Cyclone Jude : les traumatismes persistent.

Près d’un mois après le passage de la tempête tropicale Jude dans le sud de Madagascar, les séquelles sont encore visibles dans la vie quotidienne des populations, notamment celle des enfants qui témoignent.

Abela Ralaivita
Un bâtiment du collège d’enseignement général décoiffé.
UNICEF/2025/Ralaivita
04 mai 2025

Ce matin, le calme règne dans la cour du collège d’enseignement général de Lanirano, à Fort-Dauphin. Les élèves viennent de terminer leurs examens du deuxième trimestre et s’apprêtent à profiter de deux semaines de vacances. Sur leurs visages, la fatigue se lit clairement malgré la joie de retrouver un peu de répit. Au centre de l’établissement, un bâtiment de trois salles de classe attire l’attention : les planches en bois sont usées, la toiture presque entièrement arrachée. Les traces laissées par la tempête tropicale Jude sont encore bien présentes et sont frappantes par leur ampleur. 

Edvin, 13 ans, se souvient encore du passage de la tempête. « C’était pendant la nuit. Le vent était si fort que j’ai été effrayé. J’ai mis toutes mes fournitures dans un sac en plastique pour que l’eau ne les abîme pas », raconte-t-il. Le lendemain, ils ont vu que leur maison avait subi beaucoup de dégâts.

Christianah, 11 ans, est dans la même classe qu’Edvin. Selon elle, les impacts laissés par la tempête perturbent ses études.  « Comme la salle de classe n’a plus de toit, on ne peut pas bien apprendre. Quand il pleut, on doit arrêter les cours. Lorsqu’i fait beau, le soleil tape fort sur notre peau à partir de 10 heures. Les professeurs doivent aussi arrêter les leçons. », raconte-t-elle.

La tempête tropicale Jude a fait plus de 26 000 sinistrés et plus de 130 000 élèves privés de cours à Madagascar, touchant principalement les régions du Grand Sud. Pourtant, ces régions sont déjà fragilisées par une sécheresse chronique, aggravée cette année par deux tempêtes tropicales successives. Dans ce collège de 140 élèves, les cours ont pu reprendre quelques jours après le passage de Jude. Ce n’a pas été le cas pour le collège d’Ankirikiriky, dans le district d’Amboasary, où les salles de classe ont été complètement détruites, forçant une interruption de trois semaines. L’enseignement n’a pu reprendre qu’après l’installation d’une tente fournie par l’UNICEF, servant de salle de classe temporaire.

Portrait d’Edvin avec Christianah en fond, dans la salle de classe dépourvue de toiture.
UNICEF/UNI779659/Ralaivita Portrait d’Edvin avec Christianah en fond, dans la salle de classe dépourvue de toiture.
Une tente fournie par l’UNICEF, utilisée comme salle de classe provisoire.
UNICEF/UNI779467/Ralaivita Une tente fournie par l’UNICEF, utilisée comme salle de classe provisoire.

Importance du soutien psychosocial

Dans la même zone que le collège, vit Tahiana, une enseignante bénévole auprès d’une association locale. Tahiana est mère célibataire de 23 ans qui élève son fils de sept ans polyhandicapé avec l’aide de ses parents. Le souvenir de la tempête est encore vif. « Pendant que je tenais la tôle de la maison qui s’envolait, mon garçon et ma sœur étaient cachés sous la table. Ils sont encore traumatisés aujourd’hui », raconte-t-elle, visiblement émue. « En plus de tout ça, nous avons dû refaire tous nos papiers administratifs, comme les actes de naissance, car ils ont été abîmés par l’eau qui est entrée dans la maison », ajoute-t-elle.

Grâce à l’appui des intervenants sociaux mobilisés sur le terrain, la famille a pu bénéficier d’un accompagnement psychosocial. « Ils ont apporté bien plus que des mots : ils ont été à l’écoute, une présence rassurante, un soutien vers la résilience », confie Tahiana, les yeux emplis d’émotion. Les familles comme celle de Tahiana ont été profondément affectées par le passage de la tempête tropicale Jude et le traumatisme est encore bien présent. Aujourd’hui, leur maison n’est toujours reconstruite qu’à moitié, et les revenus restent très précaires. Mais malgré les difficultés, la famille garde espoir et se bat chaque jour pour retrouver une vie digne.

Près d’un mois après cette catastrophe naturelle, rendue plus fréquente et intense par les effets du changement climatique, l’UNICEF et ses partenaires poursuivent leurs efforts pour répondre à la situation d’urgence. Des interventions sont en cours dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la

nutrition, de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, ainsi que de la protection de l’enfant.

Des élèves du collège d’enseignement général d’Ankirikiry
UNICEF/UNI779658/Ralaivita Des élèves du collège d’enseignement général d’Ankirikiry, dans le district d’Amboasary, suivent leurs cours dans une tente fournie par l’UNICEF, utilisée comme salle de classe provisoire.

« C’est la première fois que je vivais quelque chose d’aussi terrifiant. Nous étions seuls à la maison, ma mère n’avait pas pu rentrer, elle était bloquée en ville. » - Christianah, 11 ans

Portrait de Christianah, 11 ans, pris dans sa salle de classe dépourvue de toiture.
UNICEF/UNI779466/Ralaivita Portrait de Christianah, 11 ans, pris dans sa salle de classe dépourvue de toiture.

« J’ai tout le temps peur pendant les cours. Dès qu’il y a un peu de vent et que les tôles restantes commencent à grincer, j’ai peur qu’elles me tombent dessus. » – Edvin, 13 ans

Portrait d'Edvin, 13 ans, dans sa salle de classe.
UNICEF/UNI779464/Ralaivita Portrait d'Edvin, 13 ans, dans sa salle de classe.

« Avant la tempête, notre famille vivait déjà avec peu, mais aujourd’hui, je pense que nous touchons le fond. » – Tahiana.

Tahiana fond en larmes en racontant ce qu’elle a vécu
UNICEF/2025/Ralaivita Tahiana fond en larmes en racontant ce qu’elle a vécu pendant et après le passage de la tempête tropicale.

Note : L'UNICEF soutient le Bureau National de Gestion des Risques et des Catastrophes (BNGRC) ainsi que d'autres partenaires dans les préparatifs aux urgences cycloniques, mais intervient également dans les secteurs de l'éducation, de la santé, de la nutrition, de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, ainsi que dans la protection de l'enfant et la protection sociale.

Les interventions de l’UNICEF en réponse au cyclone Jude ont été financièrement soutenues par les comités nationaux pour l’UNICEF (Allemagne, Irlande, France, Luxembourg et Royaume Uni), à travers les financements flexibles notamment le mécanisme Today Tomorrow Initiative (TTI).