Mon école, ma responsabilité : comment Halimatou, 11 ans, a mené une révolution verte.
Présidente du club ECO, Halimatou et ses camarades n’attendent plus le changement. Ils le cultivent — un arbre, une action et une idée courageuse à la fois.
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L’air frais sous les jeunes arbres est la première chose que l’on ressent en entrant à l’école primaire de Kabara, à 7 kilomètres de Tombouctou. Là où le soleil brûlait autrefois le sol, une petite oasis verte s’étend désormais dans la cour. Les feuilles bruissent, les enfants s’assoient à l’ombre pour lire, et le sable ne les aveugle plus sous la chaleur. Il est difficile d’imaginer qu’il y a seulement quelques mois, la sueur tombait des fronts sur les cahiers plus vite que les crayons ne pouvaient écrire.
Au milieu du jardin, arrosant un arbuste, se tient la fille qui a rêvé cette transformation. Halimatou, 11 ans, présidente du club ECO de l’école et discrète architecte du renouveau de Kabara.
Avant ces changements, l’école semblait fatiguée. La chaleur rendait toute activité extérieure difficile, et lorsque les pluies arrivaient, cela devenait impossible. Les enfants se souviennent de la dernière grande inondation : le mur du fond de l’école s’était effondré. « Je me souviens avoir eu peur », confie une élève. « On ne sait pas à quelle vitesse l’eau peut arriver. »
Lorsque le projet « Mon école, ma responsabilité » a sélectionné l’école de Kabara, Halimatou y a vu une opportunité. Elle a réuni ses quinze camarades, membres officiels du club ECO de l’école, avec le soutien de six jeunes U‑Reporters et de deux enseignants, et leur a partagé son idée : transformer la cour en un jardin vivant qui rafraîchirait l’école, les protégerait de la chaleur et redonnerait de la beauté à leur environnement.
Ils ont commencé les mains dans le sable. Ramasser les déchets. Assouplir le sol. Planter les vingt premiers arbustes. Chaque classe se relayait pour en prendre soin, transportant l’eau dans de petits seaux, protégeant les plantes les plus fragiles avec du tissu ou du carton. Peu à peu, l’école a commencé à changer. La chaleur devenait moins étouffante.
L’une des plus grandes réussites d’Halimatou et du club ECO est la création du jardin scolaire. Conçu, entretenu et protégé par les élèves, avec le soutien actif de la direction, il est devenu un espace d’ombre, de collaboration et d’apprentissage. « Ici, on plante, on apprend et on voit nos efforts grandir », explique Arkia, 11 ans.
Mais pour Halimatou, planter des arbres n’était qu’une première étape. En apprenant davantage sur le changement climatique et les risques d’inondation, les souvenirs de la dernière crue sont revenus — la panique, l’incertitude, ce sentiment que les enfants n’étaient pas préparés. Elle voulait faire plus qu'un espace vert : elle voulait semer du savoir pour protéger sa communauté.
Halimatou a alors fait un pas que beaucoup d’adultes n’oseraient pas — elle s’est adressée directement aux autorités de Tombouctou. Pour la première fois de sa vie, elle a plaidé devant des décideurs, y compris ceux chargés des plans de contingence contre les inondations et les risques multiples. « Mon cœur battait très fort », se souvient‑elle. « Je me demandais s’ils écouteraient une enfant. » Ils l’ont fait.
Elle a plaidé pour que les représentants des clubs ECO de Tombouctou, tous élèves du primaire, siègent au comité régional chargé de mettre à jour les plans de contingence contre les inondations et les risques multiples. Les autorités sont désormais engagées à intégrer les membres des clubs ECO dans les processus décisionnels liés à la résilience climatique à Tombouctou.
« En tant que structure étatique qui conduit les plans de contingence au niveau régional, nous reconnaissons la pertinence de ce plaidoyer », affirme M. Danseny Keita, Directeur de la Protection Civile de Tombouctou. « En effet, il permet désormais l’intégration des membres des clubs ECO dans le comité régional chargé de mettre à jour et de diffuser les plans de contingence contre les inondations et les risques multiples de Tombouctou, en tenant compte des réalités des écoles et des élèves. »
Le leadership d’Halimatou rappelle avec force que les enfants ne sont pas seulement touchés par le changement climatique : ils peuvent aussi mener la réponse. Dans les trois écoles pilotes de Tombouctou dotées de clubs ECO, plus de 1 000 élèves sont désormais formés aux premiers secours et aux actions en cas d’inondation, des centaines ont appris à gérer correctement les déchets, et plus de soixante arbustes prospèrent là où la chaleur dominait autrefois.
« Lorsque des enfants comme Halimatou prennent les devants, ils montrent qu’ils ne sont pas seulement affectés par les effets du changement climatique : ils savent y répondre, se mobiliser et inspirer toute une communauté », explique Kadia Foune Adiawakoye, Chargée de l’engagement communautaire des adolescents et des jeunes au bureau UNICEF de Tombouctou.
Le projet « Mon école, ma responsabilité » est mis en œuvre par la Direction Régionale de l’Assainissement et du Contrôle des Pollutions et Nuisances (DRACPN), l’Académie d’Enseignement, la Protection Civile et l’Association Action des Jeunes Femmes de Tombouctou pour la Préservation de l’Environnement (AJFTPE), avec le soutien de l’UNICEF grâce au financement de la République fédérale d’Allemagne (BMZ) dans le cadre du Partenariat pour la Résilience au Sahel.
Le Partenariat pour la résilience au Sahel réunit la GIZ, le PAM et l’UNICEF, aux côtés des autorités locales et des partenaires de mise en œuvre, avec l’appui financier du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement.