Quand les dialogues communautaires ouvrent des perspectives pour les filles à Kinderla et Mansour
Deux villages du Hodh El Chargui, deux réalités sociales, mais une même volonté : donner aux filles davantage de possibilités pour leur avenir
Deux parcours, une même réalité
À plus de 50 kilomètres de Bassiknou, dans le village de Mansour, vit Oum Keltou âgée de 13 ans, avec sa famille. Ses parents, réfugiés maliens installés dans le village depuis 2022, viennent d’une communauté dans laquelle le mariage des filles peut encore intervenir très tôt.
« Dans notre communauté, certaines filles sont mariées alors qu’elles sont encore très jeunes, parfois dès l’adolescence », témoigne Toraghi, la grand-mère.
Non loin de là, dans le village de Kinderla, vit Babe, 15 ans, une adolescente mauritanienne qui se trouve à un tournant de sa vie.
Après avoir quitté l’école en classe d’entrée en 6ᵉ, elle a progressivement vu ses possibilités de poursuivre sa scolarité se réduire, dans un parcours également marqué par des difficultés liées à sa situation d’état civil.
Dans sa famille, un projet de mariage était également envisagé pour elle, une situation qui illustre certaines des réalités auxquelles les filles peuvent être confrontées dans le village.
Quand le dialogue permet de faire évoluer les choix
Dans ces deux familles, les perspectives auraient pu prendre une autre direction. Mais les échanges engagés au sein des communautés ont progressivement ouvert un espace de réflexion sur l’avenir des filles.
Les dialogues communautaires permettent de faire évoluer les perceptions sur le mariage des filles. Ils sont conduits par des animateurs communautaires formés aux thématiques de protection et aux modalités d’engagement des communautés, et réunissent parents, leaders communautaires, femmes et jeunes autour d’échanges ouverts.
Ces échanges renforcent la prise de conscience sur les conséquences du mariage des enfants et encouragent les communautés à mieux protéger les filles, à favoriser leur maintien à l’école et à préserver leurs chances d’un avenir meilleur.
Ils permettent également d’aborder d’autres enjeux liés à la protection et au bien-être des filles, notamment les mutilations génitales féminines et l’importance de l’hygiène.
Ces dialogues ont ainsi permis aux parents d’Oum Keltou et de Babe de réfléchir aux conséquences du mariage des enfants et de faire le choix de ne pas marier leurs filles, en privilégiant leur protection, leur éducation et leurs possibilités d’avenir.
Aujourd’hui membre du comité de protection du village, Toraghi, s’engage aussi aux côtés des familles pour faire évoluer les perceptions et protéger l’avenir des filles :
« En tant que femmes, nous avons un rôle important à jouer auprès des familles. Nous devons les accompagner pour que les filles puissent grandir, apprendre et avoir un avenir différent. »
Des choix qui ouvrent de nouvelles possibilités
À Kinderla et à Mansour, ces échanges réunissent familles, femmes, leaders communautaires et acteurs locaux autour de la protection et de l’avenir des filles. Ils permettent également aux femmes de la communauté de jouer un rôle actif dans les discussions et les décisions qui concernent les filles.
Pour Oum Keltou, elle peut poursuivre son parcours scolaire et continuer à construire son avenir. Son rêve est déjà bien défini :
« Je veux devenir médecin. »
Quant à Babe, une nouvelle étape se dessine désormais. Elle sera accompagnée vers une formation socio-professionnelle en couture, où elle pourra apprendre un métier et commencer progressivement à construire son autonomie.
« Je suis contente de pouvoir apprendre la couture et d’avoir la possibilité de préparer mon avenir », confie-t-elle.
Grace au soutien financier de Danish Natcom, l’appui technique de l’UNICEF et la mise en œuvre par ADICOR, ces dialogues communautaires ont déjà permis d’impliquer plus d’une centaine de familles et de renforcer l’engagement des communautés en faveur de l’avenir des filles.
L’histoire de Oum Keltou et de Babe, illustre comment le dialogue et l’engagement communautaire peuvent renforcer la protection des filles et leur ouvrir de nouvelles opportunités.