éducation à la radio permet à des milliers d’enfants déscolarisés de poursuivre leur apprentissage.
C’est le cas de la jeune Abiga qui, a 13 ans, a vu son parcours scolaire brutalement interrompu. Sa famille a fui la guerre, et l’école est passée au second plan. Au retour à Munigi, de nouveaux obstacles sont apparus : parmi eux, des frais scolaires que sa mère ne pouvait payer.
C’est en croisant un groupe d’enfants qu’elle découvre l’existence du programme d’enseignement par la radio. « Ils m’ont dit qu’on y inscrivait les enfants déscolarisés. J’ai demandé à rejoindre, et j’ai été acceptée », raconte-t-elle fièrement.
Aujourd’hui, Abiga est une élève assidue. « J’avais oublié beaucoup de choses, mais je les retrouve peu à peu. Et surtout, j’ai rencontré de nouveaux amis. »
Aziza, 15 ans, a connu une autre difficulté. « J’étais tombée malade, et ma mère n’avait plus les moyens de payer les frais scolaires », explique-t-elle en tenant fermement le poste radio utilisé pour la diffusion des cours.
Alors qu’elle avait déjà raté plusieurs mois d’école, une équipe de Village d’Espoir, organisation partenaire de l’UNICEF à Munigi, est venue recenser les enfants déscolarisés et leur parler de l’éducation à la radio. Aziza s’est inscrite et suit désormais les courts avec Abiga.
« Nous révisons ensemble, nous nous aidons entre amies. Si l’une perd un stylo, une autre lui prête. On apprend et on rit », dit-elle avec un sourire.
Aziza espère un jour devenir commerçante, vendre des vêtements et apprendre la couture.
Au centre de la salle, une radio rechargeable à l’énergie solaire diffuse les cours préenregistrés. Ailleurs dans le Nord-Kivu, ces espaces d’apprentissages se tiennent avec le même enthousiasme dans des cours ou des bâtiments inoccupés.
Trois fois par semaine, une quinzaine d’élèves se rassemblent autour de Juvenal Mumbere pour suivre les leçons.
« C'est ma manière d'aider ces enfants qui n'ont plus accès à l'école et ma classe est comme une famille », explique l'enseignant.
Cette initiative offre un système de soutien essentiel aux enfants qui ne peuvent pas fréquenter l'école formelle. Elle les aide à rester engagés et à se préparer à réintégrer le système éducatif formel dès que possible.
« Je suis content parce que je me souviens de ce que j’avais appris auparavant, et j’ai retrouvé mes amis », raconte Christian, 14 ans, qui aimerait étudier la médecine pour devenir médecin comme sa mère.
Depuis septembre 2024, environ 4 600 enfants ont bénéficié de l’initiative d’éducation à distance avec l’appui de l’Union européenne (ECHO) et d’Éducation sans délai (ECW) dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Parallèlement, des fournitures scolaires ont été distribuées à plus de 15 000 élèves et environ 290 enseignants ont été formés à l’éducation inclusive, à la protection contre les violences basées sur le genre et au soutien psychosocial.
Au cours de l’année scolaire 2025-2026, environ 300 salles de classe et espaces temporaires d’apprentissage seront construits par l’UNICEF, en partenariat avec ECHO, ECW ainsi que le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et le Fonds central pour les interventions d’urgence humanitaire (CERF).
Pour Abiga, Aziza, Christian et bien d’autres, l’éducation reste un repère essentiel qui dépasse les murs d’une classe. Elle ouvre la voie à l’apprentissage, protège les enfants face aux risques liés aux conflits et garantit l’accès à leurs droits fondamentaux.