« Je n'avais pas mon mot à dire »

À Dubréka, des femmes reprennent le pouvoir de décision sur la santé de leurs enfants

UNICEF Guinée
Portrait de M'mahawa
UNICEF Guinea / Aly Condé
30 janvier 2026

Sur la terrasse ombragée de sa maison pour se protéger de la chaleur étouffante, M'mahawa Camara est assise, sa petite fille Adama, huit mois, installée sur ses genoux. Face à elle, Mohamed Sylla, parrain communautaire, entame une discussion qui, il y a encore peu de temps, aurait été impensable.

À Tondon, l'une des sous-préfectures de Dubréka, la vaccination des enfants ne dépend pas seulement de la disponibilité des services de santé. Dans de nombreux foyers, les décisions de santé sont prises exclusivement par les hommes, laissant peu de place aux mères pour agir seules. Pour M'mahawa, le principal obstacle n'était donc pas la distance ou l'accès aux soins, mais le refus de son mari.

« Au début, mon mari ne voulait pas que nos enfants soient vaccinés, et je n'osais pas prendre cette décision seule », confie-t-elle. « Je n'avais pas mon mot à dire. »

Portrait photo  sensibilisation communautaire
UNICEF Guinea / Aly Condé
Portrait photo  sensibilisation communautaire
UNICEF Guinea / Aly Condé

Avec le soutien du Gouvernement du Canada, à travers l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (GPEI), L’UNICEF et ses partenaires ont lancé à Dubréka une initiative visant à lever les barrières culturelles et sociales qui freinent l’accès à la vaccination pour les enfants, en particulier les filles. Au cœur de cette approche : renforcer le pouvoir de décision des mères et engager les hommes comme alliés pour la santé de leurs enfants.

Sur le terrain, les marraines communautaires comme Fanta sont au cœur de ce changement. « Quand j'arrive chez un homme qui refuse la vaccination, je commence toujours par le saluer avec respect », explique-t-elle. « S'il est en train de manger, je m'assois et je partage son repas pour lui montrer que nous sommes ensemble. Ce n'est qu'après avoir créé ce lien que je lui demande : "Quel est le problème ? Pourquoi refusez-vous de faire vacciner vos enfants ?" »

Ce type de dialogue porte ses fruits. Le mari de M'mahawa a changé d'avis. Aujourd'hui convaincu, il soutient activement les décisions de santé de sa femme pour leurs enfants.

« Il m'autorise désormais à emmener les enfants se faire vacciner, qu'il soit présent ou non », se réjouit-elle. « Mes enfants se portent à merveille. »

M'mahawa n'est pas seule. À travers toute la préfecture de Dubréka, le projet a contribué à transformer des dynamiques familiales longtemps figées, avec un impact particulier sur l'accès à la vaccination des filles, souvent les premières oubliées.

Portrait de la marraine qui sensibilise
UNICEF Guinea / Aly Condé
Portrait de la marraine qui sensibilise
UNICEF Guinea / Aly Condé

Dans plusieurs localités, des hommes accompagnent désormais eux-mêmes les mères jusqu'aux centres de santé, parfois à moto, pour s'assurer que leurs enfants soient protégés. Un changement que constate Alseny Camara, agent de la Direction préfectorale de la santé, au quotidien :

« L'approche "parrains et marraines" a renforcé l'engagement communautaire à Dubréka. Les centres de santé sont davantage fréquentés et les parents comprennent que la vaccination est le seul rempart contre l'infirmité. »

Aux côtés des marraines, les parrains jouent un rôle tout aussi décisif. Kandé Sory, l'un d'eux, va de concession en concession pour convaincre les familles réticentes. Son message est direct :

« Si un enfant est atteint de la polio, il risque de rester infirme à vie. C'est l'avenir de toute notre communauté qui est en jeu. »

Rassemblement des parrains formés dans le cadre de l’initiative « Atteindre chaque enfant : stratégie de lutte contre la poliomyélite tenant compte des spécificités de genre à Dubréka »
UNICEF Guinea / Aly Condé
Rassemblement des marraines formées dans le cadre de l’initiative « Atteindre chaque enfant : stratégie de lutte contre la poliomyélite tenant compte des spécificités de genre à Dubréka »
UNICEF Guinea / Aly Condé

Ensemble, parrains et marraines forment un réseau de 100 acteurs communautaires déployés dans 11 centres de santé et 40 postes de santé à travers la préfecture de Dubréka. Reconnus et influents dans leurs localités, ils mènent des visites à domicile, animent des discussions communautaires et travaillent directement avec les agents de santé pour identifier et lever les barrières sociales, culturelles et liées au genre qui éloignent les familles de la vaccination.

Ce travail de terrain s'inscrit dans une dynamique plus large. Le projet appuie la stratégie nationale genre et vaccination portée par le Ministère de la Santé et de l'Hygiène Publique, et contribue au développement d'outils de communication adaptés aux réalités locales.

Embedded video follows
©UNICEF GUINEA/R.Losseni

Au-delà des gouttes de vaccin administrées, c'est une véritable culture de la protection, de l'écoute et de l'équité qui s'installe durablement à Dubréka. Fanta, elle, s'apprête déjà à rejoindre une autre concession. Son message aux parents reste inchangé :

« Acceptez la vaccination. C'est le seul moyen pour que nos enfants grandissent forts, marchent normalement et s'épanouissent. »

À Dubréka, chaque visite à domicile, chaque discussion sous une terrasse, chaque père convaincu rapproche un peu plus la communauté d'un objectif commun : que chaque enfant, fille ou garçon, soit protégé contre la polio.