"J’ai failli perdre ma fille à cause du choléra" : une mère transforme sa douleur en action

Face au choléra et à l'absence d'infrastructures sanitaires, une mère de Grand-Goâve a initié un mouvement communautaire qui a transformé son quartier et a sauvé des vies.

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Gallardo Honoré
05 septembre 2025

Grand-Goâve, Haïti - Lorsque sa fille de 11 ans, Noel-Dina, a été frappée par une poussée de fièvre et des douleurs abdominales insoutenables, Oriata n’a pas réfléchi une seconde. Elle a pris son enfant dans ses bras et, sans moyen de transport, a parcouru les chemins jusqu’à l’hôpital le plus proche. « Elle ne pouvait plus marcher car elle était très faible. J’ai donc dû la portée sur mon dos. J’étais tellement effrayée et j’ai cru la perdre, » confie Oriata, les yeux embués. 

Ce jour-là, Noel-Dina a été diagnostiquée avec le choléra. Comme beaucoup d’enfants dans leur quartier rural de Grand-Goâve, elle vivait sans accès à des infrastructures sanitaires de base. « On faisait nos besoins dehors, par terre. C’est comme ça que la maladie est arrivée chez nous, » explique la fillette.

Une urgence qui fait naître une prise de conscience 

Noel-Dina a survécu grâce aux soins prodigués à temps. Mais cette expérience douloureuse a été un tournant. Grâce aux campagnes de sensibilisation menées dans leur zone, Oriata a appris que le manque de latrines était l’un des principaux vecteurs de la propagation du choléra et d’autres maladies hydriques. 

Sans attendre d’aide extérieure, elle a commencé à creuser une fosse dans sa cour. « Je n’avais pas beaucoup de moyens, mais je savais que je devais faire quelque chose, pas seulement pour ma fille, mais pour tous les enfants du quartier, » raconte-t-elle.

A group of people talking together
UNICEF/2025/Joseph Oriata participe dans la mobilisation communautaire contre le choléra.

Une mobilisation communautaire inspirée par le vécu 

Mais Oriata ne s’est pas arrêtée là. Après avoir vu sa fille reprendre peu à peu des forces, elle s’est engagée dans les actions de sensibilisation mises en œuvre dans sa communauté. Elle a raconté son histoire, maison par maison, pour inciter d’autres familles à prendre les devants. Son engagement a déclenché une vague de solidarité. 

« Quand quelqu’un commençait à creuser une fosse et ne pouvait pas continuer, on se rassemblait pour l’aider. On a fait ça maison après maison et c’est devenu un mouvement, » se souvient-elle. 

Ce soutien mutuel a transformé leur quartier.: les latrines sont devenues la norme et les gestes d’hygiène comme se laver les mains systématiquement ont été adoptés par tous. « Aujourd’hui, quand tu passes ici, tu ne sens plus de mauvaise odeur car plus personne ne fait ses besoins dehors :on s’est éduqué collectivement, » dit-elle, fière. 

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UNICEF Haiti À Grand-Goâve, Haïti, une mère transforme sa douleur en action

Une fille survivante pleine de rêves 

Assise sur son lit, les cahiers de mathématiques ouverts devant elle, Noel-Dina sourit timidement. Elle rêve de devenir infirmière. « Je veux soigner les gens de mon quartier, leur donner du sérum, comme on m’en a donné, » dit-elle. Chaque jour, elle aide sa mère à la maison et se lave soigneusement les mains après être allée aux toilettes des gestes devenus automatiques. 

« Avant, je devais aller dehors. Maintenant, on a une latrine à la maison et je suis contente que ma maman l’ait construite. Elle a fait ça pour moi, et pour tout le monde, » confie-t-elle

A young girl smiling
UNICEF/2025/Joseph Noel-Dina en train de sourire.

Un impact durable grâce au soutien de la BID 

L’histoire d’Oriata et Noel-Dina reflète celle de nombreuses familles dans les zones rurales d’Haïti. Grâce à un programme financé par la Banque interaméricaine de développement (BID), mis en œuvre par la DINEPA, l’UNICEF et son partenaire local, la Fondation Voix des Communautés de Base (FVCB), près de 3 000 ménages bénéficient désormais de latrines sûres et hygiéniques. 

Mais les changements ne s’arrêtent pas là. Des sessions de sensibilisation ont été organisées dans les écoles et les structures de santé et 30 clubs d’hygiène ont été créés ;  22 en milieu scolaire et 8 dans les centres de santé, pour encourager les bonnes pratiques chez les enfants, les enseignants et le personnel médical. 

« Avant, il y avait des bactéries partout, et les enfants tombaient souvent malades. Maintenant, même quand un enfant a une fièvre, ce n’est plus à cause de la saleté. Ils se portent mieux, et ils sont heureux, » raconte Oriata.

A young girl washing her hands while smiling
UNICEF/2025/Joseph Noel-Dina se lave les mains après avoir utilisé les latrines que ses parents ont eu même construit.

Le succès de Grand-Goâve ne passe pas inaperçu, mais au contraire il a inspiré les quartiers voisins qui ont observé la propreté, moins de maladies et plus d’unité dans le voisinage.

« Ils viennent nous voir et nous demandent de l’aide pour faire pareil chez eux. On leur montre comment s’y prendre. C’est une grande fierté pour moi, » dit Oriata, avec un sourire discret.

Dans une région longtemps privée de services essentiels, cette initiative soutenue par la BID et l’UNICEF témoigne de la force de l’engagement communautaire. Des gestes simples, portés par des personnes ordinaires comme Oriata, ont permis de transformer durablement des vies.