Démarrez vos tablettes !
L'UNICEF accompagne le ministère de l’Education guinéenne dans le déploiement de la plateforme Learning Passport pour améliorer l'enseignement, les apprentissages et les acquis scolaires.
En janvier 2023, deux écoles primaires de Conakry, en Guinée, ont réinventé leur manière d’enseigner à travers la technologie. Depuis leurs salles de classe, les élèves ont désormais accès à une variété de ressources pédagogiques grâce au Learning Passport (LP), une plateforme d'apprentissage numérique innovante actuellement déployée dans 36 pays à travers le monde, y compris dans des contextes de développement et humanitaires.
Dans le cadre de la planification d'initiatives d'apprentissage numérique dans des environnements à ressources limitées comme la Guinée, une grande partie des efforts est souvent consacrée à résoudre des problèmes technologiques majeurs. Cela comprend l'achat en grande quantité de dispositifs, l'installation de connexions Internet dans les écoles et la réparation des installations électriques.
Absorbés par ces préoccupations, les responsables de programme et les fonctionnaires gouvernementaux accordent parfois moins d'attention à d’autres facteurs comme l’accompagnement des écoles dans la gestion des changements liés à l'introduction de la technologie en classe, qui sont néanmoins tout aussi cruciaux que la technologie elle-même.
En effet, l'utilisation de la technologie en classe dépasse largement la simple action d'appuyer sur un bouton et d'attendre que les élèves assimilent les connaissances. Au contraire, pour exploiter pleinement le potentiel de l'apprentissage numérique en vue du développement des compétences fondamentales et numériques, les écoles doivent apporter des ajustements significatifs à leur fonctionnement quotidien. Cependant, il est courant de sous-estimer le temps et les ressources nécessaires pour effectuer ces ajustements.
En Guinée, nos deux salles de classe démontrent des mesures fondamentales nécessaires pour mettre en œuvre efficacement l'apprentissage numérique au service des élèves, au-delà de la simple installation de la technologie.
La technologie : à la fois un obstacle et une solution pour l'éducation en Guinée
Le Plan national d'éducation guinéen pour la période 2020-2029 reconnaît l'apprentissage numérique comme un levier essentiel pour faire progresser la qualité de l'éducation dans le pays. Selon une étude récente, 55 % des enfants guinéens qui complètent le primaire n'atteignent pas un niveau minimal de compétence en lecture, un pourcentage qui s’élève à 68 % pour les mathématiques.
Pour remédier à cette crise de l'apprentissage, le LP donne accès à des cours de littératie et de numératie spécialement conçus pour les élèves de CE1 et CE2. Il s’agit de ressources qui ont été validées par l'Institut National de Recherche et d'Action Pédagogique (INRAP), l'organe national d'accréditation désigné, qui a assuré une pleine conformité des cours avec le programme scolaire guinéen.
« L'efficacité d'un système éducatif dépend de la qualité des intrants pédagogiques tels que l'utilisation d'innovations pédagogiques centrées sur l'apprenant, » a commenté Guillaume Hawing, Ministre de l'éducation, qui a inclus le LP parmi les "projets prioritaires" de son département. « Avec le soutien de l'UNICEF, le Gouvernement guinéen s'est engagé fermement à améliorer l'enseignement et à développer des outils d'apprentissage grâce au LP -- a ajouté Félix Ackebo, Représentant de l'UNICEF en Guinée -- Cette plateforme, qui permet aux élèves et aux enseignants d'améliorer leurs compétences, est une véritable opportunité pour contribuer à garantir que chaque enfant ait accès à une éducation de qualité ».
Dans un pays où seulement 22 % de la population dispose d’Internet, le LP permet un accès hors ligne à des ressources éducatives, qui sont préalablement téléchargées sur des tablettes fournies par l'UNICEF. Cependant, simplement fournir la technologie ne suffit pas.
Quels enseignements pouvons-nous tirer de l'expérience de l'utilisation de la technologie pour l'apprentissage dans ces deux salles de classe ?
Dans cette première salle de classe (Photo A), les tablettes sont à peine visibles parmi les élèves qui participent activement sous le regard de leur enseignant. L'engagement des élèves lors de l'utilisation du LP n'a jamais été un problème, mais le ratio de six élèves pour une tablette en était clairement un.
