Des communautés placent l’éducation des filles au cœur de leurs priorité

Dans le sud-est de Madagascar, des adolescentes retrouvent progressivement le chemin de l’école et la possibilité de poursuivre leurs études.

Abela Ralaivita
Razanatiana Florine, l’une des trois mères leaders du groupe, explique aux participantes les bonnes pratiques en matière d’allaitement maternel.
UNICEF/UN0875073/Andriantsoarana
02 juillet 2026

C’est un jour ordinaire au collège d’enseignement général d’Antananabo. Dans la cour, les élèves se rassemblent en attendant que le directeur sonne la cloche. Parmi les filles présentes, Nodette, 16 ans. L’adolescente est très timide et parle peu. Elle est en classe de troisième, la dernière année du collège. En 2025, elle avait dû interrompre sa scolarité, ses parents ne pouvant plus payer les frais scolaires. Le collège compte 15 enseignants, dont 12 enseignants communautaires rémunérés par les parents d’élèves.

En début d’année scolaire, Nodette a pu reprendre le chemin de l’école grâce aux efforts de sensibilisation des filles qui ont convaincu ses parents de soutenir sa réintégration. En effet, pour encourager la scolarisation des filles, le directeur de l’école et les membres du comité de gestion scolaire (FEFFI) mènent des activités de sensibilisation ainsi que des visites à domicile.

Dans une société où l’éducation des adolescentes a été longtemps négligée, ces actions favorisent leur retour à l’école et témoignent d’un fort engagement communautaire. Elles s’inscrivent dans le cadre du programme Let Us Learn, appuyé par l’UNICEF. 

Je me sentais triste de voir mes camarades poursuivre les cours. Aujourd’hui, je suis revenue à l’école et déterminée à obtenir mon Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC) cette année.

Nodette

Fille d’agriculteurs, Nodette vient d’une famille de sept enfants, dont deux filles. Sa famille vit dans un autre village situé à huit kilomètres du collège. Malgré cette longue distance à parcourir quotidiennement, elle aime l’école. Elle apprécie particulièrement les sciences de la vie et de la Terre et souhaite devenir sage-femme.

Nodette (16 ans) et Onaste (18 ans) sur le chemin de l’école.
UNICEF/UN0875062/Andriantsoarana Nodette (16 ans) et Onaste (18 ans) sur le chemin de l’école.
Onaste (deuxième à partir de la gauche), 18 ans, écoute le professeur en classe pendant le cours.
UNICEF/UN0875051/Andriantsoarana Onaste (deuxième à partir de la gauche), 18 ans, écoute le professeur en classe pendant le cours.

À Madagascar, seulement une fille sur cinq achève le premier cycle du secondaire.

Le cas de Nodette n’est pas isolé. Le collège compte 334 élèves, dont seulement un tiers de l’effectif est constitué de filles. Onaste, 18 ans, fait partie de celles qui se sont retrouvées dans la même situation que Nodette.  « Quand je n’étais plus à l’école, j’aidais mes parents dans les tâches de tous les jours. C’est souvent nous les filles qui arrêtons l’école plus facilement que les garçons quand nos parents n’ont pas les moyens », confie-t-elle.

Le programme Let Us Learn (LUL) est mis en œuvre depuis 15 ans pour répondre à cette situation. Il vise à améliorer l’accès et le maintien des enfants à l’école, en particulier des filles, dans l’enseignement secondaire. Il entre aujourd’hui dans sa cinquième phase. Selon le directeur, Heriniaina Emmanuel, le taux de réussite au BEPC était de 81% l'année dernière. 

Portrait de Nodette, 16 ans, avec sa mère Zafimamy Marie Liane.
UNICEF/UN0875068/Andriantsoarana Portrait de Nodette, 16 ans, avec sa mère Zafimamy Marie Liane.

15 ans au service de l’éducation des filles 

Let Us Learn met l’accent sur une éducation plus inclusive et de meilleure qualité, à travers l’amélioration des environnements scolaires, le renforcement des compétences des enseignants, la promotion des apprentissages numériques et des compétences de vie, ainsi que le renforcement de la gouvernance et de la coordination.

Aujourd’hui, le programme a permis à des filles comme Nodette et Onaste de poursuivre leur rêve et de reprendre le chemin de l’école, avec plus de confiance et de détermination pour leur avenir.

L’UNICEF soutient cette initiative à travers des interventions complémentaires dans les domaines de l’éducation, de la protection de l’enfance, de la protection sociale et du changement social et comportemental. Une caractéristique clé de cette cinquième phase est son approche multisectorielle, qui permet à chaque adolescente de développer pleinement son potentiel et de poursuivre sa scolarité dans un environnement favorable. Le programme Let Us Learn est rendu possible grâce au soutien financier continu de la Fondation Findel à travers le Comité allemand pour l’UNICEF.

Le financement de la cinquième phase a également permis à l’UNICEF de mobiliser un appui additionnel du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), afin d’accompagner le ministère de l’Éducation nationale dans la formation des enseignants non qualifiés du collège et leur intégration progressive dans le système éducatif. Cette qualification, qui améliore leurs perspectives de recrutement par le MEN dans le cadre du Programme intégré pour la transformation des apprentissages fondamentaux (PITAF), financé par ce donateur et mis en œuvre de 2025 à 2029, contribuera à réduire la dépendance aux contributions parentales et à alléger la charge financière des ménages les plus vulnérables.

Rakotomboniaina Honoré Yvon, professeur de mathématiques, écrit la leçon au tableau pendant que les élèves la recopient.
UNICEF/UN0875058/Andriantsoarana Rakotomboniaina Honoré Yvon, professeur de mathématiques, écrit la leçon au tableau pendant que les élèves la recopient.
Les élèves jouent dans la cour de l’école pendant la récréation.
UNICEF/UN0875054/Andriantsoarana Les élèves jouent dans la cour de l’école pendant la récréation.