Accès à l’eau sous la menace de la violence en Haïti
Quand des chauffeurs de camions bravent le danger pour livrer de l’eau dans les sites de déplacement
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Port-au-Prince, Haïti — Alors qu’Haïti continue d’être secouée par la violence, chaque journée de travail est un pari pour Mackenson, chauffeur de camion à Port-au-Prince. À chaque fois qu’il monte dans son camion pour aller chercher de l’eau, il se prépare à affronter l’inconnu.
« Je ne sais pas si je vais croiser des groupes armés, si je vais être kidnappé ou tué. Chaque jour est un jour de sursis », confie-t-il. Plus de 85 % de la ville où il travaille est aujourd’hui sous le contrôle de groupes armés.
En Haïti, plus d’un million de personnes ont été déplacées par la violence et vivent dans des conditions précaires, sans accès à l’eau potable, aux soins de santé ou à une alimentation suffisante. Dans ce contexte, l’eau, une ressource vitale, est devenue un luxe pour de nombreuses familles. C’est ce qui rend le rôle de Mackenson si crucial.
Livrer de l’eau dans un environnement hostile
Mackenson passe ses journées en territoire dangereux, affrontant barrages, extorsions, et parfois même la confiscation de son camion. « Souvent, on tombe sur des barrages. Parfois, ils prennent mon camion. Je dois payer, et après un moment, ils me le rendent. »
Son travail va bien au-delà de la simple livraison : c’est un combat quotidien contre l’insécurité pour garantir l’accès à l’eau à ceux qui en ont le plus besoin.
Ces conditions entraînent souvent de sérieux retards dans la distribution, avec des conséquences directes pour les familles vivant sur les sites de déplacement. Le manque d’eau crée du stress, de la frustration et de l’angoisse.
« Quand on n’a pas d’eau, on est tous inquiets », témoigne Francisca, mère de quatre enfants installés sur un site de déplacement à Port-au-Prince.
« Les enfants doivent être propres pour aller à l’école. Je devais marcher jusqu’au Champ-de-Mars, à 30 minutes à pied de chez moi, pour chercher de l’eau, et parfois je n’en trouve même pas. »
L’eau, une source d’espoir pour les familles
Malgré les obstacles, Mackenson fait de son mieux pour assurer ses livraisons, même si des retards ou des absences peuvent survenir. Pour lui, la véritable récompense se lit dans le soulagement sur les visages des résidents : « Je ne vois plus seulement l’argent que je gagne, mais le service que je rends. Je le fais avec tout mon cœur. »
L’eau est essentielle, surtout dans les sites de déplacement où les risques sanitaires sont élevés.
« L’eau qu’on utilisait avant n’était pas bonne », explique Fanfan, un résident d’un site à Port-au-Prince. « Elle nous donnait des démangeaisons chaque jour. Il y a une jeune fille dans la chambre où je vis qui a attrapé une infection. »
Sans eau propre, le risque d’infections, de maladies de peau ou d’épidémies de choléra est constant.
Face à cette crise, l’UNICEF et ses partenaires distribuent des kits d’hygiène aux familles vulnérables déplacées par la violence. Des camions continuent de livrer de l’eau sur les sites, et des séances de sensibilisation au traitement de l’eau et aux bonnes pratiques d’’hygiène sont régulièrement organisées.
À plus long terme, la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA), avec l’appui de l’UNICEF, installe des kiosques d’eau dans les communautés affectées, afin d’offrir une source durable et fiable d’eau potable.
Malgré l’insécurité et les dangers constants, Mackenson reste engagé.
« Je fais tout ça pour les gens. Je sais qu’ils ont besoin de cette eau, et je suis fier de pouvoir les aider. »
Le courage de Mackenson et des autres chauffeurs, qui risquent leur vie chaque jour pour livrer de l’eau est un véritable acte essentiel de solidarité, pour préserver la santé, le bien-être et l’espoir de milliers de personnes déplacées.
Ce programme d’approvisionnement en eau, qui sauve des vies, ne serait pas possible sans le soutien financier de la Banque mondiale, de la Banque interaméricaine de développement (BID), de la République de Corée, du peuple japonais, et de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida).