Rendre les écoles accueillantes pour les filles

Comme Coumba et Issa, les adolescents du Mali sont formés pour devenir des champions de l’hygiène menstruelle.

Fatou Diagne
Coumba Hèléne Traoré, âgée de 16 ans, et Issa Konaté, âgé de 17 ans, sont en train d'apprendre à fabriquer des serviettes hygiéniques réutilisables lors d'une formation sur la gestion hygiénique des règles à Nionsombougou.
UNICEF/UNI708967/Keïta
14 août 2025

« Les premières règles, pour beaucoup d’entre nous, sont synonymes d’anxiété, de stress et peuvent entraîner l’abandon scolaire », confie Coumba.

« Je pensais que les règles étaient synonymes d’impureté, et que nous ne devions pas approcher les filles pendant leurs menstruations », ajoute Issa.

Comme plusieurs centaines d’élèves à travers le pays, Coumba et Issa ont participé à une formation sur la gestion de l’hygiène menstruelle (GHM). Cette formation a dissipé leurs peurs et idées reçues, et a nourri chez eux une réelle volonté de devenir des champions de la santé menstruelle.

Une étude menée par l'UNICEF en 2019 dans les communes de Kati et Bandiagara a révélé que 91 % des filles ne changent pas de serviette hygiénique pendant toute la journée à l’école, et que jusqu’à 20 % des élèves manquent au moins un cours à cause de leurs règles. De plus, 60 % des filles n’avaient reçu aucune information sur les menstruations avant leurs premières règles. Ce manque d’information, associé à l’absence d’infrastructures adéquates, accroît souvent l’anxiété et le stress liés aux premières menstruations.

Créer un dialogue ouvert sur un sujet tabou

Madame Koné Virginie Mounkoro, agente de développement communautaire et formatrice en genre, en interaction avec des élèves, enseignants et parents.
UNICEF/UNI708914/Keïta
Madame Koné Virginie Mounkoro, agente de développement communautaire et formatrice en genre, en interaction avec des élèves, enseignants et parents.
UNICEF/UNI708919/Keïta

En 2023, l'UNICEF a collaboré avec le ministère de l’Éducation Nationale pour organiser des formations sur la GHM dans les écoles des régions de Koulikoro, Bamako, Mopti, Kayes et Sikasso. Une formation de trois jours a permis aux élèves d’être formés à la gestion de l’hygiène menstruelle, ainsi qu’à la fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables.

« La participation active des associations de mères d’élèves, des comités de gestion scolaire et des garçons a permis de créer un environnement d’apprentissage collaboratif. C’est essentiel pour lever les tabous et mieux comprendre les enjeux liés à l'hygiène menstruelle », explique Aïcha Walett Mohamed, point focal WASH à la Direction Nationale de l’Enseignement Fondamental.

Au total, 1 500 kits d’hygiène menstruelle, comprenant des serviettes réutilisables, du savon et des culottes, ont été distribués dans les écoles participantes. Chaque établissement a également reçu une allocation de 100 000 FCFA (environ 160 USD) pour mettre en œuvre le plan d’action élaboré avec les élèves et les enseignants. Du matériel (coton, fil, aiguilles, ciseaux) a été fourni pour permettre la fabrication continue de serviettes hygiéniques réutilisables à l’école.

Le programme a permis de former 510 personnes, dont 264 filles (certaines vivant avec un handicap), 106 garçons, 20 jeunes engagé(e)s avec l’UNICEF pour le plaidoyer, 72 enseignant(e)s et encadreur(e)s, ainsi que 48 membres de Comités de Gestion Scolaire et d’associations de mères d’élèves.

Avec un soutien financier accru, l’UNICEF ambitionne d’élargir cette initiative à l’ensemble du pays, afin que chaque école devienne un espace accueillant, inclusif et propice à l'éducation des filles. Plus de 2,5 millions d’élèves pourraient en bénéficier.

Vers une école sans barrières 

Coumba et Issa en séance de confection de serviettes hygiéniques réutilisables, aux côtés de Nana, une formatrice engagée par l’IUNICEF et le Ministère de l’Éducation nationale.
UNICEF/UNI708947/Keïta
Coumba et Issa en séance de confection de serviettes hygiéniques réutilisables, aux côtés de Nana, une formatrice engagée par l’IUNICEF et le Ministère de l’Éducation nationale.
UNICEF/UNI708961/Keïta

La formation est composée de deux modules. Le premier aborde les notions fondamentales liées à l’égalité entre filles et garçons — notamment les stéréotypes, les rôles sociaux et les droits fondamentaux. Le second porte sur l’hygiène menstruelle. Ces modules permettent aux enfants de mieux comprendre leur corps et encouragent les garçons à soutenir les filles, en apprenant ensemble (ainsi qu’avec les parents) à fabriquer des serviettes hygiéniques réutilisables.

« Ces trois jours m’ont permis de mieux comprendre ma santé. J’ai aussi compris qu’il n’y a pas de tâches réservées aux filles ou aux garçons, tout le monde peut faire le même travail. Il y a même des garçons parmi nous aujourd’hui qui ont appris à faire des serviettes hygiéniques. Nos parents n’ont pas toujours les moyens de nous en acheter, et maintenant, nous pouvons constituer nos propres stocks à l’école », explique Coumba.

Issa exprime également son enthousiasme : « Je sais maintenant que les croyances que j’avais sur les règles sont fausses. Je comprends mieux le corps de mes camarades filles et J’ai compris que les menstruations sont un phénomène naturel et important dans la vie d’une femme. »