Reconstruire des enfances brisées par la violence
Travailleurs para-sociaux et familles d’accueil aident les enfants à retrouver confiance en eux et en les autres
Guilaine, connue sous le nom de « maman assistante », est travailleuse para-sociale depuis 2020 à Bunia, au nord de la République démocratique du Congo (RDC). Elle travaille avec un réseau d’une cinquantaine de familles d'accueil qui offrent un refuge temporaire aux enfants vulnérables.
« J’accompagne les enfants sortis des groupes armés, les enfants non accompagnés et ceux séparés de leurs parents », explique Guilaine, déterminée à redonner un avenir à ces jeunes touchés par la violence et des parcours de vie difficiles.
Aujourd’hui, elle rend visite à Théodosie, une mère d’accueil dont la maison respire la chaleur et la bienveillance. Cette visite fait partie d’un appui régulier que Guylaine offre à toutes les familles pour aider à bien prendre en charge les enfants qu’ils accueillent.
Théodosie a ouvert sa maison depuis que ses enfants sont devenus adultes, et accueille actuellement Esther*, un bébé de 18 mois, et Marie*, 12 ans.
Esther, a été abandonnée après sa naissance par une mère adolescente victime de violences sexuelles. Marie quant à elle a connu un passé difficile mais fait preuve d’une résilience incroyable depuis qu’elle est prise en charge par Théodosie et accompagnée par Guilaine.
Recrutée par un groupe armé, Marie s’est fait passer pour un garçon durant des mois. « Georges* » était son prénom – une carapace qu’elle s’était construite pour se protéger des risques de violences sexuelles auxquelles les filles font face au sein des groupes armés.
Marie retrouve peu à peu son identité et sa place dans la société à travers la famille d’accueil de Théodosie. Elle suit également des cours de rattrapage scolaire, où elle retrouve des jeunes de son âge.
« Depuis l'arrivée des filles, il y a eu un grand changement dans leur comportement. Elles reçoivent de l'amour et jouent avec d'autres enfants », confie Théodosie.
Non loin de chez Théodosie, Mapenzi, une autre mère d’accueil, incarne également l’espoir pour deux garçons, Bruce* et Lee*, âgés de 13 ans.
Bruce, séparé de sa famille en fuyant des affrontements armés, a erré pendant un an dans les rues de Bunia avant d’être victime d’un accident de la route. Pris en charge par des partenaires de l’UNICEF, il a trouvé un foyer chez Mapenzi. Aujourd’hui, il va à l’école et rêve d’un avenir meilleur.
« Depuis son arrivée, les travailleurs sociaux nous suivent tous les jours. J'aimerais que Bruce continue ses études jusqu'à ce qu'il ait une bonne vie et qu'il soit indépendant », dit Mapenzi.
Comme Esther, Marie, Bruce et Lee, des milliers d’enfants ont été accompagnés par les travailleurs para-sociaux de la Division provinciale des Affaires sociales à travers la RDC.
Ces enfants reçoivent un premier appui psychosocial avant d’être placés et suivis dans des familles d’accueil, réunifiés avec leurs proches ou réintégrés dans leurs communautés. Ils ont également accès à des opportunités de réinsertion sociale grâce à des activités éducatives et économiques.
« Nous faisons des visites régulières dans les communautés, dans les quartiers, dans les familles d'accueil, et même dans les familles biologiques pour s’assurer de l’acceptation des enfants », explique Guilaine.
En 2024, l’UNICEF a accompagné près de 38 000 enfants qu’ils soient survivants de violences sexuelles, non accompagnés ou séparés, ou encore libérés par des groupes armés.
Avec l’appui de partenaires tels le Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires (CERF), l’Union européenne ainsi que les gouvernements du Danemark, de la France, de la Norvège et de la Suède, chaque enfant bénéficie d’un suivi adapté à ses besoins, dans l’attente d’une réunification familiale ou d’une intégration durable.
Derrière ces chiffres, ce sont des vies transformées, des enfants qui retrouvent leur place dans la société, des familles d’accueil qui aident à construire un meilleur avenir et des travailleurs para-sociaux qui, chaque jour, changent le destin de ces jeunes.
* Les prénoms ont été changés pour des raisons de protection et choisis par les enfants eux-mêmes