Rokhya : « Faire face au défi de la malnutrition malgré la pandémie »
Reportage au Centre de récupération nutritionnelle ambulatoire de Dar Naïm qui prend en charge les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère
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Lundi matin 10 heures. Au Centre de récupération nutritionnelle ambulatoire pour la malnutrition aiguë sévère (CRENAS) de Dar Naim les consultations s’enchaînent. Dehors, sous un soleil tenace, une dizaine de mamans attendent patiemment leur tour sous une tente de fortune. Mais la chaleur est trop forte alors, après quelques minutes et malgré les mesures de prévention imposées par la covid-19, l’infirmière se résout à faire entrer les mamans et leurs enfants dans la salle de consultation.
« C’est très dur de travailler dans ces conditions, explique Rokhya, l’infirmière en chef du service de prise en charge de la malnutrition de Dar Naim. Nous sommes deux infirmières et comme vous pouvez le voir nous recevons beaucoup d’enfants. Les consultations ont lieu le matin et les mamans préfèrent venir tôt pour éviter les fortes chaleurs et parce qu’elles doivent aussi s’occuper des affaires courantes de la maison : ménage, cuisine, etc. Certaines font plusieurs kilomètres à pieds pour se rendre au centre ! »
UNICEF et le Programme Alimentaire Mondial estiment que cette année plus de 15 millions d’enfants seraient menacés par l'impact combiné de l'insécurité alimentaire et du coronavirus en Afrique de l’ouest. Face à la pandémie, Rokhya, l’infirmière en chef du service de prise en charge de la malnutrition de Dar Naim, reconnaît avoir du mal à faire face au nombre croissant de cas.
« Nous passons en moyenne entre 15 et 30 minutes par enfant. C’est le temps nécessaire pour réaliser un bon diagnostic et échanger avec les mamans. Après l’annonce des premiers cas de coronavirus en Mauritanie les familles ont eu très peur et beaucoup de mamans ont arrêté de consulter mais après quelques semaines la tendance s’est inversée. A présent nous devons faire face à un afflux de mamans qui viennent avec des enfants dans un état parfois très préoccupant.
Nous constatons aussi un relâchement des mesures de prévention. Comme vous pouvez le voir peu de gens portent des masques et la distanciation sociale n’est pas respectée. Le personnel médical a reçu des équipements de protection mais nous ne sommes que deux ici et les locaux ne sont pas adaptés alors nous faisons de notre mieux et nous prions pour que la situation s’améliore rapidement. »
En 2019, 27,512 enfants de moins de 5 ans ont bénéficié d’un traitement contre la malnutrition sévère, soit une hausse considérable de près de 40% comparée à la moyenne annuelle des 5 dernières années en Mauritanie. Selon les dernières prévisions la pandémie de coronavirus pourrait accélérer le phénomène d’insécurité alimentaire et malnutrition aiguë dans la région du Sahel.
« Voici Zeinabou. Elle est arrivée au centre il y a environ 2 semaines. Khadija, sa petite fille de 9 mois, pesait à peine 5 kilos. Elle a rompu l’allaitement exclusif à l’âge de 3 mois lorsque sa famille lui a conseillé de donner de l’eau à son bébé. C’est là que les problèmes ont commencé. Après un diagnostic PB – ou périmètre brachial – nous avons pu identifier qu’elle souffrait de malnutrition aiguë sévère ».
Comme Khadija, on estime que plus d’un enfant sur dix souffre actuellement de malnutrition aiguë en Mauritanie. L’approche « PB » est une méthode de dépistage et de diagnostic de la malnutrition. A l’aide de bandelettes MUAC (Mid-Upper Arm Circumference) les infirmières mesurent le périmètre brachial de l’enfant et peuvent ainsi déterminer avec certitude si l’enfant est malnutri ou non.
« Lorsque nous avons reçu Khadija son PB était de 111 mm. Nous lui avons prescrit un traitement thérapeutique appelé Plumpy Nut. Aujourd’hui c’est sa deuxième consultation et malheureusement elle n’a pas repris suffisamment de poids. Après deux semaines de traitement elle est passé à un PB de 115 mm alors que, selon nos estimations, elle devrait atteindre un PB de 120 mm aujourd’hui. »
Grâce au soutien de USAID, les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère reçoivent un régime adapté qui leur permet de regagner un statut nutritionnel normal. Le Plumpy Nut est un aliment thérapeutique prêt à l’emploi à base de pâte d’arachide qui rend possible le traitement ambulatoire à domicile ou en consultation externe des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère qui ont encore de l’appétit et sont sans complications médicales.
Rokhya poursuit : « Pour que le traitement thérapeutique soit efficace il faut que l’enfant soit bien hydraté lors des deux prises quotidiennes. Au cours de la consultation Zeinabou a reconnu qu’elle avait été un peu négligente. Je lui ai donc demandé de suivre mes recommandations et de revenir la semaine prochaine pour contrôler l’évolution du PB ».
Le coronavirus ? Zeinabou en a beaucoup entendu parler et elle reconnaît que ça lui a fait peur, surtout lorsque deux cas positifs ont été décelés au centre de santé : « j’ai constaté que les gens ne prenaient pas les mesures au sérieux et ça m’a fait peur. J’ai longtemps hésité avant de venir, puis je suis resté quelques instants à l’entrée du centre pour observer. Lorsque j’ai vu qu’il y avait des contrôles de température systématiques ça m’a rassuré alors je suis entrée. »