D’un centre d’apprentissage temporaire vers une école formelle

Une insertion scolaire soutenue pour les enfants déplacés

Par Fatou Diagne
Amadou Barry, 14 ans, est en train d’écrire dans son cahier UNICEF, Amadou fréquente la classe de 6ème année à l’école fondamentale de Saréma dans la périphérie de la ville de Sévaré. Mais auparavant, il a passé dix mois à l’espace temporaire d'apprentissage mis en place par l’UNICEF pour les enfants déplacés en situation d’abandon scolaire.
UNICEF Mali/2021/Keita
14 mai 2021

Assis à la première rangée de sa classe, Amadou participe activement au cours de français et de grammaire que Monsieur Salifou est en train de donner aux élèves de la sixième année A.

A 14 ans seulement Amadou a vécu des traumatismes qu’aucun enfant ne devrait connaître. « Des hommes armés ont tué mon oncle, le frère de mon papa et nous ont demandé de quitter notre village, » raconte-t-il d’un ton triste habillé d’un regard évasif.

La famille d’Amadou, son papa Oumar et sa maman Aminata ainsi que ses frères et sœurs, ont parcouru plus de 100 km depuis leur village à Bandiagara pour venir dans la ville de Sévaré. Amadou pensait que la situation était temporaire et que très rapidement ils allaient retourner chez eux, mais malheureusement cela fait plus de deux ans maintenant que cette situation dure.

Accueillis pendant quelques mois par des membres de leurs communautés, ils ont ensuite trouvé refuge dans le site de déplacés internes de Socoura. Ils ont ensuite pu s’installer dans un modeste logement à une dizaine de minutes de marche de sa nouvelle école à Sarema. Oumar, le Papa d’Amadou, aujourd’hui agent de sécurité dans une banque de la place, a pu louer un modeste logement de deux chambres afin d’offrir une certaine normalité à sa famille et permettre à ses enfants d’être proches de leur nouvelle école.

Abdoulaye Dolo directeur du premier cycle de l’école de Saréma échange avec Amadou Barry, 14 ans, élève en classe de 6ème année dans son bureau. Mais auparavant, Amadou a passé dix mois à l’espace temporaire d'apprentissage mis en place par l’UNICEF pour les enfants déplacés en situation d’abandon scolaire.
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Au Mali, plus d’un déplacé sur deux est un enfant. La région de Mopti, traverse une crise humanitaire et sécuritaire qui a profondément bouleversé la vie de millions d'enfants comme Amadou. Avec 40% des personnes déplacés internes (PDI) du Mali, la région est celle qui accueille le plus de PDI.

Après 10 mois de cours dans l’Espace d’Apprentissage Temporaire (EAT) de Socoura, pendant l’année scolaire 2018-2019, Amadou est aujourd’hui formellement intégré dans l’école fondamentale de Sarema. Malgré la pandémie de la COVID19 et la fermeture des écoles pendant des mois, Amadou se sent confiant et prêt pour la nouvelle année scolaire 2020-2021. Les enseignants des écoles d’accueil ont bénéficié d’une formation en techniques de cours de remédiation/rattrapage pour faciliter l’insertion scolaire d’enfants comme Amadou mais aussi en appui psychosocial pour leur permettre de prendre en charge les enfants affectés par les conflits. Aujourd’hui, à Mopti, avec l’appui des fonds thématiques, 919 enfants déplacés internes dont 412 filles, ayant transité dans les EAT sont bien insérés dans les écoles publiques.

 « Au début on se demandait si un jour ces enfants vivant dans les sites de déplacés pourraient intégrer un cursus scolaire normal dans une école publique. Mais aujourd’hui nous sommes fiers de voir qu’en plus de quitter définitivement les EAT, certains ont bravement décroché leurs diplômes de fin d’études fondamentales, » a déclaré Dramane Touré, Directeur du second cycle de l’école fondamentale de Sarema.

Les élèves de la classe de 6ème année fondamentale à l’école de Saréma dans la périphérie de la ville de Sévaré montrent leurs cahiers offerts par l’UNICEF. Aujourd’hui grâce à l’appui de l'UNICEF, beaucoup d’enfants déplacés ont regagné le chemin de l’école et ont même bénéficié des kits scolaires offerts par l’UNICEF, ville de Sévaré, région de Mopti, centre du Mali, février 2021.
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Au-delà de leur insertion, l’UNICEF et les ONG partenaires suivent l’évolution scolaire de chacun de ces enfants afin d’éviter tout abandon ou décrochage scolaire, veillant par exemple à ce qu’ils soient dotés de kits scolaires.

« En 2020, à Mopti, plus de 16 000 enfants en âge scolaire ont bénéficié d’un appui pour la continuité de leur apprentissage à travers la mise en place des EAT dans les sites de déplacés, la réintégration dans les écoles publiques des enfants issus de ces EAT, l‘accueil des élèves déplacés par les écoles hôtes ou la diffusion des programmes d’éducation via les radios communautaires et la mise en place de groupes d’écoute, accompagné de distribution de radios solaires, » nous explique Salif Kampo, chargé de l’éducation au bureau UNICEF de Mopti.

« Quand je serais grand, je serais un député et le retour de la paix au Mali sera ma première priorité. »

Amadou, 14 ans
Dans la salle de classe, l’enseignant assiste Amadou Barry, 14 ans, à bien lire. Amadou fréquente la classe de 6ème année à l’école fondamentale de Saréma dans la périphérie de la ville de Sévaré. Mais auparavant, il a passé dix mois à l’espace temporaire d'apprentissage mis en place par l’UNICEF pour les enfants déplacés en situation d’abandon scolaire.
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« Au début, je n’avais pas de très bonnes notes car mon niveau était un peu plus faible que les autres élèves, mais avec l’aide de ma grande sœur et les explications du maitre, je commence à avoir de bonnes notes. Ça prendra un peu de temps, mais je suis certain que je vais y arriver, » nous confie Amadou, fier de voir que son maitre lui a attribué une bonne note en grammaire aujourd’hui.

Amadou ne se pose même pas de question, il est certain que dans 3 ans, il réussira son diplôme de fin d’études fondamentales, le DEF, et sera un jour un grand député. « Quand je serais grand, je serais un député et le retour de la paix au Mali sera ma première priorité, » nous raconte-t-il.

Amadou Barry, 14 ans, dans sa famille avec sa mère Aminata Barry et ses frères et sœurs.
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« Ma sœur ainée est revenue dans notre village, elle habite avec une amie à ma maman et continue son lycée là-bas. Je sais que bientôt nous pourrons tous retourner chez nous, retrouver nos proches, notre école et nos camarades, » conclut Amadou, entouré de sa maman, ses frères et sœurs après une longue journée studieuse, mais avec une plus grande sérénité pour l’avenir.