Dans la deuxième salle de classe (Photo B), il n'y a que deux, parfois trois élèves par tablette. Fait remarquable, les deux écoles ont reçu le même nombre de tablettes (35), avaient des effectifs de classe similaires (56 contre 51), un nombre égal d'enseignants formés au LP, des infrastructures comparables et un engagement similaire des directrices d'école.
Qu'est-ce qui explique cette différence ? Le suivi régulier et l'observation des classes nous fournissent quelques indications.
Leçon apprise : optimiser l’emploi du temps
L'emploi du temps des cours utilisant le LP explique partiellement cette disparité entre les deux écoles. Dans la première école, la programmation prévoyait que deux classes utilisent les tablettes simultanément. Cela signifie que le stock devait être divisé entre deux classes, ce qui entraînait un ratio moins favorable d'élèves par tablette. Derrière cette stratégie, il y avait la volonté de la directrice de l'école d'élargir le nombre de classes et d'enfants utilisant le LP dans la semaine.
Les défis opérationnels limitent une pleine utilisation des tablettes
Les enseignants et les directeurs d'école ont insisté : « Nous avons besoin de plus d'appareils », faisant écho à la tendance des acteurs à se concentrer principalement sur la technologie. Mais fournir plus de tablettes aurait-il pu résoudre le problème ? Les données recueillies sur le terrain suggéraient le contraire. Nous avons en effet observé une utilisation moyenne de 24 tablettes en classe, même dans l'école qui répartissait toutes ses 35 tablettes à une seule classe à la fois. Cela signifiait que plus de 30 % des tablettes disponibles restaient inutilisées.
Les retours des enseignants et le suivi dans les deux écoles ont mis en évidence que cette sous-utilisation était principalement due à des défis opérationnels, notamment liés à la charge et au transfert des tablettes vers et depuis la station de charge. Les enseignants ont effectivement signalé des difficultés à démarrer et à terminer les leçons à temps lorsqu'ils incorporaient la technologie – un point d’attention alarmant si la technologie réduit le temps que les élèves passent à apprendre. Charger et transférer les appareils efficacement nécessite du personnel dédié au sein de l'école, car les enseignants n'ont pas la capacité d'assumer ces tâches supplémentaires. Finalement, l'objectif de l'apprentissage numérique est de simplifier la tâche des enseignants, et non pas de leur imposer des charges supplémentaires.
Bien que certaines écoles aient comblé ce manque de personnel grâce à des volontaires communautaires, le recrutement d'un responsable des opérations devrait devenir une partie intégrante des programmes d'apprentissage numérique. En plus d'aider à la gestion des appareils, les responsables des opérations pourraient également assister les enseignants à résoudre les problèmes techniques pendant les cours, ce qui leur permettrait de se concentrer sur le plan de leçon plutôt que sur la résolution des problèmes techniques. En revanche, si l'on ne prend pas en compte la gestion adéquate de la technologie, les appareils resteront inutilisés.
Intégrer la technologie, pas seulement l'acquérir
Dans des contextes à ressources limitées, les obstacles liés à la technologie peuvent certainement entraver la capacité des écoles à mettre en place l'apprentissage numérique. Certes, les écoles ont donc besoin de soutien pour acquérir suffisamment d'appareils pour leurs élèves. Mais fournir des appareils sans prévoir un système de gestion robuste risque d’entraîner leur sous-utilisation et d'autres inefficacités, par exemple, un nombre excessif d'élèves par tablette, ce qui limite les opportunités d'apprentissage pour les élèves. La réalisation en continu d’activités de recherches dans les écoles a permis aux partenaires de mise en œuvre de détecter ces défis et d’aider les écoles à les corriger en cours de route.
Le cas de ces deux écoles nous rappelle que simplement fournir des technologies ne garantit pas le succès. L'intégration de la technologie au sein d'un système de planification bien réfléchi et avec un soutien opérationnel adéquat est essentielle pour concrétiser les promesses de l'apprentissage numérique en Guinée et ailleurs.
English version: A Tale of Two Classrooms (and Seventy Tablets)