Onixia, le courage d’une jeune fille face à l’adversité

À 20 ans, malgré la pauvreté, la faim, les humiliations et une grossesse à 19 ans, Onixia a décroché son Baccalauréat. Son parcours est un hymne à la résilience et à l’éducation.

Clémence Andrianaivoson
Onixia est fière d’avoir obtenu son baccalauréat
UNICEF Madagascar/2025/Andrianaivoson
28 novembre 2025

À seulement 20 ans, Razafindrasoa Onixia incarne la détermination et la fierté. En 2025, elle a décroché son baccalauréat, un diplôme qui, pour beaucoup, peut sembler banal. Pour elle, c’est le symbole d’une victoire sur des années de combats silencieux et de sacrifices.

Onixia a grandi à Mahatsinjo, un petit village de Vondrozo, dans le Sud-Est de Madagascar, au sein d’une famille modeste de quatre enfants. Son père, fonctionnaire, et sa mère, femme au foyer, ont toujours placé l’éducation au cœur de leur priorité. Dès ses premières années à l’école privée, Onixia se distingue par ses résultats brillants.

La stabilité familiale se fragilise lorsque son père est affecté loin de la ville. Les difficultés financières s’installent et Onixia rejoint une école publique pour alléger les charges familiales. Elle obtient son Certificat d’Etudes Primaire Elémentaire (CEPE) avec fierté, puis, grâce aux sacrifices de ses parents, poursuit dans le privé pour décrocher son Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC).

Au lycée, les défis s’accumulent : contraintes financières, distractions liées à l’adolescence et premières relations amoureuses affectent ses résultats. Mais elle parvient à entrer en Terminale. Sa vie bascule pendant les vacances de 2023, lorsqu’elle tombe enceinte. Face aux pressions pour interrompre sa grossesse, Onixia refuse. Pour sa santé, son père l’envoie à Farafangana, proche du district de Vondrozo et dotée des structures nécessaires pour un accouchement sécurisé, afin qu’elle puisse poursuivre ses études. Mais aucune école n’accepte une élève enceinte. 

« Je voyais mes rêves se fermer les uns après les autres, mais je me disais : il doit bien exister une porte qui s’ouvrira », témoigne-t-elle.

En janvier 2024, enceinte de quatre mois, elle s’inscrit comme candidate libre. Dans une salle de 400 élèves, elle affronte moqueries et humiliations, tout en gérant la faim et le manque d’argent. Son père ne pouvant lui envoyer que deux dollars par semaine, elle parcourt de longues distances pour étudier. En avril, au septième mois, elle donne naissance à son enfant. Trois mois plus tard, malgré les nuits blanches et les responsabilités liées à son bébé, elle reprend le chemin de l’école, empruntant les cahiers de ses amies pour rattraper son retard. Elle confie son enfant à sa mère à Vondrozo et retourne à Farafangana pour terminer l’année scolaire.

Malgré ses efforts, elle échoue au baccalauréat en 2024. Loin de l’abattre, cet échec renforce sa détermination. Son père lui propose d’arrêter les études pour travailler, mais elle répond : « Non, je veux décrocher mon baccalauréat quoi qu’il arrive. »

Pour l’année scolaire 2024-2025, Onixia se réinscrit au lycée de Vondrozo. Avec courage et discipline, elle suit les cours, révise et passe les examens, motivée par l’avenir de son enfant. En 2025, ses efforts sont récompensés : elle obtient son baccalauréat.

 

Onixia enthousiaste à l’idée de partager son parcours
UNICEF Madagascar/2025/Andrianaivoson Onixia enthousiaste à l’idée de partager son parcours
Légende : Onixia fait son témoignage devant les autorités et les jeunes filles
UNICEF Madagascar/2025/ Andrianaivoson Onixia fait son témoignage devant les autorités et les jeunes filles

Son ambition ne s’arrête pas là. Elle rêve de poursuivre ses études à l’École Normale Supérieure de Fianarantsoa, dans la région de la Haute Matsiatra, pour devenir enseignante. Son parcours est devenu un modèle pour les jeunes filles de sa communauté, montrant que persévérance et courage permettent de transformer les épreuves en force.

À Madagascar, selon l’enquête par grappes à indicateurs multiples MICS6, le quart de la population malagasy est constitué d’adolescents de 10 à 19 ans. 

Dans un pays où 64 % de la population a moins de 25 ans, elles constituent une force démographique essentielle mais restent parmi les plus vulnérables. Selon l'analyse des Multiples Chevauchements de Privations (MODA) 2023, 96 % des filles âgées de 10 à 17 ans vivent dans la pauvreté multidimensionnelle.

Cette vulnérabilité se traduit par des réalités difficiles : mariages précoces, grossesses non désirées, abandon scolaire et charge domestique excessive. Dans la région Atsimo Atsinanana, 59 % des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans, contre seulement 16 % des hommes. 55% des enfants des âges de 5 à 17 ans sont impliqués dans le travail des enfants dans la région Atsimo Atsinanana, au détriment de leur scolarité et de leur développement personnel. Une situation qui compromet fortement leur capacité à construire leur développement.

L’UNICEF appuie le gouvernement, notamment dans la région Atsimo Atsinanana, en soutenant le forum d’autonomisation des filles à Vondrozo pour renforcer leur réussit scolaire, leur autonomie économique et leur participation citoyenne. A travers cet espace, l’UNICEF contribue au développement des compétences de vie, du leadership et de l’entreprenariat, à l’accès à l’information, au mentorat et à l’orientation professionnelle, tout en soutenant la protection contre les violences, la sensibilisation à la santé et à l’hygiène, et l’exposition aux sciences, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques (STEM) afin d’offrir aux adolescentes de réelles perspectives.

Le message d’Onixia est clair : ne jamais laisser les obstacles ou les critiques détourner de ses objectifs. Elle lance également un appel aux parents : encourager leurs enfants à poursuivre leurs études, car l’éducation reste la plus grande richesse. Son parcours prouve qu’avec détermination et soutien, même les situations les plus difficiles peuvent être surmontées.