Le Centre de Formation Professionnelle de Vondrozo, une seconde chance pour les filles déscolarisées

Dans le district de Vondrozo, au sud-est de Madagascar, ce centre offre aux adolescentes déscolarisées une formation agricole moderne, une occupation qui les éloigne des mariages précoces et des violences, et leur ouvre des perspectives d'avenir.

Ny Hasina Ramahenina
Isina, 12 ans, durant un atelier sur le compost. Au CFP de Vondrozo, la pratique répétée prépare les apprenantes à cultiver de manière autonome.
UNICEF/UN0875033/Andriantsoarana
09 juillet 2026

Le matin, à Vondrozo, les cours commencent tôt. Avant que le soleil ne chauffe trop, il faut déjà être dans les champs.

Talysyah a 14 ans. Elle vient d'Antsaresa, un village à trois heures de marche du centre. Isina, 12 ans, parcourt deux heures depuis Ambodimanga, après avoir déjà fait un aller-retour au point d'eau de son village, le seul, à trente minutes de marche. Fitalinah, 19 ans, est venue par le bouche-à-oreille. Une voisine lui a parlé du centre. Elle a suivi.

Elles ne se connaissaient pas avant. Mais depuis le début de l’année, elles apprennent côte à côte.

 

Décrochage scolaire, même point de départ

Ce qu'elles ont en commun, c'est d'avoir quitté l'école trop tôt. Chacune pour des raisons différentes. Elles ne sont pas seules : dans le district de Vondrozo, plus de 5 000 adolescentes sont hors de l'école dont 1 700 d'entre elles n'ont jamais été scolarisées. Ce qu'elles ont en commun aussi, c'est la terre. Elles viennent toutes de familles qui cultivent depuis toujours.

Talysyah a décroché, comme beaucoup dans ces villages reculés de la région Atsimo-Atsinanana. C'est le chef de son village qui l'a orientée vers le CFP. "Je savais déjà cultiver. Mais ici, j'apprends à faire mieux", dit-elle.

Isina a dû arrêter parce que sa famille n'avait plus les moyens. Elle a 12 ans et se retrouve déjà confrontée à cette réalité. Elle sait précisément ce qu'elle veut cultiver : l'anatsonga, le voabotrika (des légumes locaux) et les tomates. Et où elle veut le faire : “ Je veux rester dans mon village. Je veux cultiver et construire quelque chose ici."

Fitalinah a perdu ses deux parents. Elle vit désormais chez sa sœur, son beau-frère et leurs deux enfants. Elle n'a pas attendu d'être sollicitée : elle est venue au centre elle-même, puis est retournée convaincre sa sœur de s'inscrire. Son projet est formulé simplement : "Je veux produire assez pour ma famille, et vendre ce qui reste."

Dans un pays où l'exode rural pousse une grande partie de la jeunesse vers les villes, aucune des trois ne parle de partir.

 

Fitalinah (à gauche), 19 ans, et Isina (à droite), 12 ans, lors d'une séance pratique. Elles sont toutes les deux déterminées à construire un avenir meilleur grâce à la formation.
Fitalinah (à gauche), 19 ans, et Isina (à droite), 12 ans, lors d'une séance pratique. Elles sont toutes les deux déterminées à construire un avenir meilleur grâce à la formation.
Talysyah (au milieu), 14 ans, parcourt jusqu'à trois heures de marche pour rejoindre le CFP. Elle y apprend des techniques agricoles modernes, espérant construire un avenir stable.
Talysyah (au milieu), 14 ans, parcourt jusqu'à trois heures de marche pour rejoindre le CFP. Elle y apprend des techniques agricoles modernes, espérant construire un avenir stable.

Denis, technicien agricole revenu former les siens

Au CFP, Denis est l'un des trois formateurs. Technicien agricole, il aurait pu exercer son métier ailleurs, dans une autre région, pour un autre employeur. Il a choisi de revenir à Vondrozo. Un choix qu'il n'explique pas longuement, parce que pour lui, c'est une évidence. "Mon objectif, c'est d'aider ceux qui ont le plus besoin. Les enfants qui ont quitté l'école, ils ont encore tout à construire. C'est là que je peux être utile." Pour lui, ce qu’il fait est plus qu’un métier. C'est une passion, et une vocation, celle de contribuer au développement de sa région en formant les adolescentes que l'école n'a pas pu garder.

Il enseigne des méthodes agricoles modernes à des jeunes qui connaissent déjà le travail de la terre. Ce qu'il apporte, c'est la précision : comment planter mieux, comment produire plus, comment rentabiliser un lopin familial. Les formations ont lieu tôt le matin pour profiter de la fraîcheur. Le centre prévoit aussi d'élargir son offre à l'élevage, la coupe et couture et la cuisine/restauration. Pour l'instant, l'agriculture reste le cœur du dispositif.

Mais son rôle ne s'arrête pas à la formation. Il fait lui-même la promotion du programme autour de lui, va chercher les familles, explique, convainc. "Je parle du centre à tout le monde. Si on ne multiplie pas les relais, beaucoup passeront à côté." 

Les enfants qui ont quitté l'école, ils ont encore tout à construire. C'est là que je peux être utile.

Denis, formateur agricole au Centre de Formation Professionnelle (CFP) de Vondrozo
Les trois formateurs du CFP de Vondrozo, dont Denis, technicien agricole (tout à gauche). À trois, ils assurent l’encadrement de chaque apprenante, surtout durant la pratique sur le terrain.
Les trois formateurs du CFP de Vondrozo, dont Denis, technicien agricole (tout à gauche). À trois, ils assurent l’encadrement de chaque apprenante, surtout durant la pratique sur le terrain.
Denis, formateur au CFP de Vondrozo, dispense le cours théorique en salle. Les apprenantes passent ensuite à la pratique directement sur les parcelles.
Denis, formateur au CFP de Vondrozo, dispense le cours théorique en salle. Les apprenantes passent ensuite à la pratique directement sur les parcelles.

ELAN, le programme derrière le centre

Le programme qui rend tout cela possible s'appelle ELAN Empowerment, Leadership, Autonomie et Nouvelles opportunités pour Madagascar. Financé depuis avril 2026 par le Comité français de l'UNICEF, il succède au projet Set Aside et s'étend sur trois ans dans le district de Vondrozo, en région Atsimo-Atsinanana. Destiné aux adolescentes sorties du système scolaire, le programme combine formations pratiques, initiation à l'entrepreneuriat et accompagnement en compétences de vie, pour les protéger des violences basées sur le genre et des mariages précoces.

Sur le terrain, le dispositif repose largement sur des relais locaux, chefs fokontany (chefs de village), voisins, familles, qui orientent les jeunes vers le centre. C'est ainsi que Talysyah, Isina et Fitalinah sont arrivées là. Et chaque matin, malgré les heures de marche, elles reviennent. Leur parcours reflète une réalité nationale selon les données du MICS 7 (2025): à Madagascar, seulement 23 % des filles achèvent le premier cycle du secondaire, et 12 % le second. Derrière ces chiffres, le mariage précoce, il est la première cause d'abandon scolaire pour 71 % des filles dans le pays.