Une autre idée des soins maternels et néonatals.
A Bla, dans la région de Ségou, une collaboration multipartite a permis de réduire les décès maternels de plus de 70% entre 2021 et 2023 grâce au soutien financier du Mécanisme de Financement Mondial (GFF en anglais).
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« J'ai éprouvé la souffrance de porter un enfant pour ensuite le perdre. C’est une épreuve que j'ai traversée non pas une, mais deux fois. Deux grossesses menées à terme sans pouvoir voir grandir mes enfants. Je peux vous affirmer que pour une jeune maman, c'est un des cauchemars les plus terribles. » Sanata relate son histoire avec une voix pleine de tristesse. La jeune dame de 25 ans, originaire de Bla, près de Ségou, avait déjà vécu le drame de perdre deux fois successivement un enfant lors d'accouchements non assistés à domicile. Ces expériences traumatisantes l'avaient plongée dans une profonde dépression. « J’avais perdu l’espoir d’être mère. », ajoute-t-elle.
Au Mali, un enfant sur dix meurt avant d'atteindre son cinquième anniversaire, tandis qu'un nouveau-né sur 30 ne survit pas à son premier mois de vie. Dans ce contexte, la réduction de la mortalité infantile et néonatale est une priorité pour le Gouvernement du Mali et ses partenaires.
La troisième grossesse de Sanata contractée, au lieu d’être une raison de réjouissance, est pour elle angoissante du fait des deux premières expériences mais fort heureusement elle rencontre Djeinaba, une agente de santé communautaire venue la visiter à domicile au cours d’une tournée dans son village. L’évaluation menée par l’agente de santé révèle que Sanata n’a jamais bénéficié de consultations prénatales durant ses grossesses. Devant l’urgence de la situation, Djeinaba encourage Sanata à se rendre au centre de santé communautaire le plus vite possible.
Avec son mari, Sanata arrive dès le lendemain au centre de santé communautaire qui la réfère le même jour au Centre de Santé de Référence (CsRef) de Bla. Elle y apprend que la taille de son bassin ne permet pas d’accouchement par voie basse. Seule une césarienne peut sauver la vie de l’enfant à naître. Sanata comprend qu’un autre accouchement à domicile lui ferait perdre son enfant pour la troisième fois.
Elle est admise au Csref de Bla le 5 avril 2020 et bénéficie d’une prise en charge et d’un suivi rapproché à travers les consultations prénatales (CPN), ce qui lui permet d’avoir son bébé dans de meilleures conditions. Dans les minutes qui suivent sa naissance, le bébé bénéficie des soins néonatals prodigués par Tahara Sissoko, sage-femme au CSRef de Bla depuis 8 ans.
« Le 08 juin et le 24 septembre 2022, nous avons reçu 2 couveuses, 1 table chauffante, 2 tables à rayons ultraviolets, 4 appareils d’oxygénothérapie, 40 kits de réanimation du nouveau-né et 01 ambulance médicalisée.Cela a considérablement amélioré la qualité de nos soins et le transport des parturientes en difficulté et les nouveau-nés malades. Plus de 350 bébés prématurés et en difficulté à la naissance ont été sauvés dans notre CsRef depuis que nous avons reçu ces équipements et près de 1500 parturientes évacuées dans les meilleures conditions de transport, » relate Tahara.
Le CSRef de Bla a été équipé grâce au soutien du Mécanisme de Financement Mondial. Cet appui est conjugué avec la collaboration entre le Ministère de la Santé et du Développement Social et l’Association Malienne de Pédiatrie AMAPED.
« Nous avons également été formés sur la gestion des cas d’hémorragie, d’anémie, de paludisme, d’hypertension artérielle, de prééclampsie, d'éclampsie, de réanimation du nouveau-né et de prise en charge d’avortement. Cette formation a été un très grand soulagement pour nous en tant que personnel de santé, mais aussi un moyen pour améliorer la confiance de nos communautés envers les centres de santé. De plus en plus de femmes viennent aujourd’hui accoucher dans les centres de santé à Bla. » Explique Tahara.
Sanata a donné naissance à Balakissa. Sa petite fille a 4 ans aujourd’hui et se porte à merveille. La famille a accueilli une dernière, Lalaicha, 13 mois en parfaite santé également.
Les décès maternels annuels sont passés de 15 à 4 à Bla, une baisse de 73% entre 2021 et 2023, grâce à une innovation qui allie la collaboration entre l’UNICEF et l’AMAPED et le renforcement des capacités des ressources locales. A Bla, les stratégies développées, le suivi programmatique étroit et la surveillance régulière montrent qu’il est possible d’éviter davantage de de décès de mères et de bébés dans un pays avec des taux de mortalité et infantiles parmi les plus élevés au monde. Des stratégies réplicables qui comprennent entres autres : la surveillance et l’audit des décès maternels et périnataux, la riposte à travers la dynamisation des référencements et des évacuations, l'approvisionnement en eau, l'assainissement et l'hygiène dans les centres de santé, la promotion de la santé communautaire, la mobilisation sociale et la redevabilité des parties prenantes.
L’histoire de Sanata et les efforts déployés à Bla prouvent qu’une autre idée des soins maternels et néonatals est possible malgré le contexte accablant de la mortalité maternelle et infantile au Mali et en Afrique.
« La vie m'a offert une nouvelle opportunité et je suis déterminée à la saisir. Je veille plus que jamais à la santé de mes filles et je les emmène au centre de santé communautaire pour qu'elles bénéficient de leurs vaccins et soient en bonne santé. Je n'ai pas eu la chance d'aller à l'école, mais si Dieu le veut, mes filles iront et je me battrai pour qu'elles réussissent dans la vie. » conclut Sanata en tenant fièrement Lalaicha dans ses bras